Les populations d’esturgeons européens ont beaucoup diminué. © Vladimir Wrangel, Fotolia

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Biodiversité : 88 % des gros animaux d'eaux douces ont disparu en 40 ans

ActualitéClassé sous :animaux , cours d’eau , poisson

Entre 1970 et 2012, la mégafaune des rivières et des lacs a fortement décliné dans le monde. Les grands poissons d'eaux douces sont particulièrement menacés, notamment à cause de la construction de barrages.

Notre planète connaît actuellement la sixième extinction en masse d'espèces de son histoire. Ce déclin de la faune et de la flore touche tous les écosystèmes, terrestres et marins. Les eaux douces, rivières et lacs, ne couvrent que 1 % des surfaces du globe mais elles abritent un tiers des espèces de vertébrés et près de la moitié des poissons ! D'après la liste rouge des espèces menacées de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), environ un tiers des espèces d'eau douce serait menacé d'extinction...

Une étude internationale menée par l'Institut Leibniz d'écologie des eaux douces et des pêches continentales (Allemagne) s'est intéressée à la biodiversité de la mégafaune vivant en eau douce. La mégafaune comprend des animaux qui pèsent plus de 30 kg, comme les dauphins d'eau douce, les castors, les crocodiles, les tortues géantes, les esturgeons...

Les résultats sont alarmants

Les chercheurs ont compilé les données portant sur 126 espèces de la mégafaune vivant dans les rivières et les lacs du monde entier, ainsi que des informations sur la répartition géographique de 44 espèces en Europe et aux États-Unis. Résultats : entre 1970 et 2012, la mégafaune vivant en eau douce a décliné de 88 %. Le rythme de déclin de ces vertébrés serait deux fois plus rapide que pour les animaux terrestres ou océaniques ! D'après Sonja Jähnig, qui a mené ces travaux, « Les résultats sont alarmants et confirment les craintes des scientifiques impliqués dans l'étude et la protection de la biodiversité en eau douce. »

Un déclin global de la mégafaune des rivières

Les écozones les plus touchées étaient l'indomalais et le paléarctique, la première région couvrant le sud et le sud-est asiatiques, ainsi que le sud de la Chine, et la seconde correspondant à l'Europe, l'Afrique du Nord et la majeure partie de l'Asie. Les espèces les plus touchées étaient les gros poissons (esturgeons, salmonidés, poissons-chats géants), dont le déclin atteignait 94 %, suivis par les espèces de reptiles (-72 %).

Le castor d’Europe, ou Castor fiber, a été réintroduit dans différents sites, notamment en France. © Lillian, Fotolia

Comment expliquer la disparition inquiétante de ces animaux ? L'exploitation des rivières, notamment pour produire de l'électricité, est un des facteurs évoqués par les auteurs. Dans un communiqué, Fengzhi He, principal auteur de l'étude, a expliqué : « Bien que les grandes rivières du monde soient déjà très fragmentées, 3.700 grands barrages sont prévus ou en construction, ce qui aggravera encore la fragmentation des rivières. Plus de 800 de ces barrages prévus sont situés dans des zones de diversité de la mégafaune d'eau douce, notamment les bassins des fleuves Amazone, Congo, Mékong et Gange. »

De plus, les grands animaux sont peut-être plus vulnérables car ils ont des besoins spécifiques concernant leur habitat, une maturité sexuelle tardive et un rendement reproductif peu élevé.

Cependant, malgré ce triste tableau, des actions de conservation de la mégafaune ont porté leurs fruits. Par exemple, aux États-Unis, 13 espèces se sont stabilisées ou sont en phase de croissance, comme l'esturgeon vert et le castor du Canada. En Asie, le dauphin de l'Irrawaddy a vu sa population augmenter dans le bassin du Mékong, et, en Europe, le castor d'Europe a été réintroduit dans des régions où il était menacé. Enfin, l'Institut Leibniz travaille à la réintroduction, dans les eaux européennes, de deux espèces natives d'esturgeons : l'esturgeon d'Europe et l'esturgeon atlantique.

  • Entre 1970 et 2012, la mégafaune des lacs et rivières a décliné de 88 % dans le monde.
  • Les constructions de gros barrages représentent une menace.
  • Certaines opérations de conservation de ces animaux ont également été bénéfiques.
Pour en savoir plus

Les cours d'eau contaminés aux pesticides déciment la biodiversité

Article de Delphine Bossy paru le 21 juin 2013

Les APIdays, les Journées nationales de l'abeille, ont débuté aujourd'hui et se poursuivent jusqu'au dimanche 22 juin. L'occasion de rappeler que cet insecte pollinisateur est vital pour la biodiversité, mais qu'il décline de façon alarmante, principalement à cause des pesticides. Ces composés chimiques n'affectent d'ailleurs pas uniquement les abeilles, tous les insectes dont les larves se développent dans les rivières sont menacés.

Les insecticides néonicotinoïdes, les principaux pesticides utilisés dans le monde, menacent la survie des abeilles. Ces insectes sont pourtant vitaux pour le maintien de la biodiversité car ce sont des pollinisateurs, indispensables à 80 % des plantes commercialisées. Les néonicotinoïdes agissent sur le système nerveux des abeilles, les désorientent et limitent la croissance des populations des ruches. Le cas des abeilles est loin d'être isolé. Les pesticides menacent une grande partie de la biodiversité.

Ainsi, des populations d'insectes dont les larves se développent dans les rivières se sont considérablement réduites dans celles polluées aux insecticides. Des études antérieures ont déjà mis en évidence l'hécatombe que provoquent les insecticides sur les insectes aquatiques, en évaluant l'évolution des larves dans un cours d'eau. Mais pour la première fois, une équipe de recherche publie les résultats d'une étude de grande échelle, où plusieurs pays et cours d'eau sont comparés.

Une équipe germano-australienne, dont l'étude est publiée dans les Pnas, montre que les populations de libellules et d'éphéméroptères se sont considérablement réduites. Une conséquence directe de l'utilisation de pesticides.

Les libellules, ou odonates, sont des prédateurs qui chassent efficacement grâce à leurs gros yeux. Leurs larves se développent dans les cours d'eau et deviennent terrestres à l'âge adulte. Durant leur développement larvaire, les libellules sont menacées par les pesticides. © Magraiveur Marc, Flickr, cc by nc nd 2.0

L'Europe est la mauvaise élève des pesticides

Les chercheurs ont étudié 23 cours d'eau dans les plaines du centre de l'Allemagne, 16 cours dans l'ouest de la France, et 24 au sud de Victoria en Australie. Ils ont été classés suivant trois niveaux de contamination de l’eau : pure, légèrement ou fortement contaminée. En Europe, les rivières aux forts taux de pesticides présentent 42 % d'espèces en moins que les cours d'eau non contaminés, contre 27 % en Australie. Le plus grave est que les cours d'eaux classés comme fortement contaminés sont jugés écologiquement propres par les autorités européennes. 

« Voilà qui montre que nos évaluations des risques ne fonctionnent pas. Je pense que nous devrions nous inquiéter à ce sujet car les invertébrés sont une partie importante de la chaîne alimentaire », commente Mikhail Beketov, premier auteur de l'étude. Et la France est loin d'être bonne élève sur la question. Si elle vient d'être condamnée pour la surpollution aux nitrates, la majorité de ses cours d'eau sont contaminés aux pesticides : en 2011, sur 2.360 lieux échantillonnés dans toutes les régions, 93 % révélaient leur présence.

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