Deux chercheurs finlandais ont découvert un moyen de vacciner les abeilles, dépourvues d’anticorps, contre une maladie bactérienne ravageuse. Une trouvaille dont pourraient bénéficier d'autres espèces, autres que les insectes, et qui pourrait remplacer les antibiotiques dans les élevages de poules et de poissons.

Comme les humains, les abeilles bénéficieront peut-être de campagnes de vaccinationvaccination dans un avenir proche. Dalial Freitak et Heli Salmela, chercheurs à l'université de Helsinki, viennent d'annoncer le premier vaccinvaccin au monde pour un insecte, à savoir le PrimeBEE. Ce dernier est destiné à combattre la loque américaineloque américaine (American foulbrood ou AFB en anglais), une maladie du couvaincouvain de l'abeille mellifère. Causée par la bactériebactérie Paenibacillus larvae, elle entraîne la mort certaine de toute la colonie infectée. Les jeunes larveslarves sont infectées lorsqu'elles sont nourries avec des aliments contaminés par les spores produites par la bactérie.

Ces dernières se multiplient dans le tissu de la larve jusqu'à ce qu'elle meurt et que son cadavre se décompose en une massemasse brunâtre, collante et très contagieuse. La maladie cause ainsi des pertes considérables aux apiculteurs à travers le monde. En Europe, ces derniers ne peuvent pas utiliser d'antibiotiquesantibiotiques pour prévenir l'infection, car il y a une tolérance zéro pour les résidus d'antibiotiques dans le miel. Aux États-Unis, où ils sont autorisés, la bactérie a développé une résistancerésistance au traitement. Seul remède efficace trouvé à ce jour : détruire les ruches contaminées par le feufeu pour éviter une dissémination.

Pas «d’effet mémoire» dans le système immunitaire de l’abeille

Personne n'avait pourtant jusqu'ici pensé à développer un vaccin contre la maladie. Et pour cause : contrairement aux mammifèresmammifères, les insectesinsectes ne fabriquent pas d'anticorpsanticorps. Ces derniers sont pourtant au centre du principe de vaccination, qui consiste à introduire une souche atténuée ou modifiée d'un microbemicrobe afin que les lymphocyteslymphocytes apprennent à le reconnaître. Ils pourront ainsi déclencher la fabrication d'anticorps lorsqu'ils seront à nouveau en contact. Cet « effet mémoire » n'existe a priori pas chez l'abeille.

En se nourrissant de pollen contaminé par la bactérie, la reine va engendrer des larves naturellement immunisées. © Thomas Hawk, Flickr
En se nourrissant de pollen contaminé par la bactérie, la reine va engendrer des larves naturellement immunisées. © Thomas Hawk, Flickr

Un vaccin délivré via une sucrerie

Dalial Freitak a alors eu l'idée de passer par un mécanisme complètement différent : la nourriture. Le chercheur s'est aperçu que des populations de mouches nourries avec des aliments contenant certaines bactéries engendraient une descendance de mouches plus résistantes à ces bactéries. Chez les abeilles, ce sont les butineuses qui rapportent le pollenpollen à la reine pour créer de la gelée royalegelée royale. Lorsque celle-ci contient des spores de Paenibacillus larvae, la reine va les digérer et les stocker dans son tissu gras. Des morceaux de bactéries vont alors se lier à une protéineprotéine appelée vitellogénine qui sert à la fabrication des oeufs. Ce qu'ont découvert Dalial Freitak et Heli Salmela, est que cette fameuse vitellogénine porteporte la réponse immunitaire : lorsque les larves naissent, elles sont vaccinées contre la maladie. La vaccination consiste donc tout simplement à donner une « sucrerie » contenant des morceaux de bactéries à la reine afin que celle-ci engendre une descendance résistante.

Une alternative aux antibiotiques à faible coût ?

Un brevet a été déposé en janvier 2018 et l'université a reçu des fonds de Business Finland pour lancer la commercialisation. Les chercheurs espèrent à présent étendre cette technique à d'autres infections, comme la loque européenne et les champignonschampignons. « À terme, nous pensons être capables de vacciner contre n'importe quel microbe », assure ainsi Dalial Freitak. Mais surtout, cette invention ouvre la voie à une possible révolution dans la vaccination : ce mécanisme concerne potentiellement toutes les espècesespèces qui pondent des oeufs contenant de la vitellogénine, comme les insectes, les poissonspoissons, les reptilesreptiles, les batraciensbatraciens et les oiseaux. De quoi, peut-être, constituer une alternative peu couteuse et naturelle aux antibiotiques pour les élevages de poulets et l'aquacultureaquaculture.