Planète

La campagne PHARE de retour des abysses

ActualitéClassé sous :océanographie

-

Terminée il y a trois jours à peine, la campagne PHARE (Peuplements Hydrothermaux, leurs Associations et Relations avec l'Environnement) a déjà permis de faire d'étonnantes découvertes : les microorganismes survivent aux environnements extrêmes que sont les sources hydrothermales mieux qu'on ne le pensait.

L'Atalante : Alvinella pompejana, ou "ver de Pompéi" Copyright Ifremer/Campagne Phare 2002

Enchâssé dans une vallée de la dorsale Est-Pacifique, le « EPR 13° nord » est une zone hydrothermale profonde. Acides, sulfures d'hydrogène et geysers de fluides surchauffés (350°C), anoxiques et chargés de composés toxiques, n'ont pas empêché la vie de se développer autour des fumeurs, ces cheminées aux allures de termitières géantes, découvertes il y a de cela 20 ans : vers de près de 2 mètres de long, bivalves géants, ainsi que d'autres espèces elles aussi inconnues, de crustacés, de poulpes et de poissons.

Si la dernière mission PHARE est exceptionnelle, c'est parce qu'elle a réuni à bord du célèbre bateau océanographique l'Atalante de l'Ifremer, trente scientifiques de toutes disciplines venus mettre en commun leur savoir pour étudier une zone jusqu'ici mal connu : un nouveau « pôle chaud ». Ici, le gradient de température est d'environ 100°C, le fluide brûlant, corrosif et toxique. De quoi faire fuir la moindre parcelle de vie animale pourrait-on croire. C'était sans compter sur les formidables facultés d'adaptation des « extrêmophiles ».

La vie sans lumière

La mission qui vient de se terminer est allée chercher la vie là où les conditions étaient vraiment extrêmes « sur un nouveau pôle chaud où les concentrations en fluide étaient beaucoup plus denses, mais également les écarts de températures entre la sortie de la cheminée et les bords de cette dernière raconte Nadine Le Bris, chef de mission à l'Ifremer. Nous avons pu ainsi démontrer que les métazoaires Alvinella, installés sur les cheminées et vivant dans les conditions les plus extrêmes, vivaient là aussi en parfaite interaction avec le milieu. »

Une coexistence particulière entre le minéral et les métazoaires qui soulève une énigme : quels mécanismes permettent à ces animaux et bactéries de vivre sans apport de lumière, donc sans photosynthèse ? Pour survivre si près des sources de fluides et à un gradient de température d'environ 100°C, ces « extrêmophiles » ont dû développé un système de protection puissant. C'est ce système que vont tenter de décrypter maintenant les scientifiques du CNRS et de l'Ifremer.

Victor le droïde

« L'objectif principal (de cette mission) était l'étude de l'interaction entre les organismes et le milieu. C'était également un défi technologique que celui de manipuler à l'échelle du centimètre, à plus de 2600 mètres de profondeur et à partir de la surface le VICTOR 6000, dernier-né des robots sous-marins de l'Ifremer » raconte Nadine Le Bris. Ce submersible inhabité à notamment permis d'observer in situ les extrêmophiles. Via un câble de 8000 mètres de long le reliant à L'Atalante, Victor a pu effectuer des plongées de 12 à 72 heures. Le robot est équipé de caméras, d'un appareil photo numérique et de deux bras articulés qui lui ont permis de ramener à bord du bateau océanographique des extrêmophiles qui pour la première fois, ont été étudié sur place (in vivo).

 « Nous avons réussi à les faire vivre à bord de l'Atalante, et à prélever notamment des ovocytes sur Alvinella. Nous les avons maintenus en vie pendant une semaine. Nous n'avons pas tenté de les garder plus longtemps parce que cela ne se justifiait pas, mais il est parfaitement possible de les maintenir en vie. Dans l'avenir, l'idée est de les ramener en laboratoire.» a expliqué Françoise Gaill, chef du projet au CNRS. Ces expériences auront notamment permis d'étudier la réponse d'espèces hydrothermales aux stress chimique et thermique.

EPR 13° Nord

Cette campagne menée du 30 avril au 3 juin 2002 fait suite à une série de missions réalisées au large des côtes mexicaines. C'est là, il y a 20 ans, au niveau de la dorsale du Pacifique oriental, que des campagnes de plongées en submersibles habités ont mis en évidence l'existence de sources chaudes. Ce site nommé « EPR 13° Nord » (pour East Pacific Rise) par les spécialistes ne devaient avoir qu'un intérêt géologique. Quel ne fut pas l'étonnement des premiers scientifiques à poser les yeux sur ce milieu hostile d'y découvrir une faune originale et très productive qui n'a pas fini de livrer ses secrets.

Après cette dernière mission, l'heure est à l'étude des résultats obtenus mais pour connaître les hypothèses des scientifiques, il faudra patienter encore un peu. «  Nous avons obtenu des résultats remarquables au cours de cette dernière mission mais nous ne voulons pas tout révéler pour le moment, avoue Françoise Gaill. Ce que nous pouvons par contre vous dire, c'est que depuis la mission précédente, il y a trois ans, nous avons pu constater un refroidissement prés des cheminées, mais la partie sud reste recouvert de cendres, c'est pourquoi nous la comparons à Pompéi. C'est une évolution rapide ». pour les trente scientifiques embarqués, le travail ne fait que commencer. De ces cinq semaines de missions en haute mer, ils ont ramené plus de 250 heures de travail sur le fond, qui correspondent à 20 plongées de 12 à 15 heures du Victor 6000 . L'enjeu à terme, sera de proposer un modèle de fonctionnement et de développement de ces biotopes extrêmes.

Caroline Idoux - Futura-Sciences Paris

Cela vous intéressera aussi