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Les abeilles addictes aux pesticides

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Lors d'expériences de laboratoire, les abeilles montrent une préférence pour une nourriture dans laquelle se trouvent des pesticides. Le débat sur les effets de ces produits sur les populations d'abeilles, domestiques mais aussi sauvages, est relancé.

Les abeilles semblent préférer le nectar avec pesticide. © Toshihiro Gamo, Flickr, cc by nc nd 2.0

Alors que les abeilles jouent un rôle crucial dans les écosystèmes et l'agriculture en tant que pollinisatrices, de nombreuses populations sont aujourd'hui en déclin. Différentes raisons sont évoquées pour expliquer cette surmortalité, comme les parasites, la diminution des ressources alimentaires, et les pesticides, mais cette question reste controversée.

En ce mois d'avril 2015, une classe d'insecticides - les néonicotinoïdes - fait l'objet de deux publications inquiétantes dans Nature. Ces pesticides appliqués aux graines peuvent se retrouver dans le nectar et le pollen ; les semences traitées par trois d'entre eux (clothianidine, imidaclopride et thiaméthoxame) sont actuellement interdites dans l'Union européenne. Des concentrations sublétales de ces molécules peuvent altérer le comportement des abeilles sociales et réduire la survie des colonies. Mais certains défenseurs des pesticides prétendent que si les néonicotinoïdes étaient dangereux, les abeilles apprendraient à les éviter.

C'est pourquoi des chercheurs de l'université de Newcastle au Royaume-Uni ont étudié cet argument. Ils ont placé dans des boîtes des abeilles Apis mellifera et des bourdons Bombus terrestris et leur ont donné le choix entre une nourriture normale ou une avec des pesticides (imidaclopride, thiaméthoxame ou clothianidine).

Dans les champs de colza utilisant des semences traitées, les abeilles sauvages payeraient un lourd tribut. © Paul, Flickr, cc by nc nd 2.0

Les abeilles sauvages ne réagissent pas toujours comme les abeilles domestiques

Dans cette étude, les insectes avaient plutôt tendance à choisir les solutions sucrées contenant les pesticides imidaclopride ou thiaméthoxame. L'équipe a aussi analysé la réponse des neurones du goût des abeilles aux néonicotinoïdes et a trouvé qu'ils réagissaient de la même façon quelle que soit la concentration : les abeilles ne pourraient donc pas ressentir le « goût » des pesticides et la préférence serait due à un autre mécanisme.

Autre argument des défenseurs des pesticides : les effets négatifs des pesticides ne seraient observés que pour des concentrations supérieures à celles présentes dans les champs traités. Dans une autre publication, des chercheurs suédois de l'université de Lund ont donc étudié des abeilles dans la réalité des champs cultivés. Ils ont analysé huit champs de colza utilisant des graines traitées avec l'insecticide Elado (contenant de la clothianidine) et huit champs avec des graines non traitées.

Il n'y avait pas de différences chez les abeilles productrices de miel dans les champs avec des graines traitées ou non traitées. En revanche, la densité des abeilles sauvages dans les champs utilisant des semences traitées était à peu près la moitié de celle des champs non traités. Les nids d'abeilles solitaires et la croissance des colonies de bourdons étaient aussi réduits dans les champs avec les semences traitées. L'utilisation de cet insecticide pose donc des problèmes aux abeilles sauvages. Cette étude montre aussi que les abeilles domestiques qui sont souvent le modèle utilisé pour tester la toxicité des pesticides ne sont pas représentatives des abeilles en général.

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