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Cancer : au congrès de l’Asco, pas mal de nouveau !

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Les scientifiques du monde entier se réunissent depuis vendredi à Chicago pour faire part de leurs travaux dans la lutte contre le cancer. Nouveaux médicaments, nouvelles pistes thérapeutiques, traitements personnalisés efficaces, meilleurs diagnostics... Les promesses sont nombreuses. Reste maintenant à s'assurer qu'elles se concrétiseront.

Le cancer a tué 7,6 millions de personnes dans le monde en 2008 selon l'OMS. À lui seul, il représente 13 % de la mortalité à travers le monde. La recherche tente donc de s'interposer. © Anne Weston, Wellcome Images, Flickr, cc by nc nd 2.0

Le 48e congrès annuel de la Société américaine d'oncologie clinique (Asco), qui se tient à Chicago du 1er au 5 juin, porte de nombreux espoirs. Le cancer reste l'une des principales causes de mortalité dans le monde et malgré de très nets progrès, la médecine se révèle parfois impuissante. Le rendez-vous 2012 des scientifiques du monde entier laisse entrevoir des avancées qui, à défaut d'exterminer la maladie, apportent la perspective de faire reculer la maladie, en proposant au moins une espérance de vie plus longue.

Les découvertes les plus intéressantes, qui font l'objet d'articles complets sur Futura-Sciences, concernent probablement les cancers du sein et de la prostate. Si celles-ci sont les plus relayées dans les médias, la rencontre annuelle a débouché sur l'annonce d'autres thérapies prometteuses. Petit passage en revue.

Stimuler le système immunitaire grâce à un médicament anti-PD-1

Si l'on donnait les moyens à l'organisme de se défendre tout seul contre les tumeurs ? L'immunothérapie, ou la façon de stimuler le système immunitaire pour combattre les cancers, n'est pas nouvelle. Sa mise en place est difficile mais on obtient petit à petit les moyens de l'optimiser. Des chercheurs de la John Hopkins University (Baltimore, États-Unis) annoncent au congrès de l'Asco et dans le New England Journal of Medicine avoir développé un médicament capable de favoriser la réponse des défenses de l'organisme pour chasser les mélanomes et les cancers du rein et du poumon.

Les lymphocytes T, des globules blancs chargés de l'élimination des pathogènes, sont en théorie capables de détruire les cellules tumorales. Mais ces dernières parviennent à s'en préserver en présentant à leur surface une protéine appelée PD-L1 (de l'anglais programmed death ligand-1) qui se lie à la molécule PD-1 des lymphocytes, rendant l'armada inefficace.

Ces cellules du cancer du poumon seront détruites par un médicament anti-PD-1, poussant le système immunitaire à les éliminer. © Anne Weston, Wellcome Images, Flickr, cc by nc nd 2.0

Les scientifiques ont donc développé un médicament anti-PD1 et l'ont testé lors de la première phase d'un essai clinique. Celle-ci consiste à s'assurer de l'innocuité d'un traitement sur l'Homme mais permet d'obtenir les premiers indices sur son efficacité. Ainsi, sur les 296 patients atteints de cinq cancers différents (mélanome, cancer colorectal, du poumon, de la prostate ou du rein) qui avaient progressé malgré les thérapies standard, une partie d'entre eux a connu des bénéfices.

Plus précisément, l'étude démontre une régression de la tumeur chez 27,66 % des participants atteints de mélanome (26 sur 94), pour 27,27 % des individus touchés par un cancer du rein (9 sur 33) et 18,42 % de ceux affectés par une tumeur au poumon (14 sur 76). En revanche, aucune amélioration n'a été constatée pour les patients des deux autres cancers.

Ce médicament n'a aucun pouvoir miraculeux et doit franchir de nombreux obstacles avant d'espérer une autorisation de mise sur le marché. Il offre une perspective intéressante aux individus chez qui les traitements classiques n'ont plus aucune efficacité.

Les succès de la thérapie ciblée contre le cancer du poumon

Si les traitements anticancéreux ne fonctionnent pas avec le même rendement chez tous les patients, c'est que les tumeurs sont très variables d'un individu à l'autre. Les scientifiques tentent donc de trouver les thérapies les plus adaptées à chaque forme du cancer. Des chercheurs du Dana Farber Cancer Institut annoncent qu'un essai clinique de phase II montre l'efficacité d'une thérapie personnalisée contre le cancer du poumon.

Leur étude s'est intéressée uniquement aux tumeurs pulmonaires à grandes cellules causées dans 20 % des cas par une mutation sur le gène Kras. Un médicament, le selumetinib, interagit avec une protéine, nommée MEK, qui protège le gène. Les patients ont reçu une dose de docetaxel (un traitement classique des chimiothérapies) en plus de selumetinib ou d'un placébo.

Les consommateurs du nouveau médicament ont bien mieux répondu à la thérapie (dans 37 % des cas contre 0 % avec le placébo) et la période pendant laquelle la tumeur n'a pas progressé était plus longue (5,3 mois contre 2,1 mois). Le chiffre n'est pas statistiquement significatif, mais les patients traités au selumetinib ont survécu 9,4 mois en moyenne, tandis que l'espérance de vie des malades avalant le placébo était de 5,2 mois. S'il ne résout pas tout, le médicament améliore la qualité de vie des victimes de ce cancer du poumon.

La chimiothérapie est le traitement médicamenteux contre le cancer. On utilise aussi régulièrement la radiothérapie et le retrait chirurgical de la tumeur. © Kendrak, Flickr, cc by nc sa 2.0

MEK également ciblée dans les mélanomes avancés

Alors que pendant longtemps on ne trouvait aucune solution à opposer au mélanome, un cancer des mélanocytes de la peau, les traitements font peu à peu leur apparition. Dans un essai clinique mené par le laboratoire pharmaceutique GlaxoSmithKline, le trametinib a prolongé la vie de patients atteints d'un mélanome avancé.

La molécule cible là aussi la protéine MEK : elle protège le gène Braf, qui une fois muté peut déclencher le cancer. L'essai clinique sur 322 personnes atteintes de la maladie ayant reçu le trametinib ou un autre médicament révèle que le nouveau principe actif procure des avantages sur la qualité de vie : il fallait 4,8 mois avant que la maladie n'empire contre 1,5 autrement. Six mois après le début des traitements, 81 % des personnes traitées avec le trametinib vivaient encore, contre 67 % des patients soignés par chimiothérapie classique.

Le traitement pourrait être encore plus efficace s'il était complété par une inhibition du gène Braf. Le laboratoire y travaille et teste déjà le dabrafenib.

L’Asco présente un bilan intéressant

En plus de toutes ces découvertes qui permettent à la recherche contre le cancer de progresser, on note également l'intérêt de l'antidépresseur duloxetine, soignant les neuropathies périphériques (engourdissement et picotements douloureux dans les bras et les jambes), effets secondaires classiques des chimiothérapies. Le paclitaxel, une substance peu onéreuse, aurait quant à lui la même efficacité thérapeutique que l'abraxane, synthétysé à un coût très élevé contre le cancer du sein métastasique.

Face à l'augmentation des cas de cancers constatés ces dernières années, la recherche s'organise donc et si la maladie n'est pas encore en passe d'être exterminée, elle recule peu à peu, comme le rappelle le 48e congrès de l'Asco. Des résultats qui vont dans le bon sens.

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