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Lancement Soyouz : à J-1, l'étonnante saga du plus vieux des lanceurs

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Le Soyouz ST qui doit s'élancer demain de Guyane est un Soyouz 2, dernier né d'une famille de lanceurs spatiaux issus du tout premier missile balistique intercontinental de l'histoire, le R-7, né dans les années 1950. Cette famille compte à son actif plus du tiers de tous les lancements spatiaux... et a très peu changé depuis ses origines. Retour rapide sur une longue histoire.

Le lanceur Vostok se montre pour la première fois à l'étranger : au Salon du Bourget en 1967. © Air & Cosmos, 1967

Lorsque l'Union soviétique fait exploser sa première bombe thermonucléaire, en 1955, ce que l'on appelle alors le Bloc de l'Est est encerclé par les alliés des États-Unis dont le territoire est sanctuarisé, hors de portée des vecteurs traditionnels. Pour pouvoir l'atteindre, Moscou lance dès 1953 le développement d'un missile capable d'emporter une ogive nucléaire à l'autre bout du monde.

L'architecte de ce tout premier missile intercontinental est le bureau d'études de Sergueï Korolev, qui met au point un concept original de lanceur « en fagot », où plusieurs propulseurs entourent le corps central de la fusée. Testé en vol à partir du 15 mai 1957, le missile R-7 rencontre le succès le 21 août suivant. Sa puissance est telle qu'il peut placer une charge sur orbite.

Un satellite scientifique conçu pour l'Année géophysique internationale a été prévu mais il n'est pas prêt, aussi c'est un satellite minimaliste qui est lancé le 4 octobre 1957. Devant le succès retentissant de ce Spoutnik 1, les équipes de Korolev improvisent un Spoutnik 2 pour le mois suivant, à partir d'un conteneur pressurisé de fusée-sonde, et expédient le premier être vivant dans l'espace : la chienne Laïka.

Sur son pas de tir, le lanceur Vostok porte le minuscule Spoutnik 1, qui va devenir le premier satellite artificiel de la Terre. Nous sommes le 4 octobre 1957, à Baïkonour. © Domaine public

Un demi-siècle de vols spatiaux

En ajoutant des étages supérieurs au R-7 pour le transformer en lanceurs Vostok, Molniya, Voskhod et Soyouz, les Soviétiques vont être capables en quelques années de réaliser de nombreuses premières spatiales :

  • premier survol de la Lune en 1959 (Luna 1) ;
  • premier impact à sa surface en 1959 (Luna 2) ;
  • premières images de sa face cachée en 1959 (Luna 3) ;
  • premier alunissage en douceur en 1966 (Luna 9) ;
  • première satellisation autour de la Lune en 1966 (Luna 10) ;
  • première sonde vers Vénus en 1961 (Venera, échec) ;
  • première sonde vers Mars en 1962 (Mars 1, échec) ;
  • premier homme et première femme dans l'espace : Youri Gagarine en 1961 et Valentina Terechkova en 1963 ;
  • premier vol d'un équipage en 1964 ;
  • première sortie dans l'espace en 1965.

Depuis cinquante ans, tous les vols habités soviétiques puis russes ont été lancés par un dérivé du R-7. Aujourd'hui encore, après l'arrêt de la navette, le lanceur Soyouz est le seul capable d'assurer la relève des équipages de la Station spatiale internationale. Plus discrètement, le premier satellite espion soviétique, Kosmos 4, a également été lancé par un dérivé du R-7 en 1962, tout comme la plupart du près d'un millier qui ont suivi.

Au sommet du lanceur, ce 11 novembre 1957, le satellite Spoutnik 2 abrite le premier animal à avoir atteint l'espace : la chienne Laïka, dont le voyage sera sans retour. © Nasa

Soyouz passe à l’ouest

Gardée secrète pendant dix ans, l'architecture du lanceur - en version Vostok - est dévoilée lors du Salon du Bourget en 1967, ce qui correspond aussi au retrait des derniers missiles R-7 déployés.

Après la chute de l'Union soviétique, la commercialisation du Soyouz hors de l'ex-URSS est prise en charge en 1996 par une société euro-russe, Starsem, détenue à parité par Aerospatiale (aujourd'hui Astrium) et Arianespace d'une part, et l'Agence spatiale russe Roskosmos et le Centre spatial de Samara (TsSKB-Progress) de l'autre. De 1999 à juillet 2011, Starsem réalise 23 lancements depuis Baïkonour, tous avec succès.

Une fusée Soyouz au départ. On remarque la disposition des quatre propulseurs d'appoint, en fagot, autour du corps central. © Aeropatiale (Astrium)

Une version modernisée Soyouz 2, dotée d'une avionique numérique, vole depuis 2004. À partir de 2015 elle doit remplacer toutes les versions antérieures. C'est elle qui a été retenue pour les lancements depuis la Guyane. Longtemps discuté, le projet d'installer un pas de tir pour le Soyouz au Centre spatial guyanais été adopté par les Européens en février 2004. Le chantier a été achevé en début d'année.

Robuste et fiable, la famille R-7 compte 1.777 missions à son actif en octobre 2011, dont 1.653 lancements orbitaux, soit plus d'un tiers de tous les lancements spatiaux dans le monde. En 932 vols depuis 1966, les différentes versions du Soyouz ont démontré un taux de fiabilité supérieur à 97,5 %.

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