Planète

Lac Vostok : le premier échantillon étudié ne révèle aucune trace de vie

ActualitéClassé sous :océanographie , géologie , Antarctique

-

Il aura fallu 20 ans de forage pour qu'en février 2012, un échantillon d'eau du lac Vostok, enfoui à plus de 3.760 mètres de profondeur dans l'Antarctique, soit enfin récupéré. Les résultats d'analyse viennent d'être dévoilés : dans cette eau cristalline, aucune trace de vie n'est détectable. Ce lac, qui n'a eu aucune interaction avec l'atmosphère depuis 20 millions d'années, serait-il complètement pur ? Pas sûr...

La station Vostok est une base scientifique antarctique russe, côté est (78° S, 107° E), créée en 1957. À plus de 3.800 m d'altitude, elle est soumise à des conditions extrêmes : en juillet 1983, le thermomètre est descendu à -89,2 °C, officiellement la plus basse température jamais enregistrée sur Terre. © Todd Sowers, Wikipédia, DP

Le 5 février 2012, les premiers échantillons d'eau du lac Vostok, le plus grand lac souterrain connu de l'Antarctique, étaient extraits. Emprisonnée sous la glace depuis plus de 10 millions d'années, l'eau du lac pourrait abriter des bactéries voire des espèces animales inconnues. Les premiers résultats montrent pourtant que l'eau récoltée est tristement cristalline.

Sergey Bulat (du Petersburg Nuclear Physics Institute), lors du 12e séminaire d’Astrobiologie, présentait les premiers résultats de l'analyse d'échantillons. Les membres du Petersburg Nuclear Physics Institute ont déterminé que l'eau, sous forme de glace, était complètement pure. Ils y ont trouvé un peu moins de 10 bactéries par millilitre, c'est-à-dire une concentration plus faible que dans leurs salles blanches !

Le lac serait-il pur ? Rien n'est moins sûr. Car les résultats ne proviennent pas de l'eau du lac qui est encore piégée dans le puits de forage. Ce sont les analyses d'un échantillon de glace qui, remonté à la hâte, avait gelé sur le foret durant la manœuvre, à 3.769,3 m de profondeur, à l'entrée du lac Vostok.

Le lac Vostok (à l'est du pôle Sud, South Pole) se cache à 4.000 m sous la couverture glaciaire, protégé depuis plus de 10 millions d'années des échanges avec l'atmosphère. Le forage a duré presque 20 ans. © Nicolle Rager-Fuller, NSF

Une priorité : préserver la pureté du lac Vostok

Le forage de presque 4 km a mis 20 ans à atteindre le lac. Pourquoi ? Principalement parce qu'il y avait un véritable risque de contamination du lac au contact du foret. L'équipe russe avait mis au point un système astucieux de pompage. Sergey Bulat expliquait dans le magazine La Recherche : « Nous retirerons nos engins de forage et réduirons la pression à l'intérieur du puits, afin de créer une légère dépression pour aspirer l'eau dans le trou ». De ce fait, c'est l'eau qui vient à la machine et non l'inverse. Cette opération fut un succès et plus de 30 litres du lac ont été récupérés.

Si l'extraction de l'eau est une véritable réussite, ce n'est qu'une étape dans la percée du mystère du lac Vostok. Selon Sergey Bulat, les sédiments au fond du lac seraient plus susceptibles d'héberger des espèces animales. En 2004, des traces d'ADN de bactéries Hydrogenophylus thermoluteolus (des bactéries thermophiles) avaient été décelées dans des carottages profonds. Ces organismes vivent usuellement dans des sources d'eaux chaudes de 50 °C. L'explication ? Issues de failles profondes, ces bactéries auraient été emprisonnées dans les sédiments. 

L'équipe russe espère obtenir prochainement les échantillons d'eau qui proviennent réellement du lac. On s'attend donc à ce qu'elle tente sous peu de récupérer le puits. L'eau du lac pourrait tout de même bien héberger des individus qui auraient investi les lieux il y a plus de 15 millions d'années ! Mais finalement, bien que de plus en plus recherchés, les secrets du lac Vostok ne sont toujours pas percés à jour.

Cela vous intéressera aussi