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Jean-François Noblet : des pièges mortels pour les petits animaux

Dossier - Les héros de la biodiversité
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Observer, nourrir ou protéger : tel est le programme de ceux qui œuvrent à la préservation de la biodiversité en mer, à terre et dans les airs. Découvrez le quotidien et les actions menées par ces passionnés de nature en vidéo.

  
DossiersLes héros de la biodiversité
 

Difficile de synthétiser ce personnage hors norme. Ses premiers diplômes éclairent pourtant le chemin. Il décroche simultanément un bac scientifique et un diplôme de secouriste. La rigueur scientifique le guidera tout au long de sa vie vers l'histoire naturelle. Quant au secourisme, il l'appliquera aux Hommes en considérant qu'une des meilleures manières de les soulager reste de préserver leur planète.

Jean-François Noblet est le fondateur de la Frapna, Fédération Rhône-Alpes de protection de la nature. © M.-C. Bouillon, DR

Fondateur de la puissante Frapna (Fédération Rhône-Alpes de protection de la nature), il excelle dans l'art pédagogique. Auteur de plusieurs dizaines d'ouvrages sur la nature, inlassable conférencier, initiateur de campagnes en faveur de la faune, guide de voyages naturalistes, il est référent environnement au conseil général de l'Isère. Son humour conjugué à sa compétence et sa détermination en font l'un des acteurs essentiels de la biodiversité.

L'Homme dissémine nombre de pièges mortels pour les animaux. Jean-François Noblet nous en présente quelques-uns dans cette vidéo. © Nature Productions
Une simple bouteille peut se révéler très meurtrière pour de petits mammifères. © Jean-François Noblet, DR

Même si l'on ne sait à qui attribuer la formule « le diable est dans le détail », Jean-François Noblet pourrait bien en revendiquer l'application. Là où l'on ne voit rien, il révèle le détail. Et les détails qu'il identifie dans la nature sont diablement préoccupants. Il s'agit de ces milliers de pièges mortels, apparemment insignifiants, en réalité redoutablement « impactants » pour la faune sauvage.

Qui soupçonnerait que, derrière ce superbe paysage d’Isère, se cache une multitude de pièges ? © Jean-François Noblet, DR
Des équipements simples permettent d’éviter les noyades. © Jean-François Noblet, DR

Bassins de décantation trop lisses

Visite guidée par Jean-François Noblet, qui nous entraîne dans une balade peu bucolique. Nous avons tous vu, le long des autoroutes, ces bassins de décantation recueillant les eaux de ruissellement chargées de métaux lourds, de poussières issus des rejets de voitures, d'hydrocarbures, etc. On ne peut que se réjouir de pareilles installations (imposées par la loi sur l'eau) qui évitent de répandre dans la nature les pollutions insidieuses. Le problème, c'est que les bassins en question sont généralement réalisés grâce à une membrane en plastique polyéthylène parfaitement lisse.

En ouvrant les poteaux creux, on découvre des milliers de cadavres. © Jean-François Noblet, DR

Dès lors, des milliers d'animaux qui tombent accidentellement dans les bassins, ou qui y plongent, deviennent incapables d'en sortir. Jean-François Noblet a expertisé les cadavres. Il retrouve des campagnols, des lézards des murailles, des lièvres, des belettes et même des oiseaux ou des grenouilles sans parler des « kilos » de lombrics. La solution est simple : couler une petite jetée en béton ou installer des filets de sauvetage. En Isère, une association de réinsertion fabrique et met en place ces échappatoires qui fonctionnent parfaitement bien... même pour les humains.

Inconsciente du danger, la chouette chevêche se pose sur un poteau creux. © Jean-François Noblet, DR

L'hécatombe des poteaux creux

Soyons maintenant tête en l'air. De nombreux poteaux métalliques supportant les lignes téléphoniques de France Télécom sont creux. Résultat : des millions d'animaux cavernicoles pénètrent à l'intérieur par le sommet non obturé et ne peuvent en ressortir. S'entassent ainsi des écureuils, des mésanges et autre petite faune, qui agonisent dans ces poteaux meurtriers. Dénoncés depuis 1985, les poteaux furent peu à peu bouchés, mais il en reste encore un grand nombre à équiper... La question est identique pour les poteaux métalliques qui retiennent les filets paravalanches et antiéboulements. Il existe des bouchons en métal galvanisé très efficaces, reste à les mettre en place. Jean-François Noblet lance un appel pour que les promeneurs identifiant de pareils pièges alertent les autorités.

Prisonniers de la bouteille, les petits animaux ne peuvent en sortir. © Jean-François Noblet, DR

Les bouteilles en verre, véritables piège à rats

Suite du vagabondage avec les bouteilles vides jetées dans la nature. Jean-François Noblet résume : « Les Hommes boivent, les micromammifères trinquent. » Il reste toujours un fond de liquide sucré ou alcoolisé qui ne manquera pas d'attirer nombre d'insectes devenant des proies pour les mulots, musaraignes, campagnols ou lézards. Ces espèces pénètrent dans les bouteilles et ne pourront en ressortir, glissant sur le verre« Ils sont faits comme des rats », résume Jean-François Noblet, qui fait notamment référence à une enquête réalisée sur 225 bouteilles trouvées dans la nature. On comptabilisera 510 cadavres de micromammifères appartenant à dix espèces différentes ! Ne plus jeter de bouteilles s'apparente au geste qui sauve...

Cadavres d'animaux. Les trous qui contenaient un piquet sont aussi des pièges meurtriers pour les petits mammifères. © Jean-François Noblet, DR

La promenade se poursuit avec les trous laissés par des piquets retirés. Là encore, le bilan est éloquent. Sur 380 trous observés, les naturalistes ont retrouvé 377 animaux morts de 13 espèces différentes. Les abreuvoirs à bétail dans les champs se révèlent également meurtriers, alors qu'il suffirait de mettre un petit filet (comme pour les bassins de décantation) pour régler le problème. Et en rentrant à la maison, il conviendrait de s'attarder sur les baies vitrées. Pour éviter que les oiseaux s'assomment (elles font effet miroir ou paraissent transparentes), des silhouettes adhérentes réduisent les collisions. Jean-François Noblet ne quitte pas son bâton de pèlerin. Alertant l'administration comme les citoyens, il espère éviter la disparition d'une petite faune qui s'éteint... bêtement.

Pour aller plus loin

Retrouvez notamment un blog et une photothèque sur le site personnel de Jean-François Noblet.