Toutes les options ont été mises sur la table. Y compris le recours aux armes nucléaires. Mais les experts sont formels. L’impact annoncé de l’astéroïde PDC 2021 avec la Terre est inévitable. Heureusement qu’il ne s’agit encore là que d’un exercice…

Le 19 avril dernier, le Panoramic Survey Telescope and Rapid Response System -- Pan-Starrs, pour les intimes --, un programme de cartographie du ciel, a découvert un nouvel astéroïde baptisé PDC 2021. Ce n'est pas la première fois. Mais la particularité de celui-ci, c'est qu'il risque de frapper la Terre dans les six mois. La communauté internationale l'a confirmé. Et l'inquiétant, c'est que la taille de cet astéroïde est estimée entre 35 et 700 mètres de diamètre. De quoi causer bien des dégâts au sol.

L'International Asteroid Warning Network (IAWN) -- un réseau d'organisations qui détectent, suivent et caractérisent les astéroïdes potentiellement dangereux pour notre planète -- a été saisi et diffuse depuis des mises à jour hebdomadaires sur la probabilité d'impact. Le Space Missions Planning Advisory Group (SMPAG) a commencé à étudier les options qui s'offrent à nous pour éviter le pire. Parmi lesquelles, celle de dévier la trajectoire de l’astéroïde.

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Mais pas de panique, il ne s'agit là que d'un scénario imaginé par les experts de la Planetary Defense Conference. Un scénario tout à fait plausible. Mais tout de même fictif. Et heureusement. Car alors que les travaux des experts avançaient dans le temps pour sauter jusqu'au 30 juin, le SMPAG était contraint d'annoncer qu'aucune mission spatiale ne pourrait être en mesure de détourner PDC 2021 de sa trajectoire. Il aurait fallu, pour cela, détecter l'astéroïde menaçant un peu plus tôt. Quatre mois plus tard, PDC 2021 s'écrasait quelque part du côté de la frontière entre la République tchèque et l'Allemagne. Détruisant une région de 100 kilomètres de diamètre.

Selon le scénario d’impact développé lors de la dernière <em>Planetary Defense Conference</em>, voici l’étendue des conséquences au sol de la collision de l’astéroïde PDC 2021 avec la Terre. © Nasa
Selon le scénario d’impact développé lors de la dernière Planetary Defense Conference, voici l’étendue des conséquences au sol de la collision de l’astéroïde PDC 2021 avec la Terre. © Nasa

Surveiller le ciel pour éviter le pire

Pourtant, l'impact d’un astéroïde est considéré par les scientifiques comme la catastrophe naturellecatastrophe naturelle la plus prévisible à ce jour. Et ces dernières années, le domaine de la défense planétaire a fait de gros progrès. Des télescopes surveillent notre ciel pour détecter les astéroïdes menaçant le plus tôt possible. Cette année, une mission -- le Double Asteroid Redirection Test (DartDart) -- sera même lancée pour tester la déviation d'un tel objet pour la première fois.

L'ennui, c'est que si les astronomesastronomes sont à peu près sûrs d'avoir détecté tous les plus gros astéroïdes -- du genre de celui qui a exterminé les dinosauresdinosaures --, ils peinent encore à recenser les plus petits. Et l'exemple de PDC 2021 souligne à quel point « nous ne pouvons pas empêcher ce que nous ne pouvons pas prévoir ».

Le saviez-vous ?

La Planetary Defense Conference s’est déroulée cette année sur fond de pandémie de Covid-19. Donnant un goût un peu plus amer à l’exercice. Rappelant que des catastrophes, bien qu’improbables, peuvent se produire. « Une grande leçon a été que nous avons besoin d’une planification à plus long terme sur la façon dont nous pouvons repérer, suivre et, en fin de compte, atténuer le risque que nous font courir les astéroïdes potentiellement dangereux », a déclaré Detlef Koschny, chef du bureau de défense planétaire de l’Agence spatiale européenne (ESA), dans un communiqué. Car si les experts s’accordent sur une chose, c’est que, tôt ou tard, un astéroïde finira par nous menacer…

Les scientifiques insistent donc sur l'importance de continuer à investir dans de nouveaux instruments capables de débusquer un maximum de ces astéroïdes géocroiseursgéocroiseurs. Le premier télescope Flyeye, développé par l'Agence spatiale européenne (ESAESA), et en cours de constructionconstruction du côté de l'Italie, sera l'un de ces nouveaux chasseurs d'astéroïdes dont les astronomes attendent beaucoup.


En vidéo : comment contrer la menace des astéroïdes ?

Les astéroïdes qui circulent autour de la Terre constituent une menace très sérieuse. Les spécialistes travaillent avec ardeur sur ce problème et définissent des stratégies pour empêcher ces roches spatiales de heurter notre planète.

Article de l'ESA paru le 28/02/2014

On peut observer ici la trace d'un visiteur extraterrestre. Les scientifiques recherchent des solutions pour éviter que les plus gros astéroïdes rencontrent la Terre. © Alex Alishevskikh, Flickr, cc by sa 2.0
On peut observer ici la trace d'un visiteur extraterrestre. Les scientifiques recherchent des solutions pour éviter que les plus gros astéroïdes rencontrent la Terre. © Alex Alishevskikh, Flickr, cc by sa 2.0

Une petite tâche verte sur un écran. Aussi anodine qu'elle puisse paraître, elle indique la présence d'un astéroïde. Si l'un d'eux s'écrasait sur notre planète, les conséquences pourraient être terribles. Quelles sont nos options ?

Il y a 12 mois, un astéroïde explosait dans le ciel de Tcheliabinsk, en Russie. Le bilan est lourd : 1.500 personnes sont blessées et plus de 7.000 bâtiments endommagés. « Cet événement a été tout à fait affreux, se souvient Alan Harris, scientifique au DLRDLR à Berlin. Heureusement, personne n'a été tué, mais cela donne une idée de la force qu'ont ces astéroïdes. » Pourtant, ce n'était pas un gros astéroïde, à peine 20 mètres de long, et il était éclairé à contre-jour par le SoleilSoleil. Personne ne l'avait vu venir.

Des astéroïdes bien plus grands menacent notre planète, sur des orbites relativement proches. Plus grands, mais aussi plus denses, ils sont donc susceptibles de causer bien plus de dégâts. « Un corps d'une centaine de mètres par exemple, ce qui n'est pas encore très grand, on parle de quelque chose qui tiendrait sur un terrain de football, pourrait détruire complètement une zone urbaine dans le pire des cas, explique Alan Harris. C'est le type de menaces que nous cherchons vraiment à repérer, et nous essayons de trouver comment les contrer. »

Des astéroïdes qui menacent la Terre

Une réponse internationale à cette menace venue de l'espace est déjà en cours d'élaboration. Il y a quelques jours, des scientifiques et experts politiques de toutes les nations spatiales se sont réunis au sein du Space Mission Planning Advisory Group (SMPAG) pour définir un cadre général d'action. Detlef Koschny dirige le département Near-Earth Objects (NEO, ou objets géocroiseurs en français) à l'Agence spatiale européenne (Esa). « L'an dernier, nous étions encore dans une situation où si un astéroïde menaçait de s'écraser sur notre planète, nous n'avions aucune procédure en place pour réagir, rappelle-t-il. Le premier pas pour y remédier a été de créer ce groupe. »

Le programme de surveillance spatiale de l’Esa consiste à repérer les dangers spatiaux et d’élaborer des stratégies pour éviter qu’ils impactent la Terre. © Esa
Le programme de surveillance spatiale de l’Esa consiste à repérer les dangers spatiaux et d’élaborer des stratégies pour éviter qu’ils impactent la Terre. © Esa

L'initiative bénéficie du soutien des Nations unies. Et tandis que des astronomes travaillent au repérage des nouveaux astéroïdes à proximité de la Terre, le SMPAG décide des mesures à prendre en cas de menace sérieuse. « Nous allons définir un seuil de taille ou d'énergie à partir duquel nous voudrions lancer une mission spatiale. Je pense qu'il devrait s'établir autour de 50 à 100 mètres, s'il vous faut un chiffre pour la taille », précise Detlef Koschny. « Mais, comme je l'ai dit, ce n'est pas encore défini, c'est une des missions de ce groupe : définir les bons chiffres. »

On estime à 20.000 le nombre d'astéroïdes dont le diamètre est compris entre 100 mètres et des dizaines de kilomètres à proximité de la Terre. Des spécialistes comme Alan Harris définissent des stratégies pour détourner ces astéroïdes de notre planète. « L'une des idées principales consiste simplement à heurter l'astéroïde avec un vaisseau spatial. C'est un peu comme du billard cosmique. Nous voulons modifier l'orbite d'un astéroïde et pour ce faire, nous allons essayer de lui donner de l'élanélan avec un vaisseau spatial. » En pratique bien sûr, le vaisseau spatial est très petit par rapport à l'astéroïde. Il a une toute petite masse, alors que l'astéroïde est très grand. Il faut donc heurter l'astéroïde avec une très haute vitessevitesse« Et c'est ce que nous allons essayer de faire : altérer la trajectoire de l'astéroïde pour qu'il évite la Terre. »

Les débris spatiaux également dangereux

Les astéroïdes ne constituent pas la seule menace venue de l'espace. Une autre est constituée par les débris. Et s'il y a bien peu de risques qu'ils blessent ou tuent sur Terre, ils peuvent plonger la flotte satellitaire dans le chaos. Heiner Klinkrad dirige le bureau des débris spatiaux à l'Esa et est le plus grand expert européen dans ce domaine. « Il s'agit surtout de résidus de la course vers l'espace. Sur les 16.000 à 17.000 objets que l'on peut repérer depuis les stations au sol, seuls 1.000 environ sont des engins opérationnels. Tous les autres sont des reliques d'anciens vols spatiaux, et plus de la moitié sont des fragments issus de collisions récentes ou d'explosions en orbite. »

Aujourd'hui, les missions spatiales sont calibrées pour ne pas laisser de déchets dans l'espace. Pour se débarrasser des détritus déjà présents, les ingénieurs avancent des technologies similaires à celles mobilisées pour détourner les astéroïdes. « L'intention principale pour remédier à la situation est de supprimer les masses en orbite, poursuit Heiner Klinkrad. Vous pouvez le faire en montant des moteurs sur l'objet et en les actionnant pour provoquer une rentrée immédiate dans l'atmosphèreatmosphère. L'autre option, plus subtile, consiste à accroître artificiellement la force de traction de l'objet, de sorte que son orbite s'abaisse petit à petit, d'une manière non contrôlée. »

Heiner Klinkrad conclut que « quand on compare les risqueson peut dire que le risque débris est plus immédiat et que le risque astéroïde est plus grand. » Alan Harris, quant à lui est catégorique : « il nous faut être préparés à cela. La prochaine fois que cela arrivera, il pourrait s'agir non pas d'un objet de 20 mètres explosant dans l'atmosphère, mais d'une masse de ferfer de 50 à 100 mètres. Et vous ne voudriez absolument pas laisser l'impact se produire ! » Heureusement, les stratégies visant à prévenir un tel scénario catastrophe sont en cours d'élaboration.