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Hibernation et migration : le cycle de vie de la chauve-souris

Dossier - Chauve-souris : à la découverte d'un animal fabuleux
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Les chauves-souris font partie des mammifères placentaires. À la fois mythiques et mystérieuses, objets de peur ou signes de bonheur, les chauves-souris forment un monde que nous allons tenter de parcourir au long de ces quelques pages.

  
DossiersChauve-souris : à la découverte d'un animal fabuleux
 

L'hiver les chauves-souris de chez nous hibernent, en général, mais certaines migrent. Elles recherchent un endroit à l'abri - grottes, tunnels, granges - à température assez constante, basse mais pas trop, hors gel en principe, à taux d'humidité constant pour maintenir en bon état leur membrane alaire.

Pipistrellus pipistrellus. © Gilles San Martin, CC by-sa 2.0

Elles vivent alors sur les réserves accumulées pendant l'été (jusqu'au 1/3 de leur poids) durant les trois à cinq mois de l'hibernation qui se déroule au même endroit d'une année à l'autre.

Comment survivre en hiver ?

Il n'y a pas d'insectes en hiver et il faut bien trouver une manière de survivre ! Les mitochondries de la graisse des chauves-souris sont très grandes, elles mesurent jusqu'à cinq micromètres, ce qui est considérable par rapport à la taille de la cellule mais ce qui montre bien l'importance du métabolisme des graisses dans la survie de l'animal. Toutes les fonctions sont presque arrêtées sauf la respiration (une toutes les trois minutes !), le cœur et le métabolisme des graisses. La température du corps est de quelques degrés de plus que celle de la grotte et on peut voir des chauves-souris recouvertes de givre en hiver.

Gouffre dans le Jura. © C. König, tous droits réservés

Elles peuvent se réveiller de temps en temps pendant la mauvaise saison. Ceci demande beaucoup d'énergie puisqu'il faut remonter la température et remettre en service un métabolisme très rapide (remonter le cœur de 10 battements par minutes à 400 !), si bien que les dérangements, même peu fréquents, peuvent mettre leur vie en danger en épuisant les ressources de l'animal. D'où la nécessité de protéger l'hibernation (ce qui ne servirait pas à grand-chose si on continue avec les insecticides et que les chauves-souris ne puissent plus s'alimenter convenablement l'été !)

En mars-avril, elles se déplacent vers leurs quartiers d'été où elles pourront trouver de la nourriture et mettre bas.

Dès la fin mai et en juin selon les espèces, fécondation, gestation et mise bas se succèdent, les femelles étant regroupées en colonies de reproduction et d'élevage, les mâles vivant isolés. Les nurseries sont des endroits privilégiés qui obéissent à des critères édaphiques et climatologiques déterminés, chaleur, ventilation, humidité qui sont d'ailleurs assez différents suivant les espèces.

Arbres à Murins Daubenton. © C. König, tous droits réservés

Un exemple de colonie de reproduction de Murins de Daubenton dans cet arbre creux de la forêt de Dorigny (Suisse). On voit le trou d'envol et les traces de guano. Cet arbre a un signe rouge de chauve-souris indiquant aux forestiers qu'il est habité par des chauves-souris et donc qu'il ne faut pas l'abattre. Les Murins de Daubenton, qui habitent cet arbre, chassent beaucoup sur le lac Léman la nuit. Mais les colonies de reproduction peuvent être très importantes et comporter plusieurs centaines d'individus (voir paragraphe protection, l'église d'Eysins).

La plupart des chauves-souris mettent au monde un seul petit par an

La femelle donne naissance à un seul petit, nu, qui tombe dans l'uropatagium, et qui peut peser près du tiers du poids de la mère. À huit jours, il ouvre les yeux et les dents poussent vers le dixième jour. En deux semaines une sérotine passe de 4 à 10 grammes. Le petit vit accroché à sa mère, à l'envers de celle-ci (photo d'un petit Petit Rhinolophe et de sa mère ci-dessous). Chez d'autres espèces, les petits restent accrochés au plafond et les mères les reconnaissent aux sons qu'ils émettent, une colonie de reproduction n'est pas silencieuse du tout.

Petit Rhinolophe mère et petit. © C. König, tous droits réservés

Les chauves-souris sont des mammifères donc vivipares et allaitant leur petit (un, très rarement deux par année). Pour donner un ordre de grandeur, une mère qui pèse cinq grammes met au monde un petit qui pèse plus d'un gramme et le nourrit d'un gramme de lait par jour, ce qui, pour une femme de 60 kg, représente un petit de 15 kg avec 15 kg de lait par jour ! Mais le métabolisme n'est pas le même !

Cette faible fécondité peut s'expliquer par le fait que les chauves-souris sont très spécialisées et ont relativement peu d'ennemis. D'autre part, leur mode de vie particulier ne leur permet pas d'élever plusieurs petits.

Pipistrelle commune juvénile. © C. König, tous droits réservés

Les jeunes se dispersent en été

Septembre est la période d'accouplement : attention, la fécondation est différée et n'a lieu que fin mai l'année suivante pour la plupart des espèces. Il y a très peu d'espèce à fécondation différée (le chevreuil en est une) et on ne sait pas très bien comment ça se passe au niveau de la survie des spermatozoïdes qui sont stockés dans les voies génitales de la femelle fermées par un bouchon cireux.

Il n'y a pas de différences très visibles entre mâles et femelles chez nos chauves-souris françaises.

Noctule, derrière un volet. © C. König, tous droits réservés

Cette Noctule commune vient du Nord et s'abrite derrière ce volet. Il s'agit d'un mâle et c'est de là qu'il va crier (chant ?!) pour trouver une femelle. Cet abri est un abri temporaire.

Dès le mois d'octobre et suivant la météo, elles regagnent leurs quartiers d'hiver et il arrive, sur la côte Atlantique que les hivers doux n'obligent pas les chauves-souris à hiberner même si elles se mettent « en dormance » pendant les deux ou trois semaines de froid.

À la même période, certaines chauves-souris effectuent des déplacements plus ou moins longs. La Noctule et la Pipistrelle de Nathusius se déplacent, par exemple, de la Pologne dans la région du Lac Léman pour passer l'hiver dans des conditions moins dures. Ceci représente tout de même un voyage de plus de 1.000 kilomètres ! D'autres effectuent des migrations moins importantes comme le Grand murin qui passe l'été en Valais et hiverne dans la région de Valence.

Mais, dans l'aire de répartition d'une espèce, il peut y avoir des différences de comportement : les populations d'une espèce vivant au nord se déplaceront plus que les populations de la même espèce vivant plus au sud.