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Pluton, Charon et Cérès : une nouvelle géographie à découvrir

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Récemment survolées, les surfaces des planètes naines Pluton, Charon et Cérès, jusque-là mystérieuses, deviennent l'objet d'une nouvelle cartographie. Découvrez leurs reliefs, désormais baptisés. Si vous souhaitez visiter le territoire de Mordor, le gouffre de Nostronomo ou encore le cratère Skywalker, rendez-vous sur Charon. Pluton affiche davantage de noms d'explorateurs tandis que Cérès est devenue une véritable terre agricole... Petite présentation.

Survol de Cérès et de ses mystérieuses taches lumineuses  Partez en vidéo à la rencontre de Cérès, une planète naine évoluant dans la ceinture principale d’astéroïdes. Survolée par Dawn depuis quelque temps, elle arbore d’étranges taches lumineuses que les scientifiques ont bien du mal à interpréter. 

Les données collectées par la sonde New Horizons, le 14 juillet 2015, lors de son passage dans le système Pluton-Charon qui a permis le survol historique de ces deux petits mondes situés dans la ceinture de Kuiper, continuent d'arriver au compte-goutte sur les écrans de l'équipe de la mission. Peu à peu, nous découvrons avec émerveillement plusieurs régions aux caractéristiques géomorphologiques étonnantes. Une surface qui présente manifestement des signes d'une activité récente, c'est-à-dire moins de 100 millions d'années aux yeux des chercheurs, notamment à l'intérieur du grand « cœur » qu'arbore Pluton.

Désormais baptisée Tombaugh Regio, en l'honneur de son découvreur, Clyde Tombaugh, cette vaste plaine qui occupe la moitié gauche du cœur, est bordée de chaînes de montagnes supposées de glace d'eau. On en distingue aussi quelques-unes qui surnagent en son sein. En y regardant de plus près, on peut observer à l'intérieur de cette étendue de glace qui n'arbore quasiment aucun cratère d'impact, des cellules de tailles variables, parfois de formes polygonales. La glace y semble couler« On avait seulement vu des surfaces comme celles-là sur des mondes actifs comme la Terre et Mars » soulignait John Spencer (SwRI) lors de la conférence de presse du 24 juillet.

Vue d’ensemble de Pluton. Les noms choisis par le public ont été superposés à la carte (cliquez sur l'image pour l'agrandir). © Nasa, JHUAPL, SwRI

Des noms d’explorateurs pour Pluton

Ces caractéristiques de la surface de la planète naine et bien d'autres ont reçu des noms, attribués par l'équipe de New Horizons à partir des propositions déposées par le public sur le site dédié Our Pluto. Il en va de même pour son compagnon, Charon. Tous devront être validés prochainement par l'Union astronomique internationale (UAI).

Dans le cas de Pluton (2.370 km de diamètre), les consignes étaient des appellations qui soient relatives à des missions spatiales, des scientifiques ou des ingénieurs, de grands explorateurs, des divinités ou esprits liés aux mondes souterrains (Hadès pour les Grecs dans l'antiquité), des grottes ou cavernes, des spéléologues...

Au cœur de la région Tombaugh, principaux noms attribués aux reliefs dans et autour de la plaine Spoutnik. © Nasa, JHUAPL, SwRI

Pour la région Tombaugh, cela donne par exemple (voir la carte ci-dessus) : les pentes escarpées Cousteau Rupes, au nord-est du demi-cœur ; au sud, la plaine Spoutnik (premier satellite de l'Histoire) ; sur le pourtour ouest, les monts Al-Idrisi (Muhammad Al-Idrisi, explorateur, 1099-1165), Jeanne Baré (déguisée en homme, elle fut la première femme à faire le tour du monde en bateau, 1740-1807), Edmund Hillary (1919-2008) et Tensing Norgay (1914-1986), premiers hommes à atteindre le sommet de l'Everest... Citons aussi les cols Soyouz, Astrid (premiers satellites suédois, lancés en 1995 et 1998), Zheng He (grand voyageur et diplomate chinois, 1371-1433), Challenger et Columbia (navettes spatiales), etc.

Enfin, de grandes étendues ont été baptisées du nom de célèbres missions spatiales : nous avons ainsi les terres Viking, Voyager, Hayabusa, Pioneer, etc. Un descriptif pour tous ces noms (en anglais) est accessible sous la forme d'un document PDF intitulé Informal names for features on Pluton and Charon.

Cartographie de Charon avec les noms de ses reliefs choisis par le public. © Nasa, JHUAPL, SwRI

Charon, royaume de la SF

Dans le cas de Charon (1.208 km de diamètre), il était demandé au public de choisir parmi des noms des personnages de fictions, voyageurs ou explorateurs, des lieux qu'ils ont fréquentés, des vaisseaux spatiaux dans la science-fiction ou encore parmi des auteurs, réalisateurs ou artistes, de « ceux qui ont envisagé notre exploration de la terre, des mers et de l'espace », indique le site.

Il existe donc désormais des lieux dans notre Système solaire qui se nomment gouffre de Nostromo (Nostromo Chasma) lequel effleure le cratère Ripley (allusion à la saga Alien) - espérons qu'on n'y retrouve pas ces redoutables créatures... Non loin, on distingue les cratères Skywalker, Vador, Leia, personnages qu'on ne présente plus... Bien sûr, les fans de Star Trek ne sont pas en reste : la surface de ce monde glacial arbore la grande plaine Vulcain (Vulcan Planum), les cratères Spock, Kirk et Sulu aux côtés des monts Clarke et Kubrick qui dominent cette région au sud de Charon.

Ces choix consoleront peut-être William Shatner, qui incarnait le capitaine Kirk dans les premières séries télévisées de la saga Star Trek. En 2012, lors du choix des noms des deux derniers satellites découverts autour de Pluton, il avait affiché publiquement sa préférence pour Vulcain, qui, de plus, recueillait le plus de suffrages auprès du public aux États-Unis. L'UAI n'avait pas retenu ce nom car il ne fait pas partie de la mythologie grecque ou romaine autour des enfers et parce qu'il était déjà pris pour désigner... une planète qui n'existe pas. Vulcain désigne en effet cette mythique sœur de la Terre, tournant sur la même orbite mais de l'autre côté du Soleil. Un descriptif est aussi disponible ici.

Carte de la planète naine Cérès. Les noms donnés aux formations géologiques remarquables ont été acceptés par l’UAI. Les régions teintées en rouge et orange sont plus élevées que celles en rouge et vert. La célèbre double tache brillante figure dans le cratère Occator (90 km) à environ 20° de la titube Nord et 240° de longitude Est. © Nasa, JPL-Caltech, UCLA, MPS, DLR, IDA

Cérès, un monde qui ressemble beaucoup à Dioné et Téthys

Plus proche de la Terre, Cérès, autre planète naine explorée cette année (la sonde Dawn est en orbite autour depuis le 6 mars), se retrouve couverte d'un patchwork de noms liés aux divinités agricoles issues de différentes cultures du monde entier, en écho à ses attributs romains de déesse olympienne de l'Agriculture. Les noms ont d'ores et déjà été acceptés par l'UAI.

À la surface de ce monde de 940 km de diamètre qui domine la ceinture principale d'astéroïdes, le célèbre cratère de 90 km de diamètre et profond de 4 km où sont visibles une multitude de taches brillantes dont un duo remarquable est désormais baptisé Occator, en référence au dieu romain du hersage. Un peu plus loin, un autre groupe de points lumineux, ex-« Spot-1 », se nomme dorénavant Haulani, en l'honneur de la déesse hawaïenne des plantes. La particularité de ce cratère de 30 km est d'afficher une température très inférieure à son environnement.

Parmi les grands cratères et bassins d'impact, citons Dantu (divinité ghanéenne du maïs). Ses dimensions sont 120 km de diamètre pour 5 km de profondeur. À son égal, Ezinu fait allusion à la déesse sumérienne des grains. Deux fois plus grand, Kerwan est nommé en l'honneur de l'esprit Hopi de la germination du maïs et Yalode reprend l'appellation de la déesse africaine Dahomey, adorée par les femmes lors des rituels de la récolte.

« Les cratères que nous découvrons sur Cérès, en profondeur et en diamètre, sont très similaires à ceux que l'on voit sur Dioné et Tethys, deux satellites glacés de Saturne qui ont à peu près la même taille et densité que Cérès, explique Paul Schenk, géologue à la Lunar and Planetary Institute de Houston. Leurs caractéristiques sont compatible avec une croûte riche en glace. »

Quant à Pluton, elle est souvent comparée à Triton, un satellite naturel de Neptune qui fut visité et photographié une seule et unique fois, par la sonde Voyager 2 en 1989. De par sa position, c'est en quelque sorte un voisin de sa cousine Pluton. La composition de ses glaces de surface est semblable, mais avec des différences notables, comme le gaz carbonique, absent sur Pluton. Les astronomes ont de bonnes raisons de penser que Triton est un objet de Kuiper jadis capturé par la géante Neptune.

Nous en saurons bientôt davantage sur ces différentes régions de ces mondes minuscules considérés comme des embryons planétaires ayant survécu depuis la naissance du Système solaire. Ils recèlent donc des bribes de notre histoire...

Sur Pluton, jusqu'au 14 juillet 2015, la carte était vierge de noms. Aujourd'hui, comme pour Charon et Cérès, les humains ont dressé des cartes et baptisé des montagnes et des plaines en honorant des dieux ou des personnages de fiction. © Nasa, JHUAPL, SwRI