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La pollution par les nitrates serait sous-évaluée

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Les nitrates, sous-produits de la combustion des carburants fossiles retombant sur Terre entraînés par les précipitations, pourraient polluer l'eau potable et les rivières dans une mesure bien plus importante à ce que les scientifiques prévoyaient jusqu'à présent.

Forêt ravagée par les pluies acides. Image libre de droits

Au terme d'une étude de trois années dont les résultats viennent d'être publiés dans l'édition du 20 octobre de Environmental Science and Technology, le professeur en géologie et sciences planétaires Emily Elliott, de l'université de Pittsburgh, recommande de surveiller les accumulations de nitrates près des zones urbaines et des routes. Ces oxydes sont en effet susceptibles de nombreux méfaits pour l'environnement et la santé. Les nitrates se forment dans l'atmosphère à partir des gaz d'échappement des véhicules et des rejets des cheminées d'usine, puis retombent sous forme de pluies acides en contribuant à l'acidification des sols, au déclin de la forêt et à la dégradation des eaux côtières.

Afin de déterminer exactement les sources du nitrate atmosphérique, Elliott et ses collègues ont établi 33 sites de prélèvement d'échantillons d'eau de pluie et de neige à travers l'ouest des Etats-Unis, y compris la Pennsylvanie, sous l'égide du National Atmospheric Deposition Program (NADP), une coopérative regroupant des organismes gouvernementaux et privés qui analysent déjà la composition des précipitations dans plus de 250 sites aux Etats-Unis, Porto Rico et aux Iles Vierges à la recherche de produits chimiques tels l'azote, le soufre et le mercure.

Cette étude a permis de confirmer que la circulation routière est bien la source de pollution par oxydes d'azote la plus importante dans l'ouest américain. Mais en ce qui concerne les nitrates, les analyses isotopiques ont démontré que leur provenance était à rechercher dans les sources stationnaires, telles les usines et les centrales électriques, parfois localisées à des centaines de kilomètres. Ces installations rejettent leurs polluants très haut dans l'atmosphère, d'où ils peuvent parcourir de très longues distances avant de retomber, tandis que les rejets des véhicules à moteur sont libérés au ras du sol et sont plus probablement déposés à proximité des chaussées sans avoir atteint la haute atmosphère. Or, la majorité des sites de surveillance du réseau NADP ont à cette fin été installés en zone rurale, loin des centres urbains, industriels ou agricoles.

Vers une meilleure organisation du réseau de surveillance

Selon Elliott, la quantité de nitrates retombant sur les villes où la circulation automobile est dense pourrait être beaucoup plus importante que ce que les expertises du NADP le laissaient suggérer jusqu'ici. Dans deux des sites étudiés, il est de plus vraisemblable qu'une quantité significative de ce nitrate atmosphérique réussisse à pénétrer dans les réseaux d'approvisionnement en eau potable.

Dans certains écosystèmes, une forte concentration en nitrates peut amener un phénomène d'eutrophisation, induit par la croissance incontrôlée d'algues grandes consommatrices d'oxygène avec raréfaction de cet élément amenant l'hypoxie. Celle-ci altère gravement les conditions de vie des créatures aquatiques et provoque l'apparition de "zones mortes", comme on en observe dans le Golfe du Mexique ou à l'embouchure du Mississippi.

L'étude qui vient d'aboutir permettra de mieux organiser le réseau d'observation en l'adaptant aux zones denses de population afin de mieux évaluer la contribution des sites urbains dans le cycle de pollution par les pluies acides.

Une prochaine étape visera à mieux identifier les différentes sources d'émission par étude des taux isotopiques de l'oxyde d'azote et de mesurer leurs variations au cours du temps. L'équipe sollicite aussi les industriels afin qu'ils lui fournissent des échantillons de rejets atmosphériques collectés directement à la sortie des cheminées d'usine.

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