Le cas des crapauds de L'Aquila, en Italie, a de quoi intriguer. À 70 kilomètres de la ville de L'Aquila, se trouve un lac connu pour être un lieu de reproduction intense de Bufo bufo, le crapaud communcrapaud commun le plus répandu en Europe. Ces animaux ont pourtant déserté le site cinq jours avant le séismeséisme de L'Aquila. Pourquoi ?

<em>Bufo Bufo</em> le crapaud commun le plus répandu en Europe. © Miniformat65 CCO

Bufo Bufo le crapaud commun le plus répandu en Europe. © Miniformat65 CCO

Après avoir hiberné d'octobre à mars, ces populations sortent en général à la fin mars et se reproduisent pendant plusieurs semaines. Hasard du calendrier : en avril 2009, une équipe britannique de l'Open University, dirigée par la biologiste Rachel Grant, était en train de mener une étude sur ces batraciensbatraciens.

Le séisme de L'Aquila

Commencée le 1er avril, cette étude révèle des résultats pour le moins étonnants. Cinq jours avant le tremblement de terre qui a frappé L’Aquila le 6 avril à 3 h 30 heure locale, les crapauds mâles ont commencé à déserter leurs sites de reproduction, et leur nombre s'est brutalement réduit de 96 %.

Un comportement totalement inhabituel, car normalement, une fois sortis pour se reproduire, ces crapauds restent actifs jusqu'à ce que la saisonsaison des amours soit terminée. Deux jours plus tard, le nombre d'accouplementsaccouplements est tombé à zéro. Que s'est-il passé ? Et quels types de changements environnementaux ces crapauds ont-ils pu sentir ? Les hypothèses sont nombreuses.

Deux crapauds communs (<em>Bufo bufo</em>) copulant durant la période de migration, dans le parc national de Peneta-Gerês, au Portugal. © Janekpfeifer, cc by sa 3.0

Deux crapauds communs (Bufo bufo) copulant durant la période de migration, dans le parc national de Peneta-Gerês, au Portugal. © Janekpfeifer, cc by sa 3.0

Comprendre le départ des crapauds de L'Aquila

Dans les jours qui ont précédé le séisme, la température à 15 kilomètres de la frayèrefrayère a brutalement chuté de près de 10 °C. Pourquoi ? Difficile à dire. Toujours est-il que cette seule anomalieanomalie thermique pourrait expliquer le départ des batraciens.

D'autres explications tiennent à la possible émanation de gazgaz et de particules. Selon Friedemann Freund, géophysicien allemand de la NasaNasa qui s'est intéressé de près à l'étude, les roches de la croûte terrestrecroûte terrestre, « stressées » par les variations de contraintes qui précèdent un séisme, relâchent des particules chargées qui réagissent avec l'airair quand elles atteignent la surface de la TerreTerre. Or, ces particules dans l'air sont réputées donner mal à la tête, créer des nausées et augmenter le niveau de sérotoninesérotonine, une hormonehormone du stressstress. Ces particules pourraient aussi intervenir dans les propriétés de l'eau du lac, en la transformant en peroxyde d'hydrogèneperoxyde d'hydrogène, une substance toxique pour les animaux aquatiques. Incommodés, les animaux auraient tout simplement fait leurs bagages...

Le cas des crapauds de L'Aquila ne prouve pas le lien de causalité entre l'imminence du séisme et le comportement animal, mais il a l'avantage d'avoir été étudié en détail, in situ, au moment des faits. Pour la première fois, on a assisté, en temps réel, à un comportement inhabituel des animaux en l'observant, en le consignant et en quantifiant jour après jour le nombre des individus restant sur la frayère. Une avancée scientifique intéressante qui ne justifie toutefois pas de mettre un crapaud en bocal sur son bureau !