Santé

Grossesse : la caféine ralentit la migration neuronale… chez la souris

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Chez la souris, la prise de café au cours de la gestation aurait des conséquences néfastes sur le développement du cerveau des petits. Selon des chercheurs français, ce phénomène serait dû à un ralentissement de la migration des neurones.

Une étude récente suggère à nouveau que café et grossesse ne font pas bon ménage, du moins chez la souris. Les autorités sanitaires préconisent aux femmes enceintes de ne pas dépasser trois tasses de café par jour. © Mulia, Flickr, cc by nc nd 2.0

Voilà le retour d'un serpent de mer. Les femmes enceintes doivent-elles éviter de boire du café ? La question est à nouveau posée par des scientifiques de l'Inserm. Dans leur étude, publiée dans la revue Science Translational Medicine, ils montrent que la consommation régulière de caféine pendant la grossesse affecte le développement du cerveau chez la souris.

Les chercheurs ont utilisé des souris enceintes comme modèle et leur ont quotidiennement fait boire du café pendant toute la durée de la gestation (19 à 20 jours). Selon eux, la dose administrée correspond à l'équivalent de deux à trois tasses par jours chez l'Homme. Leurs résultats sont plutôt inquiétants. En effet, les souriceaux ayant consommé du café in utero sont beaucoup plus sensibles aux crises d’épilepsie que les autres. D'autre part, une fois devenus adultes, ils présentent d'importants problèmes de mémoire spatiale, ce qui se caractérise par des difficultés à se repérer dans leur environnement.

Lors du développement embryonnaire, certaines cellules sont fabriquées dans des zones spécialisées et migrent ensuite vers les régions où elles vont travailler. Ce phénomène est appelé migration neuronale. Chez les souris, la consommation de café in utero réduit la vitesse de déplacement de ces cellules. © juliennd, Flickr, cc by nc sa 2.0

Les souriceaux exposés à la caféine plus sensibles à l’épilepsie

Comment la caféine affecte-t-elle le cerveau des souris au cours du développement embryonnaire ? Les chercheurs ont émis l'hypothèse qu'elle interférait avec la migration des cellules nerveuses. En effet, certaines cellules naissent dans des régions cérébrales spécifiques, puis se déplacent vers celles où elles devront fonctionner. Ce phénomène, appelé migration neuronale, est essentiel à l'activité cérébrale.

Les chercheurs ont vu juste. Ils ont en effet montré que la caféine se liait à un récepteur cellulaire du cerveau appelé A2AR. Cette fixation ralentirait la vitesse de déplacement des cellules, qui arriveraient alors plus tard que prévu à l'endroit où elles doivent travailler. Ce retard de migration se répercuterait ensuite tout au long du développement et entraînerait des effets néfastes sur le cerveau des souris. Les conséquences sont visibles dès la naissance (excitabilité cellulaire et sensibilité aux crises d'épilepsie), mais aussi à l'âge adulte (perte de neurones et problèmes de mémoire).

Selon Christophe Bernard, le directeur de l'étude, ces résultats doivent être pris avec des pincettes. En effet, il peut être difficile d'extrapoler des données des souris vers l'Homme, compte tenu des différences de développement et de maturation entre ces deux espèces. Dans le Programme national nutrition santé (PNNS), les autorités sanitaires préconisent aux femmes de modérer leur apport en caféine au cours de la grossesse, et de limiter la consommation de café à trois tasses par jour.

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