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Guy Jarry : l’île aux faucons crécerellettes

Dossier - Les héros de la biodiversité
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Observer, nourrir ou protéger : tel est le programme de ceux qui œuvrent à la préservation de la biodiversité en mer, à terre et dans les airs. Découvrez le quotidien et les actions menées par ces passionnés de nature en vidéo.

  
DossiersLes héros de la biodiversité
 

Enfant, il traque, il chasse, il collectionne les choses de la nature. Mais il éprouve déjà plus de plaisir à observer qu'à posséder. Un stage d'ornithologie à Ouessant va déterminer sa vocation.

Guy Jarry a décidé de devenir ornithologue à la suite d’un stage à Ouessant. © W. Mullie

Rapidement, il devient bagueur pour le compte du CRMMO (Centre de recherche sur la migration des mammifères et oiseaux) du muséum. Mieux, il est nommé formateur de bagueurs et intègre le Muséum national d'histoire naturelle, qui le conduit à s'investir dans la recherche, bien sûr, mais aussi dans l'enseignement et la communication auprès du grand public. Guy Jarry figure aujourd'hui parmi les ornithologues qui ont le plus travaillé à la préservation de la biodiversité.

Guy Jarry partage ses impressions devant le plus grand rassemblement de rapaces insectivores jamais identifié, avec 70.000 individus, au Sénégal. Parmi eux, des faucons crécerellettes, qui font l'objet d'un programme de protection en Europe. © Nature Productions
De retour en France, certains faucons crécerellettes choisissent la Crau pour s’accoupler. © Philippe Pilard, DR

Des milliers de faucons crécerellettes à l'ombre des baobabs

En ce mois de janvier 2008, la tension est grande dans le 4 x 4 qui conduit trois ornithologues français vers ce qui pourrait être le plus grand dortoir de faucons crécerellettes au monde. Les oiseaux seront-ils au rendez-vous ? Sera-t-il possible d'apprécier l'organisation sociale du rassemblement et l'origine des rapaces ?

La tête figée dans le ciel, le faucon crécerellette pratique le vol stationnaire « Saint-Esprit » pour localiser ses proies. © G. Bentz, DR

Alors que le soleil décline, l'expédition arrive enfin face à « l'île au dortoir », dont un bras de fleuve protège l'accès. Il faudra attendre le lendemain pour traverser et rejoindre les faucons. Peu importe, dans le ciel rougissant, des centaines, des milliers de crécerellettes rejoignent les grands baobabs pour se poser. Guy Jarry vit cet instant comme un privilège. « C'est exceptionnel. Nous avons tant espéré cet instant sans oser y croire. Il y a là un formidable potentiel de recherche, mais aussi la nécessité de protéger le site. » Cette réflexion résume l'histoire du faucon crécerellette.

L'élanion naucler, cousin du faucon crécerellette, est également un insectivore. © Philippe Pilard, DR

Refuge pour l'élanion naucler

Ce petit rapace insectivore, qui vient notamment nidifier dans le sud de la France, figure sur la liste des espèces les plus menacées. Et pour cause : sa population a chuté de 90 % en un siècle à la suite de la modification de ses habitats, de l'intensification des pratiques agricoles ou de l'urbanisation. « Naturellement, il convenait de protéger le crécerellette chez nous, mais il était tout aussi important de suivre ses besoins lors des périodes d'hivernage en Afrique et, à ce propos, nous ne savions pas grand-chose », se rappelle Guy Jarry. C'est Philippe Pilard, chargé de mission par la LPO pour le suivi du faucon dans le cadre d'un programme européen Life, qui découvrira le pot aux roses. Informé par d'autres ornithologues qui ont aperçu le rapace au Sénégal, il part sur le terrain et finit par localiser le fameux dortoir. L'expédition d'aujourd'hui (qui est renouvelée chaque année) vise à en savoir plus. Durant la journée, le dortoir est abandonné par les oiseaux partis en chasse. Ils ne font que dormir ici en compagnie d'une autre espèce, l'élanion naucler. Guy Jarry arpente le sous-bois en quête d'indices. Des milliers de pelotes de réjection jonchent le sol. « Avec nos collègues, nous avons évalué que chaque faucon crécerellette mangeait environ 25 criquets par jour. Cela pourrait représenter deux millions par jour pour l'effectif du dortoir et 200 millions durant la période d'hivernage. »

Ce faucon crécerellette mâle a capturé une proie qu'il offrira peut-être à une femelle. © Philippe Pilard, DR

Le faucon crécerellette se révèle donc être un excellent auxiliaire agricole, en totale symbiose avec les écosystèmes. Matin et soir, les ornithologues se mettent en embuscade pour effectuer des comptages tout autour de l'île. Les chiffres donnent le vertige : plus de 55.000 rapaces insectivores se rassemblent ici durant la nuit. Le fascinant spectacle en viendrait à effacer les inquiétudes qui pèsent sur l'espèce. Ne pas se fier aux apparences : du côté de l'Aude, les équipes de la LPO s'emploient à éviter le pire. Pose de nichoirs, élevages de jeunes (notamment fournis grâce au Centre de soins de Millau) sensibilisation du public, réaménagement de l'habitat (avec le concours des chasseurs) participent au plan de sauvegarde« Seule la coopération internationale permettra de réussir. Et nous devons réussir », prédit Guy Jarry.

Pour aller plus loin

Mission rapaces - faucon crécerellette
62 rue Bargue
75015 Paris