Tactiques, télécommunications, navigation, observation, les applications satellites au service des combattants font que l'espace est lui-même devenu un terrain pour mener bataille. © Lockheed Martin
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La Russie mène des attaques depuis l’espace

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Depuis le début de l'invasion russe en Ukraine, les cyberattaques sont menées contre des satellites occidentaux. La Russie a déployé sa guerre dans l'espace pour perturber les troupes ukrainiennes ainsi que leurs partenaires.

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Aujourd'hui, se servir d'infrastructures satellitaires pour mener une guerre est habituel. Les satellites d'imagerie et de télécommunication sont des supports pour coordonner les troupes. Pour perturber cette coordination, l'armée russe vise les satellites qui servent à l'armée ukrainienne. Cependant, l'Ukraine ne disposant pas vraiment de ses propres satellites, il y a des dommages collatéraux.

Depuis des années, la Russie a montré les crocs. Le Kremlin dispose d'une grande capacité « tactique » dans l'espace. En 2021, l'armée russe en avait fait la démonstration en détruisant un satellite en orbite par un tir de missile. Mais, pour l'instant, la Russie n'a pas décidé de s'attaquer aussi ouvertement à un satellite commercial venant d'un pays de l'Otan. Il est plus difficile d'attribuer avec certitude les cyberattaques à la Russie.

Dès le début de l'invasion, le National Reconnaissance Office (NRO), bureau fédéral des renseignements aux États-Unis et pilote de toute une flotte de satellites espions américains, a alerté sur des possibles cyberattaques sur des satellites commerciaux, notamment ceux utilisés par le gouvernement ukrainien. Un des premiers exemples était la cyberattaque du satellite de télécommunication KA-SAT de la compagnie américaine Viasat. Ce satellite desservait l'Europe et notamment l'Ukraine. Résultat : plusieurs dizaines de milliers de modem de la filiale d'Orange Nordnet ont été mis hors service.

Les interférences GPS ont augmenté au cours de ces derniers mois à l'intérieur et autour du territoire ukrainien. © HawkEye 360

Perturbation du GPS en Ukraine

Le 4 mars, la compagnie américaine HawkEye 360, spécialisée dans l'analyse géospatiale, a annoncé avoir détecté des interférences dans les communications radio entre le sol et le réseau GPS dans la région de l'Ukraine et des environs. Les premières interférences avaient été repérées dès l'automne dernier. Pendant ce temps, les troupes russes préparaient l'invasion et réalisaient des exercices à la frontière.

HawkEye 360 dispose d'une constellation de petits satellites spécialisés dans la détection de signaux radio issus de la surface. La constellation surveille ces signaux et est capable de localiser leur provenance à la surface. En novembre dernier, des interférences avaient été détectées près de la frontière entre les territoires séparatistes de Donetsk et de Louhansk, et le reste du territoire ukrainien.

Plus récemment, la constellation a localisé des interférences provenant du nord de Tchernobyl quelques jours avant l'invasion. La région est aujourd'hui sous le contrôle de l'armée russe. Il ne s'agit pas vraiment de cyberattaque ici, mais plus des tentatives de brouillage d'un signal provenant d'un réseau satellite.

La Russie n'utilise pas le réseau GPS (américain) pour le positionnement par satellite mais son propre réseau nommé Glonass. En Europe, on utilise Galileo.

Image satellite radar (SAR) de l'aéroport de Chuhuiv en Ukraine datant du 26 février. © Capella Space

La réponse occidentale

La Russie a toujours été dans le collimateur des puissances occidentales quand il s'agit de sécurité satellite. La Chine est aussi connue pour avoir fait des approches dangereuses de satellites commerciaux. C'est avec ces deux puissances alliées dans le viseur que la Space Force est née aux États-Unis. Scénario identique avec la création du Commandement de l'Espace en France.

Le gouvernement ukrainien a appelé à l'aide pour obtenir des images radar prises par satellite. Nous avons déjà vu la capacité des satellites d’imagerie commerciaux dans le domaine optique pour observer d'en haut les mouvements de troupes mais ces satellites ne sont pas capables de voir à travers les nuages. En Ukraine, la météo n'est pas toujours clémente et le ciel souvent couvert. L'armée ukrainienne a donc besoin d’imagerie radar en complément et voir aussi la nuit.

Après un refus de la Corée du Sud, le Canada a accepté que la compagnie MDA partage des images radar prises avec un radar à synthèse d'ouverture (Synthetic Aperture Radar - SAR). Cette technologie permet une meilleure résolution.

Côté américain, SpaceX a livré plusieurs terminaux pour recevoir le signal de la constellation Starlink. Les habitants peuvent donc rester connectés à Internet. Cette opération a d'ailleurs été saluée par le commandement des forces spatiales aux États-Unis. SpaceX a également fait le choix de concentrer plus de moyens sur la cybersécurité satellite, notamment pour lutter contre le brouillage de signaux du réseau Starlink dans les régions proches de zones de conflits, comme en Ukraine.

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