Le starliner de Boeing. © Boeing

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Taxis de l'espace de SpaceX et Boeing : leur mise en service retardée par la Nasa

ActualitéClassé sous :accès à l'espace , Nasa , vol habité

La dépendance des astronautes américains aux Soyouz pour rejoindre la Station spatiale internationale devrait avoir pris fin cette année. Or, les véhicules habités de SpaceX et Boeing, que la Nasa finance, sont très en retard sur le planning initial. En même temps que la Nasa présentait les futurs astronautes entraînés pour voler et piloter ces véhicules privés, elle annonçait de nouveaux retards de développement. 

Sans surprise, après avoir mis à jour le calendrier des vols d'essais inhabités et habités des deux systèmes de transports spatiaux de Boeing et SpaceX qu'elle finance, la Nasa a été contrainte de reporter la mise en service de ces deux taxis de l'espace.

Selon ce nouveau calendrier, SpaceX effectuera une mission de démonstration sans équipage en novembre 2018, trois mois plus tard que le prévoyait le calendrier précédent, publié par la Nasa au début de l'année. Le vol de démonstration en équipage, avec deux astronautes à bord, suivra en avril 2019, soit quatre mois plus tard que ce qui avait été annoncé précédemment. Pour Boeing, le calendrier prévoit un vol d'essai sans équipage à la fin de 2018 ou au début de 2019, suivi d'un vol d'essai au milieu de l'année 2019.

Essai du bon fonctionnement des parachutes du véhicule Crew Dragon de SpaceX. © SpaceX

La Nasa n'a pas souhaité indiquer les raisons de ces retards. Seul Boeing s'est exprimé sur ce sujet. Son calendrier a été révisé en partie à cause d'un problème survenu lors d'un essai statique des moteurs du système d'éjection d'urgence du véhicule, lorsque plusieurs vannes ne se sont pas fermées correctement à la fin du test.

Des retards plus importants qu’officiellement annoncés

Si l'on se fie à l'équivalent américain de la Cour des comptes français, le Government Accountability Office (GAO), les retards de développement seraient bien plus importants que ceux annoncés il y a quelques jours ! En effet, une note interne de la Nasa, écrite au début de l'été, soulignait que Boeing et SpaceX n'avaient quasiment aucune chance d'être certifiés en 2019 et d'ouvrir leur service commercial fin 2019, début 2020. Dans son rapport, le GAO a déclaré que la date de certification « moyenne » de Boeing pour la Nasa était décembre 2019 et janvier 2020 pour SpaceX avec un fort risque de retard de plusieurs mois.

En cas de retard supplémentaire, la Nasa pourrait ne plus envoyer ses astronautes à bord de la Station spatiale internationale ! Une hypothèse qui ne fait évidemment pas rire au sein des instances dirigeantes de la Nasa et d'un certain nombre d'hommes politiques américains. En effet, au-delà de 2020, il n'est pas du tout garanti que la Nasa puisse continuer d'utiliser les capsules Soyouz pour accéder à l'ISS.

Pour s'épargner cette « humiliation », des options sont à l’étude. L'une d'elles prévoirait de rendre opérationnel un vol d'essai habité, vraisemblablement de Boeing, et de l'utiliser pour effectuer une rotation d'équipage en ajoutant un troisième astronaute à bord du véhicule testé et en prolongeant le séjour du véhicule amarré à l'ISS de deux semaines à six mois.

De nouveaux astronautes pour voler sur des véhicules privés

Ces énièmes retards n'ont pas empêché la Nasa de présenter le nouveau corps de neuf astronautes qui piloteront ces deux futurs véhicules. On compte des vétérans comme des petits nouveaux. La Nasa a aussi déjà assigné les premières missions.

Au sein du corps des astronautes de la Nasa, un nouveau groupe de neuf personnes sélectionnées pour tester et voler à bord des véhicules spatiaux de Boeing et SpaceX (en arrière plan). © Nasa, Centre spatial Johnson

Le vol d'essai avec équipage de SpaceX, actuellement prévu en avril 2019, sera piloté par Robert Behnken et Douglas Hurley, deux anciens astronautes qui ont volé à bord d'une navette spatiale. Quant au vol d'essai habité de Boeing, prévu pour la mi-2019, trois astronautes prendront place à bord au cas où cette mission serait bien plus qu'un vol d'essai. Ces trois astronautes sont Chris Ferguson, ancien commandant de navette et aujourd'hui salarié de Boeing en charge du développement du véhicule, Eric Boe, qui compte deux missions à bord d'une navette et Nicole Aunapu Mann, sélectionnée en 2013, dont ce sera le premier vol dans l'espace.

  • La mise en service des véhicules spatiaux de transport d'astronautes de SpaceX et de Boeing une nouvelle fois repoussée.
  • La Nasa prévoit de les certifier fin 2019 mais la cour des comptes américaine (GAO) est moins optimiste.
  • Un report qui pourrait poser des problèmes pour les rotations des astronautes américains à bord de la Station spatiale internationale.
Pour en savoir plus

Les taxis de l'espace de Boeing et SpaceX décolleront-ils cette année ?

Article de Rémy Decourt publié le 11/01/2018

La dépendance des astronautes américains aux Soyouz pour rejoindre la Station spatiale internationale prendra-t-elle fin cette année ? C'est ce que veut croire la Nasa qui semble assez convaincue que les véhicules habités de SpaceX et Boeing, qu'elle finance, seront opérationnels d'ici la fin de l'année.

La Nasa a donné des nouvelles de l'état d'avancement des deux systèmes de transports spatiaux de Boeing et SpaceX que la Nasa finance. Bonne nouvelle, le Starliner de Boeing et le Dragon V2 de SpaceX devraient chacun réaliser deux vols d'essais à destination de la Station spatiale internationale, dont un sera habité.

Avant que débutent ces essais en vol, Boeing et SpaceX ont prévu de tester le système d’éjection d’urgence de chaque capsule. À n'en pas douter, le test de SpaceX sera le plus spectaculaire car il sera réalisé en vol, avec un vrai lanceur ! Il simulera un scénario d'extraction d'urgence de la capsule Dragon V2 pendant la phase d'ascension du Falcon 9, environ une minute après le décollage là où la pression aérodynamique est à son maximum. Quant à Boeing, son système sera plus sagement installé sur un banc de test. Cependant, la capsule sera propulsée en l'air à plus d'1,5 kilomètre d'altitude, ce qui permettra aux modules de service et d'équipage de se séparer. Ce dernier utilisera ses parachutes pour atterrir.

Construction de la capsule Starliner de Boeing, dans les locaux de l'entreprise du Centre spatial Kennedy. © Nasa, Kim Shiflett

Vols d’essais à destination de la Station spatiale

Les vols d'essais inhabités des deux capsules sont prévus vers la mi-2018. Boeing comme SpaceX prévoient une mission d'environ deux semaines à destination de la Station spatiale internationale avec un amarrage au complexe orbital. Ces missions de démonstration seront aussi une répétition générale en vue du premier vol habité. Elle doit démontrer que les systèmes de transport de ces sociétés, c'est-à-dire le lanceur, le véhicule orbital et le système au sol, sont prêts à effectuer un vol habité et surtout qu'ils répondent aux exigences de sécurité et de certification de la Nasa.

La Nasa, qui supervise ces deux programmes, utilisera ces véhicules pour transporter ses propres astronautes et ne prendra évidemment aucun risque inconsidéré. Aucune autorisation de vol ne sera accordée si une anomalie, aussi minime soit-elle, est détectée ou suspectée et n'a pas été résolue.

Deux astronautes pour le premier vol habité

Telle que définie par la Nasa, une mission habitée standard à destination de la Station comprend le transport de quatre astronautes (de l'agence américaine ou d'un autre pays dans le cadre d'un partenariat), et environ 100 kilogrammes de fret pressurisés. Le véhicule devra ensuite rester amarré à la Station durant un maximum de 210 jours et être utilisé comme véhicule d'évacuation d'urgence pendant cette période.

Mais la première mission habitée de chaque entreprise transportera seulement deux astronautes. Ces missions seront réalisées dans le cadre du contrat commercial qui lie la Nasa à Boeing et SpaceX et qui prévoit six vols aller-retour à destination de l'ISS d'ici 2024.


Taxis de l'espace : la Nasa signe son premier contrat avec Boeing

Article de Rémy Decourt publié le 06/06/2015

Aux États-Unis, la privatisation des voyages dans l'espace devient progressivement une réalité. Alors qu'Orbital Sciences et SpaceX ont montré que des sociétés privées peuvent ravitailler la Station spatiale internationale en fret, la Nasa franchit également le pas pour les vols habités. L'agence spatiale américaine vient en effet de signer un premier contrat de transport d'astronautes avec Boeing. Une mission qui débutera fin 2017, début 2018.

La privatisation de l'espace devient peu à peu une réalité. Après avoir confié au secteur privé américain une grande partie du ravitaillement en fret de la Station spatiale internationale, la Nasa s'apprête à faire de même pour le transport d'équipage. Dans un premier temps, seuls les astronautes américains seront transportés par des véhicules privés mais des discussions éparses ont lieu avec les autres partenaires de la Station spatiale internationale (ISS).

En 2009, les États-Unis prennent la décision de confier au secteur privé la desserte de l'ISS. À l'époque, la décision américaine s'appuyait sur les conclusions du comité Augustine. Mis en place par l'administration Obama, celui-ci avait alors pour but de réfléchir à l'avenir du programme Constellation qui prévoyait le retour de l'Homme sur la Lune. L'objectif était aussi d'évaluer les plans de la Nasa pour l'exploration humaine du Système solaire.

Dans un contexte de stagnation, voire de réduction, du budget décennal de la Nasa et au début d'une crise économique et financière sans précédent depuis 1929, le président Barack Obama prenait la décision de confier au secteur privé la desserte de l'orbite basse et chargeait la Nasa de concevoir un système de transport pour l'exploration.

La capsule Dragon V2 de SpaceX fera partie des deux premiers véhicules privés de transport spatial de passagers, avec la capsule CST-100 de Boeing. © SpaceX

L'équipage permanent de l'ISS passera à sept membres

En septembre 2014, la Nasa sélectionne les véhicules de Boeing et SpaceX pour transporter ses astronautes à bord de la Station spatiale internationale et les redescendre sur Terre. Les deux firmes se partagent alors un contrat de plusieurs milliards de dollars pour terminer le développement et la construction de leur véhicule de transport. Le CST-100 de Boeing s'est vu attribuer un chèque de 4,2 milliards de dollars (3,8 milliards d'euros) et le Dragon V2, un véhicule dérivé de la capsule Dragon de fret, reçoit 2,6 milliards de dollars (2,3 milliards d'euros). Chaque société réalisera au moins deux missions et un maximum de six.

Une nouvelle étape vient d'être récemment franchie avec la signature du premier contrat de transport spatial habité privé. C'est Boeing qui réalisera cette première mission fin 2017, début 2018 soufflant cette grande première à SpaceX, également sélectionné pour transporter des astronautes. La firme d'Elon Musk signera le sien plus tard dans l'année et la Nasa annoncera, à une date qui n'a pas encore été dévoilée, qui de Boeing ou de SpaceX réalisera cette première mission habitée privée.

Avec l'entrée en service de ces deux taxis de l'espace qui seront capables de transporter quatre ou cinq astronautes chacun, voire sept dans des configurations qui n'ont pas été retenues par la Nasa, l'équipage permanent de la Station spatiale passera alors de six à sept membres. Cela doublera le temps de recherche réalisé à bord du complexe orbital, récemment reconfiguré pour accueillir les véhicules de SpaceX et Boeing.

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