Santé

FDLS 2004 - Des bactéries extrêmophiles vivant à moins de zéro degré

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Des scientifiques britanniques et américains ont découvert des bactéries capables de vivre à des températures inférieures à zéro degré, chose qui semblait impossible il y a peu.

Escherichia Coli, la bactérie star des laboratoires

On connaissait déjà des bactéries dont le métabolisme se remet en marche même après plusieurs dizaines de milliers d'années de congélation mais il était admis que les conditions de froid extrême ne pouvaient permettre à des bactéries de se multiplier.

Ce type d'activité avait été détecté il y a peu sur l'île Alexander en Antarctique. Les chercheurs ont mis le doigt sur un nouvel habitat de ces étonnants microorganismes. C'est sur les îles désolées du Grand Nord canadien Cornwallis et Devon où aucune végétation ne pousse, qu'ils ont été découverts à l'intérieur même de la roche ! "Nous ne nous attendions pas à trouver ce type de colonisation dans les régions polaires où la plupart des roches sont opaques à la lumière du soleil", explique Charles Cocknell du Service géologique britannique. Si l'on ajoute à ce tableau, déjà peu propice à la vie, le fort bombardement de rayons ultraviolets, dû à la minceur de la couche d'ozone sous ces latitudes, on comprend la surprise des scientifiques.

La découverte de ces bactéries repousse encore les limites que l'on avait établies au développement de la vie. Il faut dire que depuis la découverte en 1977 de communautés microbiennes sur les parois des fumeurs des fonds marins, les microorganismes n'ont de cesse de nous surprendre en battant des records d'adaptabilité. Ces bactéries qui vivent dans des milieux autrefois considérés comme impropres à la vie sont dites extrêmophiles. Outre la catégorie des psychrophiles, résistantes aux basses températures, on distingue les bactéries thermophiles (adaptées aux fortes températures), les acidophiles (adaptées aux milieux très acides), les alcalophiles (adaptées aux milieux très basiques), les halophiles (adaptées aux fortes salinités), les barophiles (adaptées aux hautes pressions). D'autres encore présentent une forte résistance aux radiations (UV, radioactivité...).

Ces bactéries sont des trésors d'informations qui permettent aux scientifiques de nombreuses avancées aussi bien théoriques que pratiques. Certains microorganismes ou certaines enzymes qu'ils produisent peuvent remplacer des produits chimiques dans des procédés industriels tel que, par exemple, le blanchiment du papier, et ainsi réduire la production de déchets polluants. D'autres peuvent être utilisés comme nettoyeurs de sites grâce à leurs métabolismes transformant des produits toxiques en composés non nocifs.

Les techniques de génie génétique : éthique et citoyens

Pour parvenir à ces résultats, les chercheurs doivent avoir recourt aux techniques de génie génétique qui leurs permettent de combiner les caractéristiques utiles de différentes souches bactériennes afin d'optimiser, de sécuriser et d'abaisser le coût de la production de produits ou de la dépollution d'un site. Ces souches dont on a changé le matériel génétique sont des OGMs, au même titre que les maïs transgéniques tant redoutés des consommateurs. Il est vrai que les manipulations génétiques ont souvent mauvaise presse et qu'il est tentant pour le grand public de rejeter en bloc ces pratiques qui posent de nombreuses questions d'éthique et de sécurité. Mais il faut garder à l'esprit qu'un outil scientifique ou technique n'est ni bon ni mauvais, c'est la manière dont on en fait usage qui est juste ou non. Par exemple, en introduisant le gène de l'insuline humaine dans une bactérie, on est parvenu à leur faire produire cette molécule nécessaire au traitement des diabétiques. Ce type d'utilisations efficaces et sans risques pour l'homme et l'environnement devrait être saluée comme un progrès. A contrario les manipulations de souches virulentes dans le but de produire des armes biologiques ou la commercialisation d'OGMs à l'éthique douteuse (les graines terminator, par exemple) sont des applications qui effraient, à juste titre, la population.


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Le citoyen lambda se retrouve coincé entre les anti-OGMs, aux prises de positions radicales, et les firmes développant ces OGMs qui sont, ne nous voilons pas la face, avant tout guidées par le profit. Le dialogue de sourds qui s'est instauré entre ces deux extrêmes ne fait qu'embrouiller un débat déjà complexe. On entend tout et son contraire au sujet des organismes génétiquement modifiés et l'on finit par croire le camp pour lequel on a le plus d'affinités. Pourtant la vérité se situe certainement quelque part entre le rejet total et l'acceptation absolue ...

Les lois qui encadrent ce type de recherches et d'activités en découlant doivent donc être mises en place avec un maximum d'autonomie vis-à-vis des groupes de pressions. Et c'est à ce débat que le citoyen doit pouvoir prendre part afin de choisir le monde dans lequel il souhaite vivre. L'information scientifique objective est une nécessité et un défi qui doit être relevé pour que notre société puisse profiter des progrès que nous propose la science tout en se protégeant des dangers inhérents à toute avancée. Cela n'est pas uniquement valable pour le génie génétique mais pour tous les domaines scientifiques.
Toutes les initiatives qui tentent de développer cette culture scientifique auprès du grand public sont autant de pas fait en direction de la prise de conscience du citoyen de l'importance de ces questions de sciences qui définiront la société de demain.

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