Lors de la COP25, la communauté internationale a encore eu bien du mal à tomber d’accord sur les mesures à prendre pour lutter contre le réchauffement climatique. © Alphaspirit, Adobe Stock
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COP25 : un manque d'ambition flagrant

ActualitéClassé sous :COP25 , changement climatique , Réchauffement climatique

La COP25, qui vient de s'achever, laisse un goût amer pour certains pays déjà particulièrement touchés par le réchauffement climatique. Langage « tortueux », discussions en décalage avec les attentes des gens de la rue, strict minimum, manque d'ambitions et résultat médiocre... L'esprit de l'Accord de Paris semble n'être plus qu'un « lointain souvenir ». La COP25 a révélé de façon flagrante, les divisions au sein de la communauté internationale.

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[EN VIDÉO] Limiter le réchauffement climatique à 2 °C, est-ce réalisable ?  La concentration de gaz à effet de serre n’a jamais autant augmenté que ces quinze dernières années. Malgré les engagements pris par de nombreux pays, aucune solution concrète ne semble émerger. Le Cnes a rencontré Jean Jouzel, climatologue de renom, afin d’en savoir plus. 

La communauté internationale réunie à Madrid pour la COP25 a « raté une occasion importante » d'être à la hauteur de la crise climatique, a regretté dimanche le secrétaire général de l'ONU, à peine la réunion terminée :« Je suis déçu du résultat de la COP25, a déclaré Antonio Guterres dans un communiqué. La communauté internationale a perdu une occasion importante de faire preuve d'une ambition plus grande en matière d'atténuation (réduction des émissions de gaz à effet de serre), d'adaptation et de financement de la crise climatique», a-t-il insisté.

Déception et amertume

Après une année marquée par des catastrophes climatiques tout azimut, les appels vibrants de millions de jeunes descendus dans la rue derrière la jeune Suédoise Greta Thunberg, et des rapports scientifiques toujours plus glaçants, les quelque 200 signataires de l'Accord de Paris étaient sous une pression sans précédent pour cette COP25 présidée par le Chili, mais délocalisée à Madrid en raison de la crise qui frappe le pays d'Amérique du sud.

Mais, au terme de cette conférence qui a débordé de plus de 40 heures son programme initial, tout le monde n'a pas vu dans les textes adoptés dimanche le reflet de cette demande d'actions radicales et immédiates. Cette COP « laisse un goût doux-amer », a commenté la ministre espagnole de l'Environnement Teresa Ribera. Le texte final appelle effectivement à des actions urgentes pour réduire l'écart entre les engagements et les objectifs de l'Accord de Paris de limiter le réchauffement à +2 °C, voire +1,5 °C. Mais le langage est « tortueux » et le résultat « médiocre », a estimé Catherine Abreu, du Climate Action Network.

La COP25, une occasion « ratée » de répondre à l'urgence climatique. La ministre chilienne de l'Environnement préside la séance de clôture de la COP25 à Madrid le 15 décembre 2015. © Oscar Del Pozo, AFP

L'esprit de l'Accord de Paris n'est plus qu'un « lointain souvenir »

« Les principaux acteurs dont on espérait des avancées n'ont pas répondu aux attentes », a déclaré Laurence Tubiana, architecte de l'Accord de Paris, notant toutefois que l'alliance des États insulaires, européens, africains et latino-américains, avait permis d' « arracher le moins mauvais résultat possible, contre la volonté des grands pollueurs. » Un projet de texte sur les ambitions présenté samedi par la présidence chilienne avait provoqué une levée de bouclier de ces États, forçant à un nouveau round de consultations.

Mais, malgré les améliorations, certains pays particulièrement touchés par les dérèglements climatiques ont exprimé leur colère. Le résultat « n'est pas proche du tout de ce que nous voulions. C'est le strict minimum », a dénoncé la représentante climat des Iles Marshall, Tina Stege.

« Ces discussions reflètent le décalage entre les dirigeants d'un côté et l'urgence montrée par la science et les demandes des citoyens dans les rues », résume Helen Mountford, du think tank World Resources Institute, estimant que l'esprit de l'Accord de Paris n'était plus qu'un « lointain souvenir ».

Au rythme actuel des émissions de CO2, le mercure pourrait gagner jusqu'à 4 ou 5 °C d'ici la fin du siècle. Et même si les quelque 200 signataires de l'Accord de Paris respectent leurs engagements, le réchauffement pourrait dépasser les 3 °C.

Alors pour tenter de réduire cet écart, tous les États doivent soumettre d'ici la COP26, à Glasgow l'année prochaine, une version révisée de leurs plans de réductions d'émissions. Mais les deux semaines de discussions ont mis en pleine lumière une division flagrante au sein de la communauté internationale en matière d'ambition.

Aucune annonce significative

Sans surprise, quasiment aucun des grands pays émetteurs n'a fait d'annonce significative pour réhausser ses ambitions, ni donné de signe clair d'une telle intention pour 2020. Évidemment pas les États-Unis qui quitteront l'Accord de Paris en novembre prochain, mais pas non plus la Chine ou l'Inde. Ces deux grandes économies insistent, avant d'évoquer leurs propres engagements révisés, sur la responsabilité des pays développés de faire plus et de respecter leur promesse d'aides financières aux pays en développement.

Également dans le collimateur des défenseurs de l'environnement, l'Arabie Saoudite, ainsi que le Brésil et l'Australie tous deux accusés de vouloir introduire des dispositions décriées dans les règles sur les marchés carbone. Malgré un an de discussions et des tractations intenses ces derniers jours, l'adoption de ce dernier reliquat du manuel d'utilisation de l'Accord de paris a de nouveau été reportée.

« Nous n'abandonnerons pas »

Parmi les grands émetteurs, nombre d'observateurs ont au contraire souligné le rôle positif de l'UE qui a endossé cette semaine à Bruxelles l'objectif de neutralité climatique d'ici 2020, malgré les réserves de la Pologne. L'UE doit maintenant s'atteler à la tache de présenter en 2020 un réhaussement de ses engagements pour 2030, ce qui pourrait donner le signal à ses partenaires internationaux de suivre l'exemple. Les Britanniques, qui organiseront la COP26, ont eux promis de tout faire pour que Glasgow soit un succès.

Greta Thunberg a d'ores et déjà prévenu que cette année de préparation se ferait sous la pression de la rue. « La science est claire, mais la science est ignorée. Quoi qu'il arrive, nous n'abandonnerons pas. Nous ne faisons que commencer », a-t-elle lancé sur Twitter.

Pour en savoir plus

COP24 : les États valident l'accord de Paris, mais sans plus

Article de Relaxnews, publié le 17 décembre 2018

Les catastrophes climatiques se multiplient. Les appels d'urgence aussi. Les experts sont d'accord, unanimement. Contre le réchauffement climatique, il faut faire plus et plus vite. Pourtant, à l'occasion de la COP24, la communauté internationale n'est pas parvenue à aller au-delà de l'accord de Paris.

Il y a quelques semaines, les scientifiques du Giec (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) tiraient la sonnette d'alarme : dans un monde à +2 °C -- qui est l'objectif minimal du pacte climatique de 2015 --, les impacts seraient bien plus importants que dans un monde qui subirait un réchauffement de 1,5 °C, qui est la limite idéale de l'accord. Mais pour rester sous +1,5 °C, il faudrait réduire les émissions de CO2 de près de 50 % d'ici 2030 par rapport à 2010, alors que les engagements actuels des États annoncent un monde à +3 °C avec son lot de tempêtes, sécheresses, inondations, etc.

Face à ce coup de semonce, nombre de délégations, en particulier les vulnérables États insulaires, espéraient que, pour cette 24e Conférence climat de l'ONU (COP24), les pays promettent de relever d'ici 2020 leurs engagements de réduction des gaz à effet de serre. Mais, dans un contexte géopolitique peu propice, les États se sont surtout appliqués à boucler les règles qui permettront d'appliquer l'accord.

Préparé depuis trois ans et donnant lieu, durant ces 14 derniers jours, à des négociations tendues, ce « mode d'emploi » d'une centaine de pages fixe notamment les modalités de suivi des actions nationales. Une flexibilité a été accordée aux pays en développement. « Dans les circonstances actuelles, continuer à construire notre bâtiment est déjà une réussite », a déclaré Teresa Ribera, la ministre espagnole de l'Environnement, même si elle aurait aimé des « messages beaucoup plus forts ».

Les États « ont fait des progrès, mais ce que nous avons vu en Pologne, c'est un manque fondamental de compréhension de la crise actuelle », estime, de son côté, Manuel Pulgar-Vidal, du WWF, rappelant que le Giec donne seulement 12 ans pour agir. « Ce manque de réponse au rapport du Giec, c'est choquant », ajoute Jennifer Morgan, de Greenpeace. La décision finale de la COP se limite, de fait, à « répéter la demande de mise à jour » des engagements d'ici 2020, déjà formulée dans l'accord de Paris. Elle « insiste sur l'urgence d'une ambition accrue », sans calendrier.

Après la COP24, l’accord de Paris devrait pouvoir être appliqué. Mais cela risque de ne pas être suffisant à lutter efficacement contre le réchauffement climatique. © cocoparisienne, Pixabay, CC0 Creative Commons

Un contexte tendu

Une passe d'armes sur la reconnaissance ou non des conclusions du Giec avait déjà donné le ton en milieu de COP : États-Unis, Arabie Saoudite et Russie refusant la mention « accueille favorablement » dans la décision finale. Sortis de l'accord de Paris, mais pour l'instant toujours dedans, les États-Unis ont vivement défendu leurs positions traditionnelles. Face au « vide » laissé par le futur départ américain, « la Chine est passée à la vitesse supérieure », a déclaré à l'AFP Catherine McKenna, la ministre canadienne de l'Environnement, estimant que les Chinois avaient fait preuve de « flexibilité ».

Le financement des politiques climatiques est l'autre préoccupation des pays pauvres, notamment la manière dont va s'organiser la montée des fonds promis par le nord à partir de 2025. Alors que les pays du Nord ont promis de passer leur aide climat à 100 milliards de dollars par an d'ici 2020, quelques pays comme l'Allemagne ont annoncé de nouvelles contributions, notamment au Fonds vert. Et la Banque mondiale a promis 200 milliards de dollars pour la période 2021-2025. « Mais il est clair qu'il faudra aller au-delà et faire davantage d'annonces concrètes pour convaincre les pays en développement qu'ils seront soutenus dans leurs efforts pour la transition bas carbone », souligne David Levaï, de l'Institut des relations internationales (Iddri).

Plus inattendu : les règles des mécanismes d'échange de quotas d'émissions carbone ont bloqué pendant des heures, samedi, la conclusion des travaux, le Brésil menant la contestation. Le cœur de ce sujet très technique, mais qui doit empêcher que des réductions d'émissions soient comptées deux fois, a été retiré du texte adopté. De quoi indigner vivement un observateur vétéran des négociations : « Cette conférence a été retardée par le Brésil alors qu'elle aurait dû l'être par les petites îles ! C'est tragique ». Mais comme le soulignait, fataliste, Frank Bainimarama, le Premier ministre fidjien et président de la COP23, son île de moins d'un million d'habitants ne peut « pas menacer ou forcer qui que ce soit à faire ce que l'on veut ».


COP 23 : les États sont d’accord… pour discuter

La COP 23 s'est achevée ce weekend sans clash, ce qui est déjà appréciable. Le bilan restera maigre mais quelques avancées sont notables.

Article de Jean-Luc Goudet paru le 20/11/2017

Cette vingt-troisième session des sommets « COP » sur le climat ne restera pas dans les annales de l'histoire. Initialement, elle ne devait d'ailleurs être qu'une étape transitoire sans définition d'objectifs, chargée, comme la COP 22, de suivre la mise en œuvre de l'Accord de Paris, conclu lors de la COP 21. Mais elle aurait pu aller plus loin. En fait, concernant les actions contre le réchauffement, il ne s'est rien passé. Une note positive des commentateurs est que les États-Unis n'ont pas fait d'obstruction.

Une autre avancée est l'apparition d'une alliance pour un abandon du charbon, à l'initiative du Canada et du Royaume-Uni. Elle a rassemblé plusieurs pays et même plusieurs États américains. Mais les États-Unis et la Chine n'ont pas suivi. Troisième point de satisfaction : l'ajout d'un programme de travail sur l’agriculture et la sécurité alimentaire, pour soutenir des pratiques moins brutales pour la nature.

L'Accord de Paris est toujours un objectif

En revanche, la question des fonds financiers reste en suspens, ainsi que celle de la surveillance des moyens mis en œuvre pour respecter l'Accord de Paris. La présidence du sommet, assurée par les îles Fidji, a souligné le manque d'efforts de la part des nations développées. Celles du sud, et en particulier des pays insulaires, voient l'eau monter. Pour eux, les effets du changement climatique engendré par l'activité industrielle au nord sont très concrets...

La COP 24 aura lieu en décembre 2018. Elle se tiendra en Pologne, un pays dont le gouvernement actuel s'est montré peu motivé par le thème de la réduction d'émission de gaz à effet de serre et qui veut développer sa consommation de gaz de schiste.

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