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Sylvain Henriquet : vol au-dessus d’un nid de vautours

Dossier - Les héros de la biodiversité
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Observer, nourrir ou protéger : tel est le programme de ceux qui œuvrent à la préservation de la biodiversité en mer, à terre et dans les airs. Découvrez le quotidien et les actions menées par ces passionnés de nature en vidéo.

  
DossiersLes héros de la biodiversité
 

Ornithologie, mammalogie, odonatologie (étude des libellules), lépidoptérologie (étude des papillons) ou botanique... Tout le vivant l'attire. C'est ainsi qu'il suivra les faucons pèlerins savoyards ou recensera les oiseaux hivernants sur le lac du Bourget au sein du CORA Savoie.

Sylvain Henriquet est passionné par le vivant, et a étudié aussi bien les papillons que la botanique. © D. Chavy, DR

À la suite d'une maîtrise de biologie mention écologie, il réalise son service civil dans les Baronnies (Drôme) sur le programme de réintroduction du vautour fauve. Puis il suit la migration des oiseaux dans la vallée du Rhône et réalise une expertise écologique de zones humides en Savoie avant d'être chargé de mission « Vautours en Verdon » par la LPO Paca. Il devient ensuite responsable du programme de conservation et de réintroduction des vautours fauves et moines dans le Verdon.

Sylvain Henriquet œuvre à la santé des vautours réintroduits dans le Verdon grâce à lui et à la LPO. Tous ces animaux sont bagués et suivis régulièrement. © Nature Productions
C'est à partir de trois ans que les jeunes vautours sont relâchés pour fixer des colonies dans le Verdon. © C. Aussaguel, DR

Les vautours fauves, des Pyrénées aux gorges du Verdon

Sauf le respect que l'on doit à Lucky Luke, le vautour n'est pas cette bête sanguinaire qui précède le corbillard. Il est, avant tout, l'indispensable éboueur de la nature, mais aussi un remarquable danseur du ciel. Avec ses 2,7 mètres d'envergure et son œil de lynx (il voit un objet de 30 centimètres à plus de trois kilomètres), le grand rapace n'avait, en principe, pas à se soucier de l'avenir.

À la recherche de cadavres, le vautour fauve joue le rôle d’équarrisseur naturel. © C. Aussaguel, DR
La structure sociale du vautour fauve se dessine dans le cadre d'une colonie. © C. Aussaguel, DR

L'histoire s'écrira autrement. Victime de tirs, des trophées, du poison et de la réduction des grandes transhumances, il estompera sa silhouette du ciel au point que dans les années 1960, les vautours fauves ne compteront plus qu'une vingtaine de couples en France, dans les Pyrénées. L'acharnement de quelques naturalistes, dont les frères Terrasse, conduira à leur renaissance dans les montagnes méridionales. Peu à peu, l'espace caussenard sera à nouveau habité, de même que les Alpes, tandis que les Pyrénées renforceront leur population.

Le baguage permet d'identifier chaque individu et de déterminer le sexe de l'oiseau. © J. Burgun, DR

L'association Vautours en Haute-Provence poursuit la démarche en portant le projet de réintroduction dans les gorges du Verdon dès 1993 en partenariat avec l'Office national des forêts et le parc naturel régional du Verdon, puis la LPO Paca qui les rejoint et porte le projet en 2000. Au total, 91 vautours fauves seront réintroduits à Rougon (Alpes-de-Haute-Provence) de 1999 à 2004. Dès 2002, cinq couples de vautours fauves ont permis la naissance et l'envol de trois jeunes. « On sentait bien que nous pouvions réussir le pari », résume l'ornithologue, qui constate aujourd'hui la présence d'une cinquantaine de couples générant plus de 35 jeunes capables de voler de leurs propres ailes. Cet incontestable succès s'explique par la mise en œuvre de techniques bien expérimentées notamment par Sylvain Henriquet. « Nous avons récupéré de jeunes vautours issus de centres de soins espagnols et pyrénéens, et nous les avons maintenus en volière durant trois ans pour les libérer adultes, prêts à se reproduire. » Mais la LPO Paca (et ses partenaires) ne veut pas en rester là. Dès 2005, elle souhaite réintroduire un autre vautour, le moine. Soutenue par la Black Vulture Conservation Foundation, la Mission rapaces de la LPO, les associations Vautours en Baronnies et Vautours en Haute-Provence, ainsi que les centres de sauvegarde espagnols, certains zoos, le ministère de l'Écologie, l'Europe, la région Paca, le conseil général des Alpes-de-Haute-Provence et la Fondation Nature et Découvertes (que de monde !), l'opération prend corps.

Jusqu'à 2,8 m d'envergure, le vautour fauve est un roi de la glisse aérienne. © C. Aussaguel, DR

Les vautours pour la biodiversité, et pour le spectacle

Aujourd'hui, on parle d'Arnhem, Alcyone, Jean ou Roxane, et bien d'autres qui ont rejoint les vautours fauves. Depuis les deux premiers vautours moines relâchés en 2005, on en compte désormais une dizaine, auxquels il faut ajouter tous les visiteurs attirés par les lieux. Il faut dire que le Verdon s'y prête. Non seulement, les gorges offrent aux grands rapaces d'immenses falaises propices pour nicher, des courants aériens pour des vols majestueux, mais aussi de nombreuses ressources alimentaires au travers de l'élevage ovin de montagne et des ongulés sauvages. Sylvain Henriquet et ses collègues travaillent à reconstituer le lien ancestral entre vautours et pastoralisme. Michel Facchin, maire de Rougon, s'en réjouit. « Non seulement le retour des vautours sert la biodiversité, mais il offre un merveilleux spectacle à nos touristes. »

Pour aller plus loin

Sylvain Henriquet est responsable du programme Vautours à la LPO.