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Nicolas Maurel : un jardin à Digne-les-bains, havre de paix des papillons

Dossier - Les héros de la biodiversité
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Observer, nourrir ou protéger : tel est le programme de ceux qui œuvrent à la préservation de la biodiversité en mer, à terre et dans les airs. Découvrez le quotidien et les actions menées par ces passionnés de nature en vidéo.

  
DossiersLes héros de la biodiversité
 

C'est l'enfant du pays. Initié par son père instituteur, il ne résiste pas à l'appel des papillons des Alpes méridionales. Et même durant ses 20 ans de journalisme, il n'abandonnera pas cette passion au point de vouloir se reconvertir dans les métiers de l'environnement.

Nicolas Maurel a été journaliste pendant une vingtaine d’années avant de se tourner vers les métiers de l’environnement. © Michel Boutin, DR

Le voilà ingénieur écologue et chargé de mission Agenda 21, puis membre rapporteur du Conseil scientifique régional du patrimoine naturel. Entretemps, il crée l'association entomologiste Proserpine et le Jardin des papillons de Digne-les-Bains, premier jardin de ce type ouvert au public en Europe. Ses publications et son investissement dans les médias en font désormais un référent incontournable de la biodiversité.

Nicolas Maurel et Noé Conservation sont les initiateurs du Jardin des papillons de Digne-les-Bains, havre de paix pour plus de 130 espèces de papillons de jour. © Nature Productions
Le Jardin des papillons s’apparente à une volière à ciel ouvert. © S. Richaud, DR

« Rien ne semble arrêter la belle-dame sauf, peut-être, les pare-brise et les calandres des véhicules », déplore Nicolas Maurel.

Appelée belle-dame ou vanesse des chardons, l’espèce migratrice Vanessa cardui est l’une des plus faciles à reconnaître. © N. Macaire, DR

Pause pour les espèces migratrices de papillons

En ce mois d'avril, le papillon en question compte effectivement des millions de représentants qui remontent depuis l'Afrique du Nord jusqu'au nord de l'Europe. Qui aurait cru qu'une aussi fragile créature puisse jouer les as du ciel ? Mais le périple s'apparente à une épreuve. Il faut que la belle-dame, alias vanesse des chardons, se ravitaille. Situé à 650 mètres, à proximité de Digne-les-Bains, le Jardin des papillons répond à la demande. Havre de paix, il satisfera les espèces migratrices comme celles qui souhaitent prendre racine.

Le moro sphinx, ou sphinx colibri, est l’une des rares espèces diurnes de sa famille. © O. Podevin, DR

Pourquoi les lépidoptères apprécient-ils tellement le lieu ? « Il est situé en limite des climats méditerranéen et alpin et constitue un écrin de verdure comptant près de 500 espèces végétales au pied de la montagne du Saumon », explique Nicolas Maurel qui, avec son équipe, peut se flatter d'avoir accueilli 135 espèces de papillons en dix ans, le tout sur un espace de 7.000 m2 ! Pourtant, ne pas se fier aux apparences. Actuellement, une espèce de papillons sur trois est menacée de disparition en Europe. En cause, le développement des constructions, l'agriculture intensive, la dégradation du support végétal et, bien sûr, les pesticides.

C’est dans les graminées que le demi-deuil mâle recherche une femelle. Cette dernière abandonnera ses œufs en vol. © N. Macaire, DR
Messager du printemps, le papillon citron bénéficie d’une espérance de vie supérieure à un an. © N. Macaire, DR

Des jardins dédiés aux papillons qui fleurissent en Europe

Nicolas Maurel ne croit pas en cette fatalité. « Lorsqu'en 1999, nous avons lancé l'idée du Jardin des papillons, l'espace était totalement embroussaillé. Nous l'avons aménagé afin de répondre aux besoins des papillons. Et cela a marché ! » Soutenu par l'association Noé Conservation qui a, notamment, lancé l'opération Observatoire des papillons des jardins avec le Muséum national d'histoire naturelle, la Fondation Nicolas Hulot, la Fondation Nature et Découvertes et l'Office pour les insectes et leur environnement, le Jardin des papillons (marque déposée) fait aujourd'hui référence bien au-delà des frontières françaises. Il a désormais valeur d'exemple et inspire de nombreuses collectivités territoriales à créer leur propre jardin. Ces espaces participent à l'Observatoire, ayant déjà comptabilisé près de 240.000 papillons en 2009. Bel exemple de « science participative », l'initiative permet d'enrichir les données décryptées par les chercheurs et de dessiner les mesures indispensables de protection.

Répandu dans toute l’Europe, le paon du jour accuse cependant un déclin. © N. Macaire, DR
Tirant son nom de la divinité romaine des saisons, la proserpine incarne l’action du Jardin des papillons. © Nicolas Maurel, DR

En créant l'association Proserpine, destinée à favoriser les connaissances et la préservation des insectes et de leur milieu, le journaliste naturaliste s'est aussi attaché à l'éthique. « Nous nous interdisons les captures dans un but mercantile et nous nous engageons à ne tirer aucun bénéfice personnel. » Nicolas Maurel tient aussi à souligner que l'indispensable protection des insectes n'est pas le privilège des spécialistes. « Certes, on peut se féliciter que notre "mitage positif" résiste à la pression foncière, mais chacun peut agir dans son propre jardin et, ainsi, il y a lieu d'espérer. »

Pour aller plus loin

Association Proserpine
9, rue Bourg-Reynaud
04200 Sisteron