Deux nouvelles études se penchent sur le rôle joué par des insecticides de la famille des néonicotinoïdes sur la surmortalité des abeilles. Une faible contamination suffit pour ralentir la croissance d’une colonie, diminuer le nombre de naissances de reines et perturber les capacités de navigations.
Les populations d’abeilles sont en plein déclin depuis quelques années. Or, ces insectes jouent un rôle crucial dans le maintien de la biodiversité et dans la survie de nos cultures. Pas moins de 80 % des plantes exploitées commercialement dans le monde ont besoin de pollinisateurs pour se reproduire. De nombreuses hypothèses ont vu le jour pour expliquer ce phénomène inquiétant. Trois d’entres elles sont proposées de manière récurrente : la présence d’agents pathogènes (tel que le varroa), l’existence de virus ou champignons spécifiques et l’utilisation de pesticides.
Les insecticides néonicotinoïdes, dont l'utilisation est largement répandue sur la Planète, agissent sur le système nerveux central en bloquant les influx et ce, dès une exposition à de très faibles doses (quelques nanogrammes). Ces composés chimiques ont la particularité d’être également présents dans le pollen et le nectar des végétaux traités. Malheureusement, ces deux substances sont consommées par les abeilles durant leurs vols en direction des ruches, puis au sein des colonies.
Plusieurs hypothèses relient la surmortalité des abeilles à l’emploi de néonicotinoïdes. Elles ont même poussé certains pays, dont la France, à prendre des mesures de précaution. Deux nouvelles études publiées dans la revue Science justifient cette démarche. Non seulement les insecticides néonicotinoïdes limitent la croissance des ruches et le développement de nouvelles reines, mais ils provoquent en plus des problèmes de désorientation chez les butineuses.

Bourdons : moins de jeunes et de reines
Dave Goulson, de l’université de Striling, s’est intéressé aux effets de l’imidaclopride sur des bourdons terrestres, Bombus terrestris. Son équipe a présenté trois lots de 25 colonies respectivement à une substance placébo et à une faible et une forte concentration en insecticides (6 et 12 μg par kg de pollen) durant 14 jours. Les 75 colonies ont ensuite été replacées à l’extérieur et suivies pendant six semaines supplémentaires.
La croissance des populations de bourdons a baissé de respectivement 8 et 12 % pour les spécimens exposés aux faibles ou aux fortes concentrations. Par ailleurs, un plus grand nombre de cellules vides ont été observées (la différence par rapport à une colonie saine est de minimum 19 %) ; il y a donc moins de larves en formation.
L'exposition à l'insecticide a eu une troisième conséquence : le nombre de naissances de nouvelles reines a chuté de 85 %. Près de 14 reines ont vu le jour par ruche saine, en moyenne, contre seulement 2 au sein des groupes exposés au pesticide. Or, les bourdons ont un cycle de vie annuel. Seules les jeunes reines peuvent survivre à l’hiver et former de nouvelles colonies au printemps suivant.

Abeilles : une navigation faussée
La seconde étude a été menée par une équipe de l’Inra d’Avignon sous la direction de Mickaël Henry. Les chercheurs ont analysé le comportement de butinage chez des abeilles domestiques, Apis mellifera, exposées à du thiaméthoxame. Près de 653 insectes ont été équipés d’un RFID (une micropuce collée sur l’abdomen) puis soumis à deux traitements différents composés soit d'un placébo, soit de 20 μl d'une solution de sucrose contenant 1,34 ng d’insecticide.
Des détecteurs placés à l’entrée des ruches permettent d’identifier les abeilles quittant ou revenant à leur colonie. Le résultat est édifiant : en terrain inconnu 31,6 % des abeilles exposées à l’insecticide ont été incapables de revenir à leur point de départ ! Le thiaméthoxame perturbe donc les capacités de navigation de ces pollinisateurs.
Ces deux études apportent des preuves concrètes du rôle, certes partiel, joué par les insecticides de la famille des néonicotinoïdes sur la surmortalité des abeilles. Espérons que de telles preuves puissent faire réagir les pouvoirs publics sur cette problématique afin que de nouvelles réglementations voient le jour. Les tests effectués sur des insectes lors de la mise sur le marché des produits phytosanitaires sont également à revoir.
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