Les ouragans se renforcent de plus en plus rapidement, génèrent davantage de pluie et leur déplacement est plus lent qu'autrefois sur l'océan Atlantique. Une nouvelle étude américaine tente de déterminer l'impact du changement climatique sur ce phénomène destructeur.

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[EN VIDÉO] Time-lapse incroyable de trois ouragans filmés depuis l'ISS Trois ouragans observés de l’espace, depuis la Station spatiale internationale, le 30 août 2016. Lester et Madeleine se déploient au-dessus du Pacifique et se rapprochent d’Hawaï. Tandis que Gaston, né au large des Bermudes, se dirige vers les Açores.

Après avoir étudié le développement et les trajectoires de tous les ouragansouragans à avoir touché terreterre sur la côte est américaine depuis 1979, les scientifiques du Pacific Northwest National Laboratory ont compris que les ouragans s'intensifiaient de plus en plus rapidement : ils passent plus facilement d'une simple dépression ou tempête tropicale au stade d'ouragan. Cette intensification, qui nécessitait auparavant plusieurs jours, peut maintenant se faire en l'espace de quelques heures exactement comme l’ouragan Ian qui a dévasté la Floride en septembre dernier. Une tendance qui ne touche pas toutes les côtes de manière uniforme : en première ligne de frappe, la côte atlantique américaine qui regroupe tous les ingrédients nécessaires à une intensification rapide des phénomènes cycloniques.

Dans leur étude publiée le 17 octobre dans la revue Geophysical Research Letters, l'équipe du laboratoire précise que la chaleurchaleur n'est pas l'unique responsable de l'intensification ultra-rapide : un mix de différentes conditions environnementales est nécessaire, et celles-ci sont bien plus présentes sur la côte est (atlantique) des États-Unis que sur le golfe du Mexique. Les mêmes conditions favorables à une intensification sont également présentes sur la côte est de l'Asie et au nord-ouest de la mer d'Arabie. 

L'ouragan Fiona en septembre 2022. © NOAA
L'ouragan Fiona en septembre 2022. © NOAA

Un contraste de températures terre-mer qui s’amplifie

Les terres se réchauffent beaucoup plus fortement que les océans. Sur une terre chaude, la pression atmosphériquepression atmosphérique est plus basse qu'au-dessus de l'océan : les hautes pressions de l'océan sont associées à un vent qui souffle en direction des terres. La rotation de la Planète fait alors tourner ces vents de manière cyclonique, créant le vortexvortex géant qui constitue l'ouragan. L'ouragan puise son énergieénergie dans cet airair chaud et humide qui s'élève dans l'atmosphère. Les ouragans sont en fait des machines qui fonctionnent à la chaleur, convertissant cette chaleur en des vents violents et des précipitations diluviennes. Plus la surface des océans est chaude, plus il y a d'humidité qui s'évapore dans l'atmosphère, et plus les précipitations sont ensuite diluviennes. La différence entre les températures sur terre et la température de l'océan exacerbe ce processus, provoquant une intensification rapide.  

Ce mécanisme naturel va continuer à nettement se renforcer d'ici 2100 selon les scientifiques. Il est prévu que le cisaillement du vent (qui peut limiter le développement des ouragans) s'affaiblisse le long de la côte atlantique, mais pas forcément le long du golfe du Mexique. L'évaporation de la surface des océans, et donc l'humidité, va continuer à augmenter. En cause, la hausse continue des émissionsémissions de gaz à effet de serre. Les auteurs précisent qu'une petite partie de cette évolution peut être attribuée à la variabilité naturelle du climatclimat, mais qu'elle est très réduite comparativement à la place majoritaire que prennent les émissions de gaz à effet de serregaz à effet de serre dans le réchauffement climatique.

Des ouragans plus lents et donc plus destructeurs

Entre 1979 et 2018, les ouragans de l'Atlantique nord se sont renforcés d'1,2 kilomètre de plus en moyenne toutes les six heures, une hausse qui n'a par contre pas été repérée dans les phénomènes cycloniques du golfe du Mexique. De plus, les ouragans tendent à être de plus en plus lents : on ne parle pas ici des vents qui soufflent à l'intérieur du phénomène, mais de leur vitessevitesse de déplacement, souvent comprise entre 10 et 25 km/h. Leur vitesse a perdu en moyenne 10 % entre 1949 et 2016, sans que les causes de cette lenteur ne soient réellement comprises. Or, un ouragan lent est toujours plus dangereux car cela leur laisse plus de temps pour générer des pluies intenses et des vents violents sur les côtes : ils font donc plus de dégâts.