L'Anthropocène se caractérise par l'avènement du règne humain et son impact sur l'environnement terrestre. © Oleksandr Dibrova, Adobe Stock
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Anthropocène : des scientifiques proposent ce marqueur pour l’entrée de la Terre dans une nouvelle ère

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L'impact de l'humanité sur son environnement a poussé les scientifiques à définir une nouvelle période géologique : l'Anthropocène. Le débat se concentre maintenant sur la datation du début de cet « âge des humains ». Sur la base de l'apparition de plutonium dans les dépôts sédimentaires marins, une nouvelle étude propose de dater le début de l'Anthropocène à l'année 1954.

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Depuis le XVIIIe siècle, les scientifiques se sont attelés à dater les différents événements survenus au cours de l'histoire terrestre grâce à une échelle des temps géologiques. Ce grand système chronologique débute avec la formation de la Terre et se décompose en plusieurs grandes ères géologiques (comme le Paléozoïque, le Mésozoïque, etc.), elles-mêmes subdivisées en périodes/systèmes (Trias, Jurassique, Crétacé, etc.), époques/série puis étages, afin de permettre une datation toujours plus précise.

Échelle des temps géologiques. © Société géologique de France, Wikimedia Commons, CC by-sa 4.0

Chaque compartiment est donc défini par un intervalle de temps, le début et la fin de chaque ère, période... étant ainsi finement daté. Chaque intervalle possède une coupe stratigraphique de référence que l'on appelle le stratotype, qui est caractérisé par plusieurs critères paléontologiques, lithologiques ou structuraux très précis et ayant une valeur universelle. Il est donc naturel que les grandes extinctions de masse aient servi de référence pour dater la fin de plusieurs périodes.

Sommes-nous toujours dans l’Holocène ?

Si l'échelle des temps géologiques débute avec l'Éoarchéen, elle est cependant ouverte vers le haut. De nouveaux étages, époques ou périodes seront donc amenés à être ajoutés dans le futur pour rendre compte de l'évolution des conditions géologiques, environnementales et biologiques. Actuellement, nous sommes dans l'ère du Cénozoïque, plus précisément dans la période Quaternaire, qui se caractérise principalement par un cycle de glaciation et par la diversification du genre Homo (dont l'apparition remonte à la fin du Pliocène). L'Holocène est l'époque la plus récente. Elle débute il y a 11.700 ans et se caractérise par une période interglaciaire avec un adoucissement des températures par rapport à l'époque précédente, le Pléistocène. Cet environnement de vie favorable a permis un développement très stable de l'espèce humaine. Mais peut-on considérer que nous sommes encore, aujourd'hui, dans l'Holocène ?

Le Quaternaire est marqué par un cycle de glaciations et le développement du genre Homo. © Luna04, Wikimedia Commons, CC by-sa 3.0

Le réchauffement climatique, la disparition de nombreuses espèces animales, la modification des paysages, la pollution par des substances chimiques de synthèse... Depuis plusieurs décennies, l'humanité a en effet imposé sa marque et fortement impacté et modifié son environnement de vie, instaurant ainsi des changements globaux et profonds qui surpassent les forces naturelles. Depuis quelques années, de nombreux scientifiques avancent ainsi la nécessité d'instaurer une nouvelle époque géologique, qui permette de rendre compte de l'avènement du règne humain et de son impact sur la Terre. Cette nouvelle époque a un nom : l'Anthropocène, l'âge des humains.

12 sites candidats pour dater le début de l’Anthropocène

De toute l'histoire de la Terre, l'Anthropocène est ainsi la première période géologique qui se définit par le fait que ses habitants sont devenus le principal moteur des changements au niveau planétaire. S'il est clair que nous sommes entrés dans cette nouvelle période, encore faut-il établir à quelle date précise poser la transition avec l'Holocène. Car comme pour les autres périodes et époques, il est important de définir un critère de référence mais également un stratotype qui permettra de dater, un peu partout dans le monde, le début de cette nouvelle époque géologique.

L'Anthropocène se définit comme la période durant laquelle l'humanité a, par son activité, instauré des changements globaux qui surpassent les forces naturelles. © hramovnick, Adobe Stock

Des groupes de réflexion ont ainsi été créés afin de réfléchir à cette problématique bien plus complexe qu'il n'y paraît. Douze sites potentiels ont été proposés : les sédiments marins de la baie de Beppu au Japon, les dépôts du Lac Crawford au Canada, les concrétions de la grotte Ernesto en Italie, les coraux du récif Flinder en Australie, les sédiments marins du bassin de Gotland en mer Baltique, les carottes de glaces de la péninsule Antarctique, les sédiments marins de l'estuaire de San Francisco aux États-Unis, les dépôts du lac de barrage de Searsville aux États-Unis, les dépôts du lac Sihailongwan en Chine, les tourbières de Śnieżka Bog en Pologne, le sol urbain du Musée de Vienne en Autriche, et les coraux du West Flower Garden Banc dans le golfe du Mexique.

Du plutonium dans les sédiments, marqueur incontestable de l’empreinte humaine

Une nouvelle étude vient de montrer que la première de ces propositions, les sédiments de la baie de Beppu au Japon, pourrait bien représenter un choix judicieux. Car les sédiments du fond océanique, mais également les coraux de cette zone ont enregistré un changement majeur lié à l'activité humaine qui pourrait servir de référence pour dater le début de l'Anthropocène.

À partir de 1954, l'on y trouve en effet des dépôts de plutonium. Et cet élément radioactif n'a rien de naturel. Il s'agit d'un élément synthétique, produit par l'Homme et découvert pour la première fois en 1940 suite au bombardement d'un atome d'uranium 238 par du deutérium. Les essais nucléaires qui ont suivi, dès le début des années 1950, ont donc engendré des retombées de plutonium qui ont été piégées dans les sédiments marins. Quel meilleur marqueur pour dater le début de l'impact humain sur l'environnement et le contrôle de processus physiques complexes ?

Le début des essais nucléaires dès la fin des années 1940 pourrait être le critère marquant le début de l'Anthropocène, en lien avec le dépôt de matériel radioactif de synthèse dans les sédiments marins. © United States Department of Defense, Victorrocha, Wikimedia Commons, domaine public

Les sédiments et coraux de la baie de Beppu pourraient donc être utilisés comme référence pour définir le début de l'Anthropocène. C'est du moins ce que proposent les auteurs de l'étude publiée dans la revue Scientific Reports.

Au-delà de l'aspect scientifique, la définition de l'Anthropocène sur le même plan que les autres périodes géologiques met en lumière la puissance de l'impact humain sur la Terre et son équivalence par rapport aux grands processus naturels qui ont gouverné jusque-là l'histoire de notre Planète. Elle nous met face à notre responsabilité et nous rappelle que l'histoire humaine est indissociable de celle de la Terre.

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