Les données acquises par la sonde New Horizons renforcent l'attrait de Pluton, un corps complexe et étonnamment dynamique. Nombreux sont les scientifiques à vouloir y retourner. Tanguy Bertrand, jeune chercheur français, est l'un d'eux. Il nous explique pourquoi mais avoue qu'il faudra être patient...
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[EN VIDÉO] New Horizons : revivez l'approche de Pluton comme si vous y étiez Dans cette vidéo composée de plus de cent images prises par la sonde New Horizons au cours desnull

Le succès de New HorizonsNew Horizons et ses découvertes sur Pluton ont « attisé encore plus notre curiosité, et plusieurs projets sont dans les cartons pour y retourner », nous explique Tanguy Bertrand, qui vient de finir sa thèse sous la direction de Francois Forget, chargé de recherche CNRS au Laboratoire de météorologie dynamique et membre de l'équipe scientifique de New Horizons.

Cet intérêt s'explique notamment par « une grande diversité géologique, impliquant des processus à différentes échelles de temps, une intense activité glaciaire liée aux cycles des glaces volatiles, et une atmosphèreatmosphère surprenante avec notamment la présence d'une brumebrume organique ». Les phénomènes en jeu et les matériaux présents, « mélanges de glaces et de particules de brume », sont complexes et uniques dans le Système solaireSystème solaire. « Ils méritent une étude approfondie. »

Les chercheurs souhaitent poursuivre l'étude « des glaces volatiles, réaliser leur inventaire, distribution et mesurer leur épaisseur à la surface, ainsi qu'explorer les mécanismes opérant à petites échelles (nuagesnuages, givresgivres, érosion, écoulement glaciaire) ». Dans la haute atmosphère, « nous souhaitons comprendre comment s'échappent les moléculesmolécules d'azoteazote et de méthane et comment se forme cette brume organique ». Enfin, les scientifiques souhaitent en apprendre davantage sur « la structure interne de PlutonPluton, son éventuel océan sous la surface et sur le système de satellites qui a été très peu étudié par New Horizons ». Il existe aussi un attrait à comparer Pluton avec Charon, son principal satellite.

Les deux faces de Pluton ? Non. Au premier plan Pluton et, à gauche, Charon, son principal satellite qui présente de nombreuses similitudes avec la planète naine. © NASA/JHUAPL/SwRI

Les deux faces de Pluton ? Non. Au premier plan Pluton et, à gauche, Charon, son principal satellite qui présente de nombreuses similitudes avec la planète naine. © NASA/JHUAPL/SwRI

Pour toutes ces raisons, « et la liste est non exhaustive », il y a donc un grand intérêt à retourner sur Pluton avec « des instruments différents pour continuer et compléter son exploration, et comprendre les phénomènes en jeu ». Cette nouvelle approche permettra de suivre l'évolution de Pluton « dans le temps et ainsi avoir une résolutionrésolution temporelle », ce que n'a bien sûr pas pu réaliser la sonde New Horizons, qui n'a fait que survoler ce petit monde durant 24 heures.

« Les missions spatiales vers une planète semblent suivre une certaine tendance :  d'abord une  mission d'exploration (survolsurvol), puis un orbiteur, puis un atterrisseur, avant des retours d'échantillons voire des missions humaines ». Cependant, il est vraisemblable que si une nouvelle sonde est envoyée vers Pluton, « ce soit un orbiteur, mais pas un atterrisseur, sauf si le budget permet les deux à la fois ».

Poser un engin sur Pluton offre de nombreux autres avantages qu'un orbiteur seul.

  • Un atterrisseur pourrait mesurer la pressionpression, la température et les ventsvents de l'atmosphère, étudier la sublimationsublimation et la condensationcondensation des glaces à la surface, leurs composition et propriétés ;
  • S'il se pose sur une surface recouverte de « tholinestholines », les instruments de bord pourront analyser ces matériaux faits de carbonecarbone et d'azote ;
  • Si la mission est une sonde qui rebondit, comme cela est proposé, alors elle pourrait aussi étudier la géomorphologie de la surface, dresser des cartes à haute résolution de la composition des sols, mesurer la profondeur des dépôts de glace et leur température, analyser la composition de l'atmosphère à différentes altitudes voire collecter des aérosolsaérosols dans l'atmosphère.

Il est vraisemblable que l'atterrisseur ne sera pas seul et « qu'il y aura un orbiteur en même temps pour relayer les communications avec la TerreTerre ». L'orbiteur ne devrait pas seulement être utilisé pour les communications « mais aussi pour faire de la science ». Il devrait offrir les avantages suivants :

  • Une couverture d'observation plus globale, et rapprochée : l'idée serait de faire plusieurs survols rapprochés de Pluton avec l'orbiteur, un peu comme Cassini sur SaturneSaturne et DawnDawn sur CérèsCérès. On peut même observer l'hémisphère plongé dans la nuit polaire ;
  • L'observation en détail des satellites de Pluton ;
  • Des mesures précises de gravitégravité et des études sur la structure interne, et de l'océan fortement soupçonné sous la surface ;
  • Des mesures du taux d'échappement de l'atmosphère ;
  • Des mesures de pression, température et composition atmosphériques dans toute une colonne à plusieurs endroits du globe.

Priorité aux lunes de glace avant le retour sur Pluton

L'Institut des concepts avancés de la NasaNasa, le Niac, a proposé le concept Pluto Hop, Skip, and Jump de Benjamin Goldman, porté par la firme américaine Global Aerospace. L'idée est d'utiliser une structure gonflable, sorte d'airbagairbag géant d'une centaine de mètres, et l'atmosphère de Pluton pour freiner la sonde. « Elle pourrait alors se poser, rebondir et explorer différent types de surfaces. » Autre projet, celui de Stephanie Thomas (Princeton Satellite Systems), qui veut utiliser « un réacteur à fusionfusion, ce qui permettrait d'effectuer le voyage en moins de quatre ans », pour envoyer une sonde vers Pluton. Mais il faut d'abord inventer la fusion...

« Cependant, malgré toute la science spectaculaire que produirait une telle mission, elle a peu de chance d'être sélectionnée dans les prochaines décennies. ». Elle coûtera cher « en lancement et en système de freinage, si ce n'est pas un survol » et, surtout, « il existe d'autres priorités et d'autres destinations populaires dans le Système solaire, comme par exemple Uranus et Neptune, ou encore les luneslunes glacées suspectées d'héberger des océans sous la surface ».

En conclusion, et à titre personnel, Tanguy Bertrand, voit mal les agences spatiales « décider d'un atterrisseur sur Pluton sans avoir d'abord atterri sur Europe, sur EnceladeEncelade ou sur les lacs de TitanTitan ». Les budgets restant très limités, il faudra choisir ! Mais restons optimistes, en 2023, la Nasa publiera son « decadal survey ». « Nous verrons alors quelles sont ses nouvelles priorités pour la prochaine décennie. Malheureusement, je doute que Pluton soit en haut de la liste. »


Pluton : un projet d'atterrissage plein de rebondissements étudié par la Nasa

Article de Rémy DecourtRémy Decourt publié le 16/10/2017

Le 14 juillet 2015, la sonde New Horizons, de la Nasa, survole Pluton et découvre un monde étonnemment complexe et dynamique. L'envie d'y retourner est immense et les scénarios fleurissent aujourd'hui. Le premier est celui de la firme américaine Global Aerospace, qui propose un atterrisseur capable de faire des bonds !

Lorsqu'en janvier 2006, New Horizons quitte la Terre à destination de Pluton, un point minuscule et flou pour les Terriens, les scientifiques ne s'imaginent pas ce que cette sonde de la Nasa va découvrir. En un passage éclairéclair à près de 50.000 km/h, New Horizons va montrer un monde étonnamment semblable à une planète avec un dynamisme insoupçonné et une surface jeune d'une centaine de millions d'années, sans doute l'une des plus jeunes de notre Système solaire. Autre particularité, des montagnes de glace d’eau et la possibilité de l'existence d'un océan liquideliquide sous cette glace.

Sans surprise, les astronomesastronomes veulent retourner sur Pluton avec une mission autrement plus ambitieuse qu'un survol. Et si plusieurs scénarios de missions sont à l'étude, l'un d'eux a retenu l'attention de l'Institut des concepts avancés de la Nasa, le NIAC. C'est celui de la firme américaine Global Aerospace qui propose d'envoyer un atterrisseur capable de se déplacer par bonds de plusieurs dizaines, voire quelques centaines de kilomètres. L'idée n'est pas absurde sur un corps où la gravité est très faible, quinze fois moins forte que sur Terre.

Scénario envisagé pour Pluto Lander. © Global Aerospace corp.

Scénario envisagé pour Pluto Lander. © Global Aerospace corp.

L'atmosphère ténue de Pluton pour freiner l'atterrisseur

Pour poser l'atterrisseur sur Pluton, Global Aerospace étudie un système de décélération et d'atterrissage sur Pluton à partir d'une vitessevitesse initiale de plus de 48.000 kilomètres par heure. Lors de la traversée de l'atmosphère de Pluton, l'atterrisseur sera ralenti non par un parachuteparachute mais par une structure gonflable, fournie par ILC Dover, partenaire du projet. L'idée de Global Aerospace est d'utiliser la traînée induite par la très fine l'atmosphère de Pluton au prix de seulement quelques kilogrammeskilogrammes de carburant. Un scénario surprenant au premier abord mais qui s'explique par l'étendue de l'atmosphère de Pluton, qui s'étire sur plus de 1.600 km. Sa très faible densité est idéale pour dissiper de grandes quantités d'énergie cinétiqueénergie cinétique par une traînée aérodynamique,

Cette technologie pourrait être également utilisée pour la capture en orbiteorbite et a suscité l'intérêt du NIAC qui a décidé de soutenir les études de faisabilité technique. Si la Nasa décide de financer cette mission, les objectifs scientifiques de l'atterrisseur pourraient être les suivants :

  • histoire de l'évolution de Pluton et (espoir américain) faire évoluer le statut de Pluton (planète ou planète naineplanète naine) ;
  • interactions entre le sous-sol et l'atmosphère de la planète en étudiant les dégazagesdégazages, par exemple le cryovolcanismecryovolcanisme supposé ;
  • élargir la compréhension de la géomorphologie de surface à partir de plusieurs sites distincts (d'ou les bonds de l'atterrisseur) ;
  • utiliser l'échantillonnageéchantillonnage pour étudier la nature de la croûtecroûte et rechercher d'hypothétique traces d'eau à l'état liquide ;
  • valider les mesures de New Horizons, notamment les profils de pression atmosphériquepression atmosphérique et de température.