Le lanceur Soyouz au décollage avec à son bord les deux astronautes qui, quelques secondes après, redescendront précipitamment sur Terre. © Nasa, Bill Ingalls

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Échec du Soyouz : on en sait plus sur ce qu'il s'est passé

ActualitéClassé sous :Astronautique , Roscosmos , agence spatiale russe

Le rapport d'enquête et les préconisations nécessaires au retour en vol du lanceur seront remis à Roscosmos à la fin du mois. Le scénario et les causes de l'échec en vol du lancement des deux astronautes sont aujourd'hui connus. Un dysfonctionnement d'un senseur aurait empêché la bonne séparation de l'un des quatre boosters du Soyouz, provoquant un mauvais largage de ces derniers.

Moins de quinze jours après l'échec du lancement de la capsule Soyouz MS-10, qui devait transporter l'astronaute américain, Nick Hague, et le Russe, Alexeï Ovtchinine, à bord de la Station spatiale internationale, l'anomalie à l'origine du dysfonctionnement de la séparation des boosters est maintenant bien expliquée. Le rapport final sur cet échec, ainsi que les recommandations préconisées avant un retour en vol du lanceur, seront remis le 30 octobre.

Dès le départ de l'enquête, les premières spéculations se sont concentrées sur un problème avec l'un des quatre boosters survenu deux minutes après le décollage. Dysfonctionnement qui provoquera une très mauvaise séparation des quatre boosters. Un fort mouvement angulaire en résultera, supérieur à 7 degrés, que les systèmes de sauvegarde de bord détecteront avant de déclencher l'ordre initiant la séquence de séparation d'urgence. Le véhicule Soyuz MS-10 a continué de grimper jusqu'à 93 kilomètres d'altitude avant de redescendre en mode balistique (déclenché par l'équipage) puis sous parachute jusqu'au sol de façon tout à fait nominale. 

Un choc au moment de l’assemblage du lanceur à l’origine de l’échec du lanceur 

C'est un capteur sensé confirmer la séparation du booster bloc D avec le deuxième étage qui serait en cause. Il aurait dû délivrer l'ordre d'ouverture de la vanne LOX dont le jet provoque normalement une poussée d'éloignement. Le booster a percuté un réservoir du deuxième étage qui s'est déchiré et a privé le lanceur de contrôle d'attitude. Pour expliquer ce dysfonctionnement, l'hypothèse est qu'un incident serait survenu dans le hall d'assemblage du lanceur à Baïkonour. Lors du montage du booster, ce dernier aurait subi un choc sur sa partie pointue de sorte que, lorsque cette partie a été insérée dans son logement du second étage (le core central), un petit décalage aurait rendu inopérant le capteur.

Comme nous l'explique un spécialiste des lanceurs, à part quelques simulations au sol pour confirmer ce scénario et la vérification des matériels déjà livrés, il semblerait qu'il n'y ait pas d'autres conséquences.

Un retour en vol rapide du lanceur Soyouz est donc très probable. Il pourrait avoir lieu dès la fin du mois, voire début novembre. Quant à la reprise des vols habités à destination de l'ISS, elle interviendrait après le tir de trois Soyouz, dont un lancement d'un cargo Progress à destination de la Station spatiale.

Quant aux trois astronautes actuellement à bord du complexe orbital, leur retour sur Terre est prévu d'ici la fin de l'année, avant le terme de la période de certification du Soyouz. Ce véhicule est celui qui a été percé intentionnellement, mais il sera utilisé sans risque pour les ramener au sol : la perforation, rebouchée depuis, est située dans la section supérieure du Soyouz qui ne retourne pas sur Terre. Cela dit, une sortie dans l'espace est prévue afin d'inspecter l'extérieur du véhicule pour se prémunir de tous risques. 

  • Le rapport d'enquête sur l'échec du lancement et les préconisations pour un retour en vol du lanceur Soyouz seront remis le 30 octobre.
  • Les membres de la commission d'enquête travaillent sur un scénario tout à fait crédible sur la chaîne d'événements qui a conduit à cet échec du vol.
  • Le retour en vol du lanceur Soyouz est prévu dans des délais très courts. Les vols habités reprendront après une série de vols sans difficulté technique.
Pour en savoir plus

Soyouz : quelles conséquences après l'échec ?

Article de Rémy Decourt publié le 18/10/2018

Le lancement raté de deux astronautes en direction de la Station spatiale internationale va contraindre les partenaires de l'ISS à adapter le travail à bord du complexe orbital. Malgré cette péripétie, la station continuera à fonctionner mais avec seulement trois astronautes pour quelques mois. Leur emploi du temps sera adapté à cette nouvelle situation qui n'a évidemment rien de catastrophique.

Si l'échec du lancement du Soyouz MS-10, qui devait transporter l'astronaute américain Nick Hague et le Russe Alexeï Ovtchinine pour une mission de six mois vers la Station spatiale internationale, plonge évidemment les partenaires de l'ISS dans l'expectative, il n'y aura pas de conséquence catastrophique pour le complexe orbital comme on peut le lire et l'entendre. Ce premier échec d'un lanceur Soyouz, depuis 1975, ne remet évidemment pas en cause son utilisation future. D'ailleurs, les principaux partenaires ont tenu à réaffirmer leur entière confiance à l'industrie spatiale russe, seulement quelques heures après l'échec du tir.

Décollage du Soyouz MS-10. Les petits éclats blancs sont le signe que la séparation d'un ou plusieurs des quatre boosters du lanceur ne s'est pas réalisée normalement. © Nasa, Bill Ingalls

Cela dit, le lanceur russe, dans sa version habitée, restera cloué au sol jusqu'à ce que l'enquête livre ses premières conclusions. Bien qu'aucune décision n'ait été prise quant à une éventuelle date de retour en vol et de reprise des rotations des équipages, la plupart des personnes impliquées dans le programme de la station s'attendent à ce que l'équipage à bord de l'ISS reste à trois jusqu'à la fin de l'année. Avant cet accident, le prochain vol vers l'ISS était prévu pour décembre prochain. La mise en service des « taxis de l’espace » américains de SpaceX et Boeing, qui auraient pu suppléer l'indisponibilité du lanceur russe, n'est pas prévue avant la fin 2019.

L'astronaute de l'ESA, de nationalité allemande, Alexander Gerst restera plus longtemps à bord de l'ISS. Il est ici vu en train de réaliser une expérience avec un équipement qui permet de faire du feu, en toute sécurité ! © Esa, Nasa

Un équipage de trois astronautes au lieu de cinq personnes

Aujourd'hui, l'équipage à bord de la station, composé de l'Allemand Alexander Gerst, de l'Américaine Serena Auñón-Chancellor et du Russe Sergueï Prokopiev, ne court aucun risque à rester seulement à trois à bord. Ils ont suffisamment de vivres pour tenir plusieurs mois après qu'un véhicule de ravitaillement japonais HTV ait rejoint l'ISS fin septembre avec plus de six tonnes de fret et de matériel. Quant à leur véhicule de retour sur Terre, actuellement amarré à la Station, il a une durée de 200 jours environ, soit jusqu'à janvier, que l'on pourra prolonger de plusieurs semaines si nécessaire.

Mais, avec deux astronautes en moins à bord, les activités quotidiennes et scientifiques seront forcément impactées. Le planning des recherches est d'ores et déjà en cours de révision et certaines expériences seront reportées, voire annulées. Ce qui peut poser problème, c'est NanoRacks. Cette société est l'une des plus grosses utilisatrices de l'ISS. Elle fournit un accès commercial à l'ISS à de nombreuses sociétés pour des expériences à réaliser à bord et des lancements de satellites depuis le complexe orbital. La nouvelle planification des activités à bord de l'ISS devra tenir compte de ces liens contractuels.


Série noire pour les fusées Soyouz

Article de Rémy Decourt publié le 28/12/2011

La Russie a de nouveau perdu un satellite après son lancement avorté par une fusée Soyouz. Analyse d'une situation qui préoccupe jusqu'aux États-Unis. Qu'arrive-t-il au lanceur aux 1.800 lancements, jusque-là réputé comme le plus fiable au monde ?

Quelques minutes après son lancement depuis le cosmodrome de Plesetsk, le 23 décembre, un satellite Meridian de télécommunications civiles et militaires est retombé sur Terre. Quant au lanceur, ses débris ont provoqué une belle traînée lumineuse qui a traversé plusieurs pays européens, dont la France et la Belgique.

L'accident est dû à la défaillance d'un des étages du lanceur, une fusée Soyouz 2.1B. C'est le second échec d'un lancement Soyouz cette année et le cinquième depuis décembre 2010. À chaque fois, c'est une version différente (étage ou moteur) qui est concernée, de sorte qu'il est difficile de trouver une cause commune à cette série noire.

Pour la Russie spatiale, l'année 2011 s'achève donc sur un bilan mitigé. De l'anniversaire du premier vol humain dans l'espace (Youri Gagarine, le 12 avril 1961) au retrait des navettes et au vol historique d'une fusée Soyouz depuis la Guyane, la Russie fait face à une série d'échecs sans précédent débutée en décembre 2010 avec la perte de trois satellites de la constellation Glonass.

Loi des séries ou mal plus profond ?

Un demi-siècle après le début de la conquête spatiale marquée par le vol historique de Youri Gagarine, l'industrie spatiale russe a bien du mal à remplacer une main-d'oeuvre vieillissante rompue aux systèmes qui datent des années 1960 par de jeunes ingénieurs et techniciens aux salaires si peu attrayants. « Ce qui s'est passé aujourd'hui confirme que le secteur spatial est en crise », a sobrement indiqué le Chef de l'agence spatiale russe Roscosmos, Vladimir Popovkine.

Aux États-Unis, cette série d'échecs préoccupe les dirigeants de la Nasa autant que les responsables politiques, inquiets de dépendre d'un système de transport spatial unique dont la fiabilité légendaire est mise à mal. Comme le souligne le journaliste spatial Doug Messier, « le programme des vols habités de la Nasa et ses 100 milliards de dollars d'investissement en 28 ans dans la Station spatiale repose sur un unique lanceur défaillant » !

Il ne faut pas y voir un lien de cause à effet mais le lancement d'une fusée  Proton d'ILS (International Launch Services), avec comme passager le satellite SES-4, a été reporté à janvier 2012. Quant aux prochains lancements d'un Soyouz, celui qui doit emporter six satellites Globalstar, prévu le 28 décembre, est toujours maintenu. En revanche, le lancement d'un cargo Progress à destination de l'ISS en janvier pourrait être reporté.

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