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Le lac Vostok : enfin une preuve de vie 3.700 m sous la glace ?

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Le lac Vostok abrite bien des formes de vie, des milliers pour être précis ! Certes, il ne s'agit pas de la première annonce de ce type, mais cette fois les résultats ont été publiés dans une revue scientifique. Près de 94 % des séquences d'ADN trouvées appartiendraient à des bactéries, contre 6 % pour des eucaryotes. Voilà de quoi faire rêver les astrobiologistes.

Avec ses 15.000 km2, le lac Vostok, dont la position est indiquée par l'ovale rouge, correspondrait à la plus grande étendue d’eau sous-glaciaire de la planète. Il n’aurait eu aucun échange avec l’atmosphère depuis près de 10 millions d’années. © Nasa

Vingt-trois ans, voilà le temps qu'il a fallu aux scientifiques russes pour atteindre le lac Vostok, 3.700 m sous l'inlandsis antarctique. Cet exploit, qui s'est conclu en février 2012, était attendu avec ferveur par les astrobiologistes. La raison : ils vont enfin savoir si la vie peut subsister dans des conditions extrêmes (obscurité totale, pression considérable, froid intense, etc.), au sein d'un milieu isolé depuis des millions d'années. S'il s'avère que c'est possible alors, pourquoi d'autres planètes n'abriteraient-elles pas la vie dans des lacs souterrains ?

Les premiers résultats ont été décevants, puisqu'aucun organisme n'a été décelé en octobre 2012 dans un échantillon de glace, mais les chercheurs ont vite précisé que finalement, il ne provenait pas du lac. De nouveaux prélèvements d'eau gelée ont été récoltés en janvier 2013. L'information a été diffusée en mars : ils contenaient de l'ADN ! Les gènes trouvés appartenaient même à une nouvelle espèce de bactérie. Problème : un démenti assez sec, publié par un supérieur du chercheur ayant annoncé la nouvelle, est venu briser les espoirs quelques jours plus tard.

Ce 3 juillet 2013, de nouvelles informations ont été publiées dans la revue Plos One, c'est-à-dire dans un journal scientifique doté d'un comité de lecture. Non seulement des formes de vie ont bien été trouvées, mais leur nombre a de quoi surprendre. Ces résultats ont été copubliés par Yury Shtarkman, de l'université d'État de Bowling Green (États-Unis), et s'appuient sur des études métagénomiques, avec une approche métatranscriptomique (caractérisation des gènes exprimés).

Le lac Vostok a reçu le nom d'une station scientifique russe créée en 1957, sur le côté est de l'Antarctique (78° S, 107° E). À plus de 3.800 m d'altitude, elle est soumise à des conditions extrêmes : en juillet 1983, le thermomètre est descendu à -89,2 °C, officiellement la plus basse température jamais enregistrée sur Terre. À l'image, des chercheurs russes, américains et français présentent des carottes de glace. © Todd Sowers, Wikimedia commons, DP

Plus de 1.600 taxons identifiés dans le lac Vostok

Les analyses ont été réalisées sur quatre échantillons d'eau gelée du lac extraits de la carotte Vostok G5. Avant toute chose, les prélèvements ont été chauffés de manière à les faire fondre, puis filtrés au travers de mailles de 0,22 µm. Un séquenceur adapté a ensuite été utilisé pour détecter, puis caractériser le matériel génétique présent dans les 500 ml d'eau. Près de 3.507 séquences d’ADN uniques ont été décelées. Elles appartiendraient à autant d'êtres vivants. Grâce à une base de données, 1.623 organismes ont été identifiés jusqu'au niveau du genre ou de l'espèce.

Par des analyses approfondies, notamment basées sur l'étude de séquences de gènes mARN, il est apparu que 94 % des séquences trouvées appartenaient à des bactéries et 6 % à des eucaryotes. Par ailleurs, deux séquences sont propres à des archées (encore appelées archéobactéries). Parmi les taxons identifiés, le résumé de l'article scientifique précise qu'ils peuvent être trouvés dans des lacs, des eaux saumâtres, des environnements marins, sous terre, au sein de glaciers, près de sources hydrothermales profondes, ou encore dans des animaux ou des plantes. Bref, un peu partout.

S’assurer d’une absence de contamination

Enfin, certaines séquences appartiendraient à des organismes aérobiques ou anaérobiques, cryophiles ou thermophiles (adaptés au froid ou à la chaleur), halophiles (résistants au milieux riches en sel), basophiles ou acidophiles, résistants à la dessiccation, et enfin autotrophes ou hétérotrophes. Le panel de métabolismes couvert est assez large.

Il reste maintenant à s'assurer avec certitude que toutes les formes de vie évoluaient bien dans le lac, et donc qu'elles ne sont pas issues d'une contamination des échantillons. Si ces vérifications sont positives, ceci repousserait les limites des conditions permettant à des êtres vivants de survivre !

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