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Et une forêt tropicale bien complexe ... et compliquée ...

Dossier - La forêt tropicale et sa biodiversité
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La première découverte de forêts tropicales et dont il reste des traces écrites est une narration qui a plus de 2000 ans. En 327 avant JC, les troupes d’Alexandre le Grand franchissent la célèbre Khyber Pass (entre Afghanistan et Pakistan), débouchent dans le Punjab, et continuent jusqu’aux rives aval de l’Indus. Des textes relatent des mangroves et des marais boisés, des manguiers, des bananiers, et des banyans. D’ailleurs, le mot « jungle », qui fait allusion a une forêt lianeuse et buissonnante de pénétration difficile, est dérivé de l’Hindi « jangal ».

  
DossiersLa forêt tropicale et sa biodiversité
 

En plus du nombre élevé d'espèces d'arbres par hectare ou par km2, il faut dire un mot de la multi-stratification de la canopée.

Bien que très simpliste et réducteur, l'examen des strates de végétation selon l'axe vertical permet d'aborder l'énorme complexité d'une forêt tropicale. Certes, la forêt est dynamique avec des taches de différents âges du cycle de croissance, mais néammoins la notion de strates ou couches superposées est utile.

Une forêt tempérée, européenne ou nord-américaine, ne renferme que 3 strates : herbacées, buissons bas, et une seule couche d'arbres. La plupart des forêts tropicales contiennent 2 à 4 couches d'arbres, en plus des buissons et des herbacées. D'ailleurs, il apparaît, de façon très simpliste, que différents taxons d'arbres mâturent à différentes hauteurs :

- la plupart des Ebenaceae et Euphorbiaceae sont de petits arbres ;
- la plupart des Lecythidaceae, Burseraceae et Sapotaceae sont de grands  arbres
- la plupart des émergents sont des Leguminosae et des Dipterocarpaceae.

Une forêt tropicale humide contient plusieurs couches d’arbres, ou plutôt plusieurs strates de végétation. Cette complexité multiplie les niches écologiques exploitables par les animaux, et donc permet la coexistence d’une énorme biodiversité. © François Catzeflis

La complexité végétale de la forêt tropicale est entretenue perpétuellement par les chutes d'arbres, qui créent des chablis ou « forest canopy gap » à raison de 1% de la surface par an. Un vieil arbre tombant entraîne entre 3 et 10 autres arbres dans sa chute, et cette ouverture de la canopée amène la lumière abondante au sol, et la repousse rapide d'espèces pionnières.

En fait, le dynamisme de la forêt amène un patchwork d'ages du peuplement, avec tous les stades intermédiaires entre le jeune recru secondaire et la forêt primaire mature.

Parmi les rongeurs endémiques sud-américains, la famille des Echimyidae renferme de magnifiques « rats arboricoles ». Ici, Echimys chrysurus, le plus grand des 4 rats arboricoles rencontrés en Guyane française. Ce rongeur se nourrit principalement de jeunes feuilles et de bourgeons, et sa dentition (molaire) rappelle celle des éléphants. © Simon Fellous, avec accord donné a Francois Catzeflis

C'est cette « multiplication des niches disponibles » qui entraîne par endroits une biodiversité animale qui est est spectaculaire. Trois exemples :

1) en un site amazonien d'Equateur, 81 espèces d'Amphibiens, soit autant que pour tous les Etats-Unis ;
2) sur un arbre en Amazonie péruvienne, E. D. Wilson a recueilli 43 espèces de fourmis, autant que la biodiversité de toute la Grande Bretagne
3) sur 200 m d'un petit cours d'eau (largeur 2m), affluent du fleuve Mana en Guyane, on a dénombré plus de 70 espèces de poissons, soit l'équivalent de toute la faune piscicole (81 espèces) de métropole française.