Grâce aux antirétroviraux, il est désormais possible d’enrayer la multiplication du virus du Sida. Cela ne l’empêche pas pour autant de se camoufler dans certaines cellules, prêt à surgir dès l’arrêt du traitement. Un médicament, le ciclopirox, pourrait venir à bout de ce problème en éliminant toutes les particules virales, même les mieux cachées. © Kanijoman, Flickr, cc by 2.0

Santé

Cet implant protège contre le sida pendant un an

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Le laboratoire Merck a mis au point un implant, inspiré de ceux utilisés pour la contraception, qui délivre un médicament antiviral en continu. Une nouvelle méthode prometteuse, notamment pour les populations à risque qui rechignent à prendre des comprimés quotidiennement.

Depuis le début de l'épidémie, 75 millions de personnes ont contracté le virus du Sida (acronyme de Syndrome d'ImmunoDéficience Acquise) et 1,7 million de nouveaux cas sont encore enregistrés chaque année, malgré les gigantesques efforts de prévention déployés dans tous les pays du monde. Parmi les populations les plus exposées, figurent notamment les jeunes femmes africaines, les toxicomanes ou les travailleuses du sexe.

Une faible adhérence aux traitements prophylactiques

Il existe pourtant des moyens de prévenir les infections en administrant des médicaments antirétroviraux en guise de prophylaxie préexposition (PPrE). En France, le Truvada® (ténofovir disoproxil et emtricitabine) est ainsi prescrit aux personnes à risque et a montré une efficacité proche de 100 % d'après différentes études. Toutefois, cette petite pilule bleue exige une prise quotidienne, ce qui est loin d'être évident chez certaines populations.

Une étude présentée mardi 23 juillet lors de la conférence internationale sur le Sida à Mexico et portant sur 427 jeunes femmes en Afrique du Sud et au Zimbabwe à qui l'on a prescrit du Truvada® montre ainsi qu'au bout d'un an, à peine un tiers des patientes continuent à suivre le traitement et seulement 9 % d'entre elles ont un niveau d'antirétroviraux sanguins suffisant pour assurer une protection efficace.

L'islatravir, 10 fois plus puissant que les autres médicaments

C'est pourquoi les laboratoires tentent de trouver de nouvelles solutions. Lors de cette conférence, Merck a présenté les résultats d'un essai clinique qui pourrait bien révolutionner la PPrE (prophylaxie pré-exposition) : un nouvel implant délivre en continu de l'islatravir, une nouvelle classe d'inhibiteur nucléosidique de la translocation de la transcriptase inverse, aussi appelé MK-8591 ou EFdA. Ce médicament, qui bloque une enzyme appelée transcriptase inverse dont le VIH a besoin pour infecter les cellules, serait 10 fois plus puissant que les autres antirétroviraux, d'après Merck, ce qui permet d'administrer des doses plus faibles et donc de limiter les effets secondaires. De plus, cette substance persiste longtemps dans l'organisme (avec une demi-vie de cinq jours) et nécessite donc des prises moins fréquentes.

L’implant, semblable à ceux utilisés pour la contraception, délivre une dose de médicament assurant une protection totale contre l’infection du sida durant un an. © macrovector, Fotolia

Un bout de plastique de 4 cm à injecter sous la peau

Merck envisageait à l'origine une administration sous forme d'injections, à l'instar d'autres médicaments prophylactiques, mais a finalement trouvé une autre idée en s'inspirant des méthodes contraceptives. Un petit bout de plastique de 4 cm de long a été implanté dans le bras des volontaires, semblable à ceux utilisés pour la contraception et délivrant de la progestérone pour supprimer l'ovulation. Deux doses ont été testées chez 16 volontaires pendant 12 semaines, et d'après les chercheurs, la dose à 62 mg permettrait d'assurer un niveau de protection suffisant pour une durée d'un an « et même au-delà ». Cette technique n'en est encore qu'à ses débuts, et plusieurs autres essais devront être menés pour confirmer ces résultats. Mais, pour Anton Pozniak, le président de la Société internationale du sida, « cet implant apporte une solution prometteuse à ceux qui ont des difficultés à adhérer à un régime quotidien de PrEP ». L'autre avantage de ce format est qu'il peut être retiré à tout moment lorsque la personne estime ne plus en avoir besoin.

Une dissuasion contre le préservatif ?

Malgré ses avantages évidents, l'implant suscite déjà des critiques auprès de certaines associations, qui s'inquiètent du fait que cela pourrait décourager le recours au préservatif, seule protection valable contre les autres maladies sexuellement transmissibles. Celles-ci craignent aussi que cela désinhibe les pratiques sexuelles à risque. L'autre question cruciale sera celle du prix. En France, le Truvada® coûte par exemple 180 euros par mois et il est remboursé par la Sécurité sociale. Mais aux États-Unis, le laboratoire Gilead Sciences, qui le commercialise, s'est retrouvé en mai sous le feu des critiques après avoir augmenté son prix à 2.000 dollars par mois. Merck ne s'est pas encore prononcé à ce sujet.

  • Le laboratoire Merck a mis au point un implant qui délivre un médicament en continu dans l’organisme.
  • Cet implant assurerait une protection totale contre le virus du Sida durant une année entière.
  • Il répond notamment aux besoins des personnes vulnérables dans les pays en développement dont l’adhérence au traitements prophylactiques est faible.
Pour en savoir plus

Un nouveau médicament qui éradiquerait le VIH une fois pour toutes ?

Article de Agnès Roux publié le 27/09/2013

L'arrêt des traitements antiviraux contre le virus du Sida entraîne presque toujours sa réapparition. Des chercheurs viennent d'identifier un nouveau médicament qui empêcherait le virus de se multiplier et de se cacher dans certaines cellules. Ces résultats pourraient constituer le point de départ de la mise en place d'un traitement définitif contre cette maladie mortelle.

Depuis sa découverte il y a plus de 30 ans, le VIH, le virus responsable du Sida, a fait plus de 25 millions de victimes dans le monde. Son taux de mutation, inégalé, et sa grande capacité d'adaptation en font un agent infectieux redoutable qui ne cesse de donner du fil à retordre aux scientifiques.

Si les recherches sur le Sida n'ont pas encore permis l'éradication de la maladie, elles s'en approchent de plus en plus. Les malades peuvent aujourd'hui vivre aussi longtemps que les personnes non atteintes, mais ils sont très souvent contraints de suivre leur traitement à vie. Seuls quelques rares patients ne semblent plus avoir besoin de médicaments. Deux études ont par exemple rapporté les cas d'une petite fille et de 14 Français en guérison fonctionnelle, qui vivent depuis plusieurs années avec le VIH sans prendre leur traitement. Ces patients ont eu la chance d'être diagnostiqués et pris en charge très rapidement.

Le virus du Sida possède un taux de mutation très supérieur aux autres virus. Pour cette raison, la mise au point d’un vaccin est très difficile. Personne n'a encore réussi à trouver la recette du vaccin qui prévient l'infection au VIH ou qui pousse le système immunitaire à détruire le virus du Sida chez les personnes séropositives. © Andres Rueda, Flickr, cc by 2.0

Le VIH se cache dans les cellules

Les traitements antirétroviraux ciblent des molécules clés du VIH. Ils permettent de contrôler la charge virale et d'élever la population de lymphocytes T4, les cellules immunitaires ciblées par le virus. Cependant, l'interruption des thérapies entraîne presque toujours la réapparition très rapide du virus. Le VIH reste en effet toujours dans un état de latence dans l'organisme.

Le mécanisme par lequel le VIH persiste au sein de ses réservoirs viraux est encore mystérieux. Il serait en partie dû à sa capacité d'empêcher certaines cellules infectées de mourir par apoptose. Par ce biais, le virus resterait silencieux, prêt à ressurgir dès l'arrêt des médicaments. Cependant, cela pourrait bientôt changer. Une équipe de la New Jersey Medical School aux États-Unis vient de mettre en évidence un nouveau médicament capable de tuer le VIH de manière permanente. Cette étude, publiée dans la revue Plos One, pourrait radicalement changer la vie des malades du Sida.

Éliminer les réservoirs rétroviraux grâce à un médicament ?

La molécule en question, appelée ciclopirox, est déjà sur le marché et utilisée pour traiter certaines infections dues à des champignons microscopiques. En étudiant son mécanisme d'action, les chercheurs ont remarqué qu'elle était également capable d'inhiber l'expression des gènes du VIH et d'empêcher sa multiplication dans les cellules.

Mais ce n'est pas tout. Le ciclopirox agirait également sur les cellules infectées par le virus et enclencherait leur mort cellulaire. En d'autres termes, contrairement aux autres antiviraux, ce médicament empêcherait le VIH de se cacher dans les cellules et de former des réservoirs ! En effet, après traitement au ciclopirox, les cellules en culture continuent de se multiplier et aucun élément viral ne ressurgit.

Ce médicament prometteur pourrait révolutionner les thérapies anti-Sida. Des essais cliniques sont désormais nécessaires pour vérifier son efficacité chez l'Homme. Le ciclopirox a déjà été approuvé par la Food and Drug Administration (FDA) dans le traitement contre les mycoses : les chercheurs sont donc assez optimistes quant à son absence de toxicité chez l'Homme. Reste maintenant à savoir s'il est capable d'éradiquer définitivement le Sida in vivo...

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