Dans le sud-est de la France, à l'automne, des précipitations intenses surviennent assez souvent et sont mises au crédit des « épisodes cévenols », un mécanisme bien connu. Mais d'autres phénomènes, plus locaux, interviennent aussi, comme le démontrent les résultats d'études récentes, menées grâce au programme Hymex. © Jean-Luc Goudet, Futura-Sciences

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Météorologie : l'épisode cévenol des intempéries dans le sud-est n'explique pas tout (MAJ)

ActualitéClassé sous :météorologie , inondations 2015 sur la Côte d'Azur , épisode cévenol

Les fortes de pluies qui viennent de s'abattre sur la côte méditerranéenne s'expliquent-elles par ce que l'on a coutume d'appeler l'épisode cévenol ? Peut-être pas entièrement, selon des chercheurs du programme international Hymex, qui surveille la Méditerranée depuis des années, justement, notamment, pour comprendre ces déluges récurrents. La mécanique est un peu plus complexe, affirment ces météorologistes dans leur dernière publication.

Depuis 2010, le climat méditérannéen est surveillé de près par le programme international Hymex, avec d'importants moyens d'observations et de calcul. Cette longue surveillance permet aujourd'hui de mieux comprendre ce que l'on appelle l'épisode cévenol et qui vaut au sud-est de la France des pluies très intenses, comme celles des 13 et 14 octobre 2016 et celles d'octobre 2015, qui ont causé de mortelles inondations.

L'explication classique, désignant comme couplables les masses d'air humides soulevées par les reliefs au nord et nord-ouest de la côte, donc vers les Cévennes, est bonne mais elle ne suffit pas. C'est ce qu'explique une équipe du programme Hymex, coordonnée par Véronique Ducrocq, du CNRM (Centre national de recherche météorologique), qui a étudié de manière détaillée les épisodes précédents. Elle et ses collègues viennent de décrire leurs derniers résultats dans la revue Quarterly Journal of the Royal Meteorological Society.

L'article détaille deux autres mécanismes météorologiques, représentés schématiquement dans le schéma ci-dessous. Un phénomène local à la Côte d'Azur peut aussi intervenir : la formation d'une masse d'air froid, qui contraint l'air plus chaud et humide, venu de la mer, à grimper au-dessus d'elle, donc à se refroidir et, possiblement, à libérer de grandes quantités de pluies. Cette bulle d'air froid en surface se forme, paradoxalement, à cause de la chaleur, quand l'eau de pluie tombant des énormes cumulonimbus s'évapore avant de toucher de sol. L'évaporation produisant du froid, l'air de la couche inférieure voit sa température diminuer. L'autre phénomène est une déviation des flux d'air par le relief de la Corse et des Apennins, en Italie. Tout cela contribue à faire converger ces masses d'air chargées d'humidité qui ne demandent qu'à la relarguer quand la température et la pression diminuent.

Schéma général expliquant les épisodes de pluies intenses sur le sud-est de la France. Il y a alors convergence de masses d'air humides venues du sud (en rouge). Il existe trois autres flux possibles. Des basses pressions en surface sous le vent de la péninsule ibérique (Lee surface pressure low) peuvent engendrer des flux vers l'est en altitude (en rose). À l'est, des masses d'air peuvent se trouver déviées et canalisées entre les reliefs de la Corse et de l'Italie (en violet). Le même phénomène se produit également avec de l'air venu de l'Adriatique (en orange) et s'insinuant entre les Apennins et les Alpes (Deviation and channeling by mountains and islands). Ces convergences peuvent être soulevées par une masse d'air froid sur les côtes françaises (Cool pool) puis, plus loin, par le relief (Orogenic lifting), ce qui justifie alors le terme d'épisode cévenol. © Véronique Ducrocq et al., Quarterly Journal of the Royal Meteorological Society

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Article initial paru le 15/10/2015 à 17:25

Les inondations dramatiques qui ont endeuillé la Côte d'Azur s'expliquent bien dans le cadre d'une situation météorologique connue. Cependant, la prévision de ce genre d'événement et de son ampleur est très difficile. Ce cas illustre de manière très concrète la différence entre la longue échelle de temps du climatologue et celle, très courte, du météorologiste. Pour la région méditerranéenne, la connaissance du lien entre ces deux temps s'améliore, en particulier grâce au programme Hymex, comme nous l'explique sa coordinatrice, Véronique Ducrocq, du CNRM-Game.

Les experts du Giec prédisent depuis des années que l'intensité et la fréquence d'événements météorologiques exceptionnels, comme les ouragans, les inondations ou les sécheresses, augmenteront dans les décennies à venir, du fait du réchauffement climatique. Quand davantage d'énergie est injectée dans l'atmosphère, expliquent-ils, les phénomènes violents tendent à être plus fréquents ou plus intenses. Pourtant, à chaque drame de ce genre, ces mêmes experts insistent pour rappeler qu'il n'est pas possible d'établir une corrélation entre les deux. « Il est toujours difficile de relier un événement donné au changement climatique, car l'événement peut simplement s'inscrire dans la variabilité naturelle du climat. Il est nécessaire d'avoir des observations de ces événements sur une période suffisamment longue », résume Véronique Ducrocq, du CNRM-Game (Centre national de recherches météorologiques - Groupe d'étude de l'atmosphère météorologique).

Chef du Groupe de Météorologie de Moyenne Échelle, elle coordonne le programme Hymex (Hydrological cycle in the Mediterranean experiment). Depuis 2010, il concentre des observations sur l'hydrologie du bassin méditerranéen (bilans et variations interannuelles) avec des campagnes particulières en automne sur les bassins du Gard et de l'Ardèche, de 2012 à 2015. C'est justement là que se sont produites ces inondations catastrophiques sur la Côte d’Azur dans le cadre d'un « épisode cévenol ». Cet événement récurrent est une entrée d'air maritime chaud et humide qui parvient jusqu'aux Cévennes (d'où l'adjectif « cévenol »), où il s'élève sur le relief. En se refroidissant (puisque sa pression diminue), il perd son eau par condensation et pluies sur les montagnes cévenoles. Comme le souligne Véronique Ducrocq, il vaut donc mieux parler d'un épisode méditerranéen pour ces précipitations exceptionnelles sur la Côte d'Azur, survenues bien avant leur arrivée sur les Cévennes.

Les entrées d'air maritime, chaud et humide à la fin de l'été, qui viennent se décharger de leur eau sur les premiers reliefs lorsqu'ils s'y refroidissent expliquent les épisodes cévenols et, plus généralement, les épisodes méditerranéens. © Idé

La chronologie et l'intensité des phénomènes restent peu prédictibles

« Le programme Hymex a permis de progresser sur l'identification des ingrédients et des mécanismes à l'œuvre dans la formation des épisodes méditerranéens dans cette région. On retrouve ces ingrédients dans la situation de ce weekend mais ce système orageux était cependant atypique par l'intensité des précipitations, avec des cumuls exceptionnels enregistrés en une heure. Une étude approfondie doit être conduite pour mieux comprendre les mécanismes qui ont engendré ces intensités. » Pour ces phénomènes exceptionnels, la prévision météorologique précise reste encore hors de portée. « Les modèles de prévision les plus fins mis en œuvre par Météo-France, avec une maille de 1 km de côté environ, permettent aujourd'hui de représenter certains phénomènes intenses, mais l'intensité et la chronologie exactes restent très difficiles à prévoir, surtout lorsqu'apparaissent des développements aussi rapides et localisés. »

Selon Véronique Ducrocq, les progrès à attendre à court terme viendront  « des méthodes de prévision d'ensemble », qui permettront surtout de quantifier la confiance à accorder aux prévisions et de signaler la possibilité d'événements intenses. « Elles ne produiront pas un scénario d'évolution de la situation météorologique dans les heures ou jours à venir mais un ensemble de scénarios d'évolutions possibles. » À plus long terme, c'est l'augmentation de la puissance de calcul qui réduira la taille des mailles, permettra de mieux tenir compte des reliefs et digérera de plus grandes quantités de données.

Dans les décennies à venir, l'élévation des températures devrait logiquement conduire à rendre plus nombreux ces phénomènes d'intensité exceptionnelle. « Les modèles climatiques régionaux ne permettent pas encore de reproduire les cumuls de précipitations observés lors d'épisodes méditerranéens de la France en raison de leur résolution trop grossière (avec des dimensions de mailles d'au mieux une dizaine de kilomètres de côté). Ils permettent cependant de simuler des événements réalistes à l'échelle de l'arc méditerranéen. Ces modèles indiquent une augmentation des événements extrêmes en intensité et en fréquence dans un climat plus chaud, comme dans la plupart des régions continentales de moyenne latitude, en accord avec la dernière synthèse du Giec. Pour leur intensité et pour la France, cette augmentation est limitée, typiquement, à quelques pour-cent par degré de réchauffement moyen. » C'est du moins la corrélation admise aujourd'hui mais qui doit être affinée par les programmes de recherches en cours.

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