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Antarctique : polémiques autour du lac Vostok

ActualitéClassé sous :paléontologie , lac Vostok , Jean-Pierre Petit

Découvert en 1993 par le satellite européen d'observation terrestre ERS1, le Lac Vostok continue d'alimenter la polémique parmi les chercheurs. Faut-il ou non aller y prélever des échantillons d'eau, avec la possibilité d'y découvrir des formes de vie inconnues, mais au risque d'une contamination irrémédiable du milieu ?

Emplacement du lac Vostok. Crédit NASA.

Les équipes de scientifiques russes, qui continuent saison après saison à explorer le lac Vostok, ont confirmé leur intention de lancer un nouveau programme de recherche devant aboutir, d'ici deux ans, au prélèvement d'échantillons à l'intérieur du lac Vostok.

Celui-ci, grand comme la Corse, est le plus important des 68 lacs antarctiques connus enfouis sous 3 à 4 kilomètres de glace depuis plus d'un million d'années. Les microbiologistes ne dissimulent pas leur souhait d'y accéder afin de prélever des échantillons d'eau, et ainsi découvrir des microorganismes caractéristiques de cette époque. Mais la prudence est de mise, car les risques de contamination sont élevés et risquent de détruire aussitôt les richesses biologiques à peine découvertes.

En 1998 déjà, une campagne de carottage avait été entreprise par une collaboration russe, française et américaine, au cours de laquelle une profondeur de 3623 mètres avait été atteinte, soit 120 mètres au-dessus de la surface liquide. L'échantillon obtenu avait permis de reconstituer le climat au cours des 400.000 dernières années. Mais surtout, les scientifiques s'étaient aperçus que la glace prélevée entre -3540 et -3750 mètres avait visiblement fondu, puis regelé, et étaient convaincus que cette eau avait entretemps circulé au sein du lac, entraînant divers éléments, du sel, et surtout des microbes.

Mais aujourd'hui, les équipes françaises ont reproduit la manipulation et n'ont rien découvert de probant. La pression au sein du lac est de 400 atmosphères, la température de -2,5°C avec un excès d'oxygène et une très faible teneur en carbone, des conditions jugées trop extrêmes pour permettre le développement d'une forme de vie. Les microorganismes prélevés en 1998 dans la glace d'accrétion ont été identifiées comme des espèces vivant normalement à une température de 50°C, annonce Jean-Robert Petit, chercheur au Laboratoire de glaciologie et géophysique de l'environnement de Grenoble. Une présence bien peu probable, sauf si l'on considère l'incroyable mélange de conditions climatiques et tectoniques réunies à cet endroit. Des bactéries vivraient ainsi à l'intérieur de failles profondes de 2 à 3 km sous le plancher du lac, réchauffées par un flux géothermique. Des mouvements sismiques de la croûte terrestre expulseraient quelquefois ces bactéries, qui se retrouveraient directement piégées dans la glace d'accrétion.

Si cette hypothèse est valable, prélever de l'eau ne présente que peu d'intérêt et présenterait un risque inutile de contamination par des microorganismes, bien contemporains ceux-là, qui rendraient les échantillons inutilisables. A contrario, les chercheurs français proposent d'installer des capteurs de température et de vitesse du courant, ou des sondes pour explorer les sédiments. Jean-Pierre Petit soutient de tels projets à condition que l'on reste dans la glace, "mais si on veut aller plus loin nous ne continuons plus", déclare-t-il.

Cependant les Américains souhaitent aussi pénétrer plus avant, et un rapport du National Research Council américain, récemment rendu public, estime que "l'exploration directe de l'environnement sous-glaciaire est incontournable si nous voulons comprendre ces systèmes uniques". Cet avis rejoint l'intention des Russes, qui annoncent vouloir prolonger le forage jusqu'à 20 mètres de la surface (aujourd'hui à 90 mètres), puis d'envoyer une petite sonde thermique de faible diamètre en eau libre, provoquant ainsi l'aspiration de liquide dans le trou de forage, où elle gèlera immédiatement. Un nouveau carottage permettra ensuite de ramener ces échantillons.

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