Tandis que certains assurent que le monde s'effondrera avec le changement climatique, d'autres persistent à croire qu'il n'est pas trop tard. © Choat, Adobe Stock
Planète

COP25 : d'après l'ONU, c'est notre dernière chance

ActualitéClassé sous :COP25 , accord de Paris sur le climat , Réchauffement climatique

Quatre ans après l'Accord de Paris, les États se réunissent à nouveau lors de la COP25 qui se déroule à Madrid du 2 au 13 décembre. Cette année, l'ONU a été extrêmement claire. Au vu de l'avancement du dérèglement climatique et de l'effondrement de la biodiversité, c'est notre dernière chance d'agir réellement. Si l'on manque le coche, les efforts à fournir pour rattraper notre retard risquent d'être... insurmontables. État des lieux.

Cela vous intéressera aussi

[EN VIDÉO] COP 21 : les solutions pour limiter le réchauffement climatique  Durant cette interview tournée par l’éditeur de livre Dunod, Jean Jouzel, climatologue et glaciologue, nous parle des conséquences du réchauffement climatique et des solutions qu’il faudrait mettre en place pour le ralentir au maximum. Il aborde aussi la question de la COP 21, la conférence des Nations unies sur les changements climatiques, qui se déroulera début décembre à Paris. 

Brûlée. Saccagée. Intoxiquée. La Terre tente vainement de résister à l'humanité. Durant l'année 2019, les scientifiques de l'ONU ont rassemblé toutes les données disponibles dans quatre rapports majeurs, afin d'alerter sur l'état du monde et sur les engagements à mettre en place. On parle d'urgence climatique. Entre autre chose, il faut réduire nos émissions de 7,6 % par an entre 2020 et 2030. Et l’ONU prévient : « Si nous ne le faisons pas, nous manquerons la dernière opportunité historique de limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C. »

La dernière opportunité historique... Afin d'enfoncer le clou, l'organisation internationale rajoute que si nous continuons sur notre trajectoire, alors « on peut s'attendre à ce que les températures augmentent de 3,2 °C, ce qui aura des effets dévastateurs ». Pour éviter cette tragédie, les leaders mondiaux se rassemblent à Madrid du 2 au 13 décembre, dans le cadre de la COP25.

Un constat alarmant

Le dernier rapport du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) sur l'écart entre ce qui est fait et ce qu'il faut faire pour réduire nos émissions est sur la table des négociations. Celui-ci exhorte les pays du monde à multiplier par trois leurs contributions nationales pour rester en dessous des 2 °C, et par cinq pour espérer atteindre l'objectif de 1,5 °C. Malheureusement, les émissions de gaz à effet de serre ayant continué d'augmenter jusqu'à aujourd'hui, l'optimisme s'évapore quelque peu...

À moins qu'un changement radical ne s'opère, Marlowe Hood n'est que très peu optimiste. Dans une tribune pour Phys.org, le coordinateur des sujets « changement climatique et environnement » de l'Agence France Presse dresse un état des lieux édifiant de la planète. S'appuyant sur les travaux du Giec, il commence par asséner qu'il ne faut plus se voiler la face : même si tous les pays, dont les États-Unis qui ne sont pas signataires, respectaient l'Accord de Paris, le climat se réchaufferait de 2 °C. A minima, puisque le point de non-retour se situe entre 1 °C et 2 °C, d'après une pléiade de scientifiques. Une fois ce point franchi, l'humanité ne pourrait qu'assister et tenter de s'adapter à une cascade d'événements dramatiques.

Résumé vidéo du rapport 2019 de l'ONU sur l'écart entre les besoins et les perspectives en matière de réduction des émissions. © ONU

En parallèle, la sixième extinction de masse se déroule indubitablement. Malheureusement. Selon l'UICN (Union internationale pour la conservation de la nature), 40 % des amphibiens, 14 % des oiseaux, 25 % des mammifères, 33 % des coraux constructeurs de récifs sont menacés d'extinction au niveau mondial. Marlowe Hood rappelle d'ailleurs qu'avec 1,5 °C, ce serait 70 % des coraux tropicaux qui disparaîtraient, alors qu'un quart des espèces marines en dépendent... Quant à une augmentation de 2 °C, elle rayerait simplement ces coraux de la surface. Finalement, une espèce sur huit est menacée d'extinction. La biodiversité s'écroule 10 à 100 fois plus vite que son rythme normal, c'est-à-dire celui qui lui laisse le temps de se renouveler. 

L'espoir persiste

Un autre rapport du Giec détaille les abus de l'humain sur les terres : déforestation, agriculture non durable, destruction des écosystèmes... Toutes ces données conduisent à penser que l'humanité doit changer fondamentalement sa manière de produire, de distribuer et de consommer à peu près tout. Elle doit aussi s'adapter rapidement afin de se mettre à l'abri. Du niveau des mers, par exemple, qui pourrait monter de 20 mètres selon une étude du Pliocène. Ou de la famine, puisque un nouveau modèle montre que, dans le pire scénario, 90 % de la population vivra dans une zone où la production agricole diminuera à cause du réchauffement climatique.

Malgré tout cela, le PNUE conserve sa foi. « Le changement climatique peut encore être limité à 1,5 °C » dit-il. C'est également l'avis de Tim Lenton, directeur du Global Systems Institute à l'université d'Exeter (Angleterre), qui observe que « nous assistons à des changements inattendus dans le système » et que ceux-ci « devraient nous donner un élan supplémentaire pour atteindre l'objectif de Paris ». Néanmoins, les efforts à fournir demeurent importants, et les changements, radicaux. 

Pour en savoir plus

COP 22 : quels sont les enjeux ?

Article publié le 07/11/2016, par Jean-Luc Goudet

Du 7 au 18 novembre, la « COP 22 », conférence internationale sur le climat, se tient à Marrakech, au Maroc. Les 196 nations qui y sont représentées vont, surtout, discuter de la mise en place de l'accord de Paris, qui vient d'entrer en vigueur après sa ratification. Quels sont les enjeux de ces négociations ?

Le quartier de Bab Ighli, à Marrakech, qui, naguère, ouvrait sur la médina de la ville du Maroc du sud, a été aménagé pour recevoir les 22.000 participants de la « COP 22 ». Les représentants de 196 pays mais aussi des industriels et des associations viendront discuter climat et réchauffement. Après des espoirs, comme à Kyoto, en 1997, des échecs, comme à Copenhague en 2009, des difficultés à avancer, comme à Varsovie en 2013, et un succès réel à la COP 21 de Paris en 2015, cette conférence part sur un terrain plus solide.

On sait qu'il n'y aura rien de spectaculaire ni d'avancée brutale, mais les nations, après l'accord de Paris qui a été ratifié et est en vigueur depuis le 4 novembre, sont entrées dans le dur : il faut désormais discuter des détails pour réduire les émissions de CO2 et tenter de limiter le réchauffement de l'atmosphère à 1,5 °C par rapport à l'ère préindustrielle (ce qui semble infaisable) ou à « bien en dessous de 2 °C ». Si ce second objectif semble difficile à atteindre, les volontés de nations semblent maintenant assez saines pour des discussions productives.

Pour décrypter les événements et les informations qui vont nous être rapportés durant les jours à venir, voici quelques rappels.

La conférence sur le climat qui s'ouvre à Marrakech sera la 22e COP. Elle sera aussi l'occasion de la 12e CMP (Conference of the Parties serving as the meeting of the Parties to the Kyoto Protocol), réunissant les pays concernés par le protocole de Kyoto, moribond. S'y tiendra enfin la première CMA, où l'on parlera de la mise en place de l'accord de Paris. © COP 22

Qu’est-ce qu’une COP ?

Une « Conference of the Parties » est une discussion internationale qui réunit les nations ayant signé la convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC, ou UNFCCC en anglais). Elle date du sommet de Rio de Janeiro, en 1992, une dizaine d'années après que des scientifiques ont commencé à alerter les politiques sur un effet des activités humaines sur le climat de la planète.

Qu’est-ce que le protocole de Kyoto ?

Ce protocole a été signé en 1997 à la COP 3 de Kyoto au Japon et impose aux pays qui l'ont ratifié une réduction de 5 % de leurs émissions de gaz à effet de serre par rapport à leur niveau de 1990, entre 2008 et 2012. Entré en vigueur en 2005, le protocole de Kyoto est devenu obsolète car le Canada, les États-Unis et la Russie ne l'ont pas ratifié, tandis que la Chine, pays considéré « en développement » à la signature du traité, n'était pas concernée.

Qu’est-ce que l’accord de Paris ?

C'est l'accord obtenu lors de la COP 21 qui s'est tenue au Bourget du 30 novembre au 12 décembre 2015. C'est le premier du genre après le protocole de Kyoto et c'est aussi le premier à concerner tous les pays, industrialisés ou non. Son objectif est de maintenir le réchauffement climatique « bien au-dessous de 2 °C » et de « poursuivre les efforts pour limiter la hausse des températures à 1,5 °C [par rapport aux niveaux préindustriels] ». Le traité est téléchargeable ici.

La communauté scientifique estime inatteignable la limite de 1,5 °C et peu probable la possibilité de rester en dessous de 2 °C. Toutefois, des engagements ont été pris pour aller dans ce sens. Pour entrer en vigueur, ce traité devait être ratifié par au moins 55 pays responsables d'au moins 55 % des émissions de gaz à effet de serre. Avec la signature de l'Union européenne, ce critère a été rempli le 4 octobre 2016 et le traité est, comme il était prévu, entré en vigueur, un mois plus tard, donc le 4 novembre 2016.

À quoi sert la COP 22 si l’accord de Paris est entré en vigueur ?

Une partie importante des négociations porteront sur l'application de cet accord de Paris. Ces discussions se rouleront à partir du 15 novembre, dans une série particulière de réunions, la CMA (COP serving as Meeting of the Parties to the Paris Agreement). Par exemple, les règles de transparence. Contrairement au protocole de Kyoto, ce traité ne prévoit pas de sanctions pour les pays qui ne respecteraient pas leurs engagements (ce qui n'avait eu aucun effet), mais l'application de « règles de transparence », consistant à rendre publics les actions prises et leur bilan. D'où, par exemple, une question pratique : quand ces règles devront-elles être mises en place ? « Dès 2017 », disent les plus enthousiastes. « Pas avant 2018 » disent les autres.

La question du financement, de son côté, occupera beaucoup de temps. Les cent milliards de dollars par an, prévus à Copenhague en 2009, ne sont pas encore au complet. Les discussions porteront aussi sur de possibles décisions supplémentaires pour aller plus loin.

Y aura-t-il une COP 23 ?

Il y en aura une. Elle se tiendra en Asie dans une ville qui n'a pas encore été choisie.

Abonnez-vous à la lettre d'information La quotidienne : nos dernières actualités du jour. Toutes nos lettres d’information

!

Merci pour votre inscription.
Heureux de vous compter parmi nos lecteurs !