Les néonicotinoïdes sont accusés de participer au déclin des abeilles. © kosolovskyy, Fotolia

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Les néonicotinoïdes interdits en France à partir du 1er septembre

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Les néonicotinoïdes, des pesticides controversés accusés de participer au déclin des abeilles, ne seront plus autorisés en France à partir du samedi 1er septembre 2018. Les agriculteurs devront avoir recours à des alternatives plus respectueuses de la biodiversité.

Comment sauver les insectes pollinisateurs de l’extinction ?  Face au déclin des pollinisateurs, en particulier des insectes, il n'y a pas de recette miracle, nous explique Colin Fontaine, du Muséum national d'histoire naturelle. Toutefois, les pratiques plus respectueuses de la biodiversité qui ont vu le jour dans les années 1990 semblent bien avoir freiné cette régression des populations. Attention, cependant, explique-t-il, car on observe une baisse de la biodiversité des pollinisateurs, avec quelques espèces généralistes qui sont en expansion au détriment de beaucoup d'autres. Une situation risquée. 

Après des années de controverses, les pesticides néonicotinoïdes seront bannis à partir de samedi en France, une interdiction destinée à protéger les colonies d'abeilles en déclin mais dénoncée par les agriculteurs qui réclament du temps pour développer des alternatives. Disponibles depuis le milieu des années 1990, les néonicotinoïdes, ensemble de sept insecticides neurotoxiques (acétamipride, clothianidine, imidaclopride, thiaclopride, thiaméthoxame, nitenpyrame et dinotéfurane), sont devenus les pesticides les plus utilisés dans le monde.

S'ils peuvent être employés en pulvérisation, en France ils servent principalement de manière préventive, en enrobant les semences. La substance, dite « systémique », est absorbée par la plante et se propage à tous ses tissus, y compris le pollen. Cela concerne les betteraves, le blé, le colza, les arbres fruitiers, la vigne... Ils sont utilisés pour débarrasser les cultures des chenilles, cochenilles, pucerons ou insectes mangeurs de bois.

Comme tout insecticide, à certaines doses, les néonicotinoïdes tuent les insectes, donc les abeilles. Depuis les années 2000, des scientifiques s'inquiètent du fait que même à faible dose, ces substances qui s'attaquent au système nerveux des insectes affectent les pollinisateurs (abeilles et bourdons désorientés, sperme des mâles altéré...). Les apiculteurs français constatent une hausse de la mortalité dans leurs ruches depuis l'arrivée des néonicotinoïdes. Mais « aucun élément scientifique rigoureux » ne prouve qu'ils sont la première cause de mortalité des abeilles, note le directeur scientifique de l'institut de l'Abeille Axel Decourtye.

Les néonicotinoïdes, insecticides « tueurs d'abeilles ». © Elia Vaissière, AFP

Des pesticides interdits mais avec des dérogations

L'UE a décidé en avril d'interdire pour les cultures de plein champ l'utilisation de trois substances (clothianidine, thiaméthoxame et imidaclopride), qui font l'objet de restrictions depuis 2013. La décision, qui permettra les usages sous serre, entrera en vigueur complètement le 19 décembre. La France va plus loin. La loi biodiversité de 2016 prévoit l'interdiction des néonicotinoïdes à partir de ce 1er septembre. Un récent décret d'application précise que les cinq substances jusqu'alors autorisées en Europe pour des usages phytosanitaires sont concernées (les trois pesticides visés par l'UE, plus thiaclopride et acétamipride).

Des dérogations sont possibles au cas par cas jusqu'au 1er juillet 2020. Mais elles ne seront délivrées que pour des produits à base d'acétamipride, et dans de « faibles volumes », assure le ministère de la Transition écologique.

Ne nous limitons pas à cette famille de pesticides. Beaucoup d'autres devraient être interdits.

Des dérogations inacceptables pour les ONG, qui réclament l'interdiction d'autres pesticides. « Ne nous limitons pas à cette famille [de pesticides, NDLR]. Beaucoup d'autres devraient être interdits », plaide François Veillerette, de Générations Futures.

Dans son viseur notamment, des produits parfois appelés « néonicotinoïdes de nouvelle génération » : la flupyradifurone, pas autorisée en France, et le sulfoxaflor, substance active de deux produits dont l'association a fait suspendre la vente par la justice l'an dernier. La loi Alimentation adoptée en première lecture prévoit l'extension de l'interdiction des néonicotinoïdes aux substances chimiques ayant des modes d'action identiques. Si elle est adoptée définitivement, un nouveau décret devrait compléter la liste.

Rassemblement écologiste à Paris, le 15 mars 2016. © Lionel Bonaventure, AFP, Archives

Des alternatives pour préserver les abeilles

Les agriculteurs se retrouvent dans une impasse « dramatique », dénoncent la FNSEA et d'autres syndicats agricoles, assurant ne pas avoir de solutions de remplacement. Selon un rapport récent de l'Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail), il existe des alternatives « suffisamment efficaces, et opérationnelles », chimiques ou non chimiques, pour la grande majorité des 130 usages phytosanitaires des néonicotinoïdes.

L'agence plaide pour une « lutte intégrée » : pas de traitement prophylactique, surveillance des cultures, priorité aux méthodes non chimiques, pesticides chimiques seulement si les ravageurs dépassent certains « seuils de nuisibilité ». Mais elle reconnaît que « l'impact sur l'activité agricole de l'interdiction des néonicotinoïdes est difficile à anticiper ».

Les néonicotinoïdes se retrouvent dans le sol et l'eau. Pêches, laitues, tomates... l'acétamipride et l'imidaclopride sont présents respectivement dans 5 et 4 % des échantillons alimentaires recueillis en Europe, selon un rapport de 2016 de l'Agence européenne de sécurité des aliments (EFSA). Mais, en février 2018, l'Anses assurait que les données disponibles « ne mettent pas en évidence d'effet nocif pour la santé humaine », à condition que les consignes d'utilisation soient respectées.

  • Les néonicotinoïdes seront interdits en France à partir du 1er septembre 2018.
  • Ces pesticides controversés sont accusés depuis des années de participer au déclin des abeilles.
  • Les néonicotinoïdes restent autorisés dans les anti-puces des chiens et des chats.
Pour en savoir plus

Abeilles : trois pesticides néonicotinoïdes bientôt interdits ?

Article de Quentin Mauguit paru le 2 mai 2013

Malgré un vote sans majorité qualifiée au Comité permanent, la Commission européenne devrait prochainement interdire l'utilisation de trois pesticides de la famille des néonicotinoïdes pour deux ans, à compter du 1er décembre 2013. L'impact de cette décision historique prise en faveur des abeilles est tout de même à nuancer.

Trois pesticides de la famille des néonicotinoïdes seront probablement interdits en enrobage de semences dès ce 1er décembre 2013 pour quatre grandes cultures (maïs, coton, colza et tournesol), et ce pour deux ans. Le conditionnel est encore de mise car cette décision historique n'a pas obtenu la majorité qualifiée (soit 73,9 % des voix) lors de son vote par le Comité permanent pour la santé animale et la chaîne alimentaire, le 29 avril dernier. Si 15 pays ont voté pour (dont la France et l'Allemagne), 4 se sont encore abstenus, tandis que 8 autres ont voté contre (dont le Royaume-Uni et l'Italie). La Commission européenne devrait cependant approuver le projet dans les semaines à venir.

Cette décision est importante, car l'imidaclopride, le thiaméthoxame et la clothianidine présenteraient des risques pour la santé des insectes pollinisateurs, notamment pour les abeilles domestiques (Apis mellifera). Les effets néfastes de ces molécules ont été dévoilés par différentes études scientifiques parues en 2012 et 2013, puis reconnus en janvier dernier par l'Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa). Ces substances perturberaient par exemple les capacités de navigation et d'apprentissage des abeilles, les empêchant alors de revenir à leurs ruches ou de butiner avec efficacité, ce qui entraînerait leur déclin.

Or, « les abeilles sont vitales pour notre écosystème et elles doivent être protégées, d'autant qu'elles apportent une contribution annuelle de 22 milliards d'euros à l'agriculture européenne », a rappelé Tonio Borg, le commissaire en charge du dossier. 

Les abeilles sont des sentinelles écologiques, car elles sont sensibles à de nombreux changements environnementaux. © ComputerHotline, Flickr, CC by 2.0

Les néonicotinoïdes ne vont pas disparaître pour autant

Les néonicotinoïdes ne sont pas uniquement utilisés en enrobage de semences. Ainsi, l'interdiction portera également sur des granulés ou des produits pulvérisables destinés au traitement des sols. Or, une telle mesure est à nuancer car certains usages resteront tolérés. Ainsi, les pesticides pourront être épandus sur des cultures d'hiver, par exemple sur du blé, puisque les abeilles sont moins actives lorsqu'il fait froid. De même, les cultures attirant peu les insectes pollinisateurs, comme les champs de betteraves sucrières, pourront toujours être traitées. L'imidaclopride, le thiaméthoxame et la clothianidine ne vont donc pas totalement disparaître de nos paysages. 

Le projet prévoyait initialement une interdiction dès ce 1er juillet 2013. Cette date a cependant été reportée de cinq mois, car de nombreux agriculteurs européens ont déjà acheté leurs semences pour ce printemps (maïs et tournesol) ou pour l'automne prochain (colza). Rappelons que l'utilisation de graines de colza enrobées avec du Cruiser OSR a été interdite sur le territoire français en juin 2012.

Certains tempèrent déjà cette décision qu'ils considèrent certes comme un pas en avant significatif, mais pas comme la solution miracle aux problèmes rencontrés par les pollinisateurs. En effet, les sols vont avoir besoin de temps pour se nettoyer, probablement plusieurs années. Par ailleurs, même si cette mesure va quelque peu soulager les apiculteurs, il subsiste d'autres facteurs qui mettent à mal les populations d'abeilles. Ainsi, l'acarien Varroa destructor fragilise toujours de nombreuses colonies, sans qu'aucun nouveau traitement n'ait été développé depuis des années.

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