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Le port de Rouen

Dossier - Voyage en Haute-Normandie
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La Haute Normandie partez à la découverte du port de Rouen, entre histoire et avant-garde, les orgues de la cathédrale d’Evreux, un monument acoustique, et la craie, qui, elle, est rare… même si, en France, on en a beaucoup !

  
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Rouen est un port de mer, un port de rivière...c'est encore un port de terre, ce n'est pas si fréquent, il en résulte des contraintes importantes pour les divers aménagements de la structure mais aussi un formidable potentiel de dynamisme pour la région. En plus c'est un très vieux port...

Le port de Rouen. © gasdub, Flickr, CC by-nc 2.0

Le port de Rouen s'étend sur tout l'estuaire de la Seine, Honfleur, Port Jérôme, Radicatel et Rouen. Sur le plan historique, c'est naturellement Rouen qui fait référence.


Port de Rouen © Google

Un acteur majeur du monde maritime : le Port de Rouen accueille 4000 navires et traite plus de 20 millions de tonnes de marchandises par an. En constante évolution, il accueille tous les types de navires : porte-conteneurs, pétroliers, vraquiers, paquebots, barges ...

C'est le premier port européen pour l'exportation de céréales et le premier port français pour l'exportation de farines, l'agroalimentaire et l'agro-industrie, les engrais, les produits papetiers, le groupage de marchandises sur les axes Nord-Sud, soit 20 000 conteneurs par an - sur l'Afrique de l'Ouest, les pays de l'Océan Indien, les Antilles et la Guyane. C'est aussi le deuxième port français pour le sucre.
 
Rouen produit 50 % de la richesse française : 35 millions de consommateurs vivent dans un rayon de 250 kilomètres. Il y transite 50 % du commerce extérieur français. Le port assure une cinquantaine de lignes régulières, à l'import comme à l'export, mille escales par an à Rouen.

La Basse Seine (le Havre, Rouen et Paris) est capable d'assurer la desserte de toute zone géographique par son port maritime, la voie fluviale au gabarit de 5 000 t sur 500 km, de la mer jusqu'en amont de Paris, la voie ferrée connectée au réseau européen, trains blocs et trains complets, plate-forme de transbordement rail/route, les autoroutes et les aéroports IATA et de Paris. Lire sur notre site le dossier "A la découverte de l’estuaire de la Seine".

Le Pont Guillaume le Conquérant marque la limite amont pour les navires de mer.

A - Le sixième pont de Rouen

Géographie du pont Gustave Flaubert

L'ouvrage de franchissement de la Seine a un caractère exceptionnel par ses dimensions et ses caractéristiques techniques. Il doit pouvoir libérer un gabarit de 55 m de hauteur sur une portée biaise de 100 m. La longueur totale de l'ouvrage avec ses viaducs d'accès sur les deux rives est de 670 m. Le pont se lèvera une trentaine de fois par an. Lors de ces levages, une signalisation dynamique indiquera aux usagers l'itinéraire à emprunter.

Enquête publique mars 2000
Déclaration d'utilité publique 2001
Travaux préparatoires 2002
Travaux 2003 à 2007
Mise en service Fin 2007


Pont Guillaume le Conquérant Image de synthèse : Société OKTAL (Toulouse)

L'ouvrage de franchissement de la Seine a un caractère exceptionnel par ses dimensions et ses caractéristiques techniques. Il doit pouvoir libérer un gabarit de 55 m de hauteur sur une portée biaise de 100 m. La longueur totale de l'ouvrage avec ses viaducs d'accès sur les deux rives est de 670 m. Le pont se lèvera une trentaine de fois par an. Lors de ces levages, une signalisation dynamique indiquera aux usagers l'itinéraire à emprunter.

B - Situation des voies d’eau en France

 
A la fin du siècle dernier la France avait des canaux utilisables et modernes. Les Pays Bas, la Belgique et l'Allemagne ont toujours modernisé leurs réseaux et ils ont un système de transport fluvial moderne accueillant des convois de 3 à 5000 tonnes soit 15 fois plus qu'auparavant.L'Allemagne a inauguré la liaison à grand gabarit Rhin - Danube.
La France, elle, n'a toujours pas terminé sa politique de modernisation des transports fluviaux et perd des marchés pendant que des milliers de camions sillonnent ses routes !

Il n'existe, en France, aucune uniformité du réseau fluvial, les bateaux ne peuvent naviguer d'un bassin à un autre. Les quelques voies à grand gabarit sont les suivantes:

- Valencienne-Dunkerque
- La Seine avec une partie de l'Oise
- Le Rhône en aval de Lyon
- La Moselle à partir de Nancy
- Le Rhin

Le trafic se porte vers les voies modernes à grande capacité de transport. En France les 1850 km de voies à grand gabarit assurent 80% des transports marchandises : c'est la raison du déclin du fluvial en France. Le réseau en France est de 6850 km de voies d'eau comportant canaux, fleuves et rivières navigables divisé en 7 classes. Voici, en France toujours, la répartition du fret par mode (en T/Km)

  • Rail 26% (plus grande distance)
  • Fluvial 3,7%
  • Route 58,8 %
  • Oléoduc 11,6%

Il faut savoir que le transport fluvial est le mode le plus économique : sur le Rhin, par exemple, les coûts sont de 4 à 6 centimes la T/Km, on est loin des prix de la route...L'essentiel du marché du transport fluvial rentable est constitué par le transport de produits pondéreux en vrac. Les produits les plus couramment transportés sont :
- sable, ciments, graviers...
- blé, orge, maïs...
- fioul lourd, combustible minéraux, charbon...

Les avantages des voies à grand gabarit :

  • 1 - Soulager le réseau autoroutier à saturation.
  • 2 - Le coût des infrastructures pour la collectivité est très faible par rapport au coût total du transport.
  • 3 - Le coût du transport fluvial est le plus économique des transports.
  • 4 - Le coût social aussi.
  • 5 - La sécurité est maximale
  • 6 - Le fluvial permet le transport de colis lourds et très grands ( Airbus !)
  • 7 - L'économie de carburant est importante (huit fois plus faible que le routier). Un convoi poussé = 4 trains et 220 camions!
  • 8 - Discret, sans bruit, il ne porte pas atteinte à l'environnement.
  • 9 - La voie d'eau est le prolongement naturel du transport maritime.
C - Le bassin de la Seine (d'après le Ministère des transports)


Bassin de la Seine

Il comprend la Seine et ses affluents : l'Oise, la Marne et l'Yonne. Il s'étend sur 17 départements et 5 régions (Ile-de-France, Picardie, Champagne-Ardenne, Bourgogne et Haute-Normandie).


La Seine à Rouen, Monet

Le bassin de la Seine s'étend sur 1367 km de voies navigables et ce sont plus de 27 millions de tonnes de marchandises qui ont été transportées par voie fluviale sur le bassin de la Seine en 2005, ce qui aurait nécessité l'usage de 1 350 000 camions de 20 tonnes ! La circonscription du Port de Rouen s'étend sur tout l'estuaire de la Seine, depuis Honfleur en rive gauche et Port Jérôme / Radicatel en rive droite jusqu'à Rouen. Sur le plan historique, c'est naturellement Rouen qui fait référence. Il sera néanmoins important de signaler la naissance des sites de Honfleur et de Port Jérôme.

D - Le projet Seine-Nord Europe (d'après des documents du Conseil général de la Somme)

Il consiste à construire un canal à grand gabarit reliant le bassin de la Seine et de l'Oise au bassin du Nord de la France et au-delà à l'Europe du Nord. Ce canal constitue le maillon manquant de la liaison européenne à grand gabarit Seine-Escaut : canal à creuser, donc, de Janville, au nord de Compiègne, à Arleux près de Cambrai où il rejoindra celui de Dunkerque-Escaut. Mise en service devrait se faire au mieux à l'horizon 2014/2015 !

La péniche et surtout le convoi poussé seraient de 2 à 7 fois moins cher que la route et 6 fois moins que le rail. Les atouts de la voie d'eau (fiabilité, sûreté et sécurité...) en font un mode particulièrement performant pour tous les types de marchandises.


Projet Seine-Nord Europe

Caractéristiques du projet Seine-Escaut :

- Ce canal Seine-Nord pourra accueillir des convois de 4 400 tonnes et 3 niveaux superposés de conteneurs (hauteur d'eau 4,5 m).
- L'emprise au sol sera de 100 à 150m de large (canal et abords)
- Longueur : 105 km, de Janville (au nord de Compiègne) jusqu'au canal
- Dunkerque-Escaut (à l'est d'Arleux, près de Cambrai)
- Largeur du canal en surface : 54 m
- Hauteur d'eau : 4,5 m
- Hauteur libre sous les ponts : 7 m
- Avec 6 à 10 écluses de
- Longueur : 190 m
- Largeur : au moins 12 m
- Hauteur : entre 15 et 25 m

E - Rouen, petite histoire d'un grand port (d'après des documents du Port de Rouen)

Vers 50 avant JC, Strabon précise que Rouen, port maritime et fluvial, il y a 2000 ans, constitue un grand foyer de relations maritimes avec l'Angleterre : «On peut remonter le Rhône fort loin et transporter ainsi les marchandises en différents endroits, car la Saône et le Doubs, qui sont des rivières navigables et propres à porter de grosses charges, se jettent dans le Rhône. Depuis la Saône jusqu'à la Seine, on voiture les marchandises par terre. C'est en descendant cette rivière qu'on les transporte dans le pays des Lexoviens et des Calètes, et de là, par l'Océan, en moins d'un jour, dans la Bretagne».
Départ avec le marbre d'Italie, les vins de Provence, l'huile d'olive d'Espagne et retour avec l'étain, le plomb, l'ambre, la laine... 

En 779, Charlemagne supprime la taxe sur les frets de navires venant à Rouen. Rouen connaît alors une période de prospérité et, sur la monnaie de Rouen figure un vaisseau. Mais les vikings remontent la Seine...

A partir du règne de Guillaume le Conquérant, Rouen devient capitale des Ducs de Normandie et dispose d'un port particulier à Londres. Guillaume le Conquérant crée le port de Honfleur au milieu du XIème siècle
Pendant la guerre de Cent Ans, les Anglais occupent Rouen (1418 - 1449) : ils y brûlent Jeanne d'Arc (1431).


Port de Rouen au Moyen Age

Du XVème au XVIIIème siècle, Rouen (40 000 hab) commerce avec les Antilles, le Canada et les Pays-Bas, domine la compagnie du Sénégal. Cette période, au cours de laquelle sont apparus les voyages océaniques, voit l'apparition du " navire " à trois mâts, succédant à la " nef " médiévale à mât unique. Les régions bordant l'Atlantique connaissent un bouleversement dans les méthodes de construction avec le passage d'une construction à clin, d'origine scandinave, à une construction à franc-bord d'origine méditerranéenne ce qui donne naissance à une tradition " ibéro-atlantique ".


Port de Rouen au XVIIIème
 
Les difficultés de la navigation sur la Seine à l'époque :

Le commerce maritime normand repose sur les ports de l'estuaire de la Seine, de Rouen à Honfleur. La navigation impose une limite de 180 tonneaux, tonnage rarement atteint ; même des navires capables de remonter le fleuve déchargent avant, en raison des dangers de la navigation et de la longueur du trajet jusqu'à Rouen. Aussi, une véritable marine de l'estuaire se constitue avec heux et allèges, deux bâtiments que leurs caractéristiques rendent bien adaptés à la navigation dans ce milieu difficile :
- les marées changent de sens 4 fois par jour (6 heures pour atteindre Rouen)
- le mascaret : spectaculaire mais très dangereux à chaque équinoxe.
- la largeur  de la 2 à 3 km selon les endroits
- les bancs de sables constituaient un danger permanent
- certaines sections n'offrent pas assez de profondeur
- il y avait 18 îles entre Rouen et la mer
- la brume à une époque sans radar
- les crues détruisaient les rives et rendaient le chenal invisible

Au XVIIIème siècle, les tirants d'eau ont augmenté, et c'est grâce à Lamartine, d'Arago et Victor que Rouen peut encore accueillir des grands navires de mer.

Le discours de Lamartine:Il est impossible que la France s'arrête à une telle difficulté. On vous dit : vous luttez avec la nature ! La nature sera plus forte que vous, Messieurs une pensée contraire et plus vraie a soulevé mon âme en entendant cette assertion. Lutter avec la nature mais c'est l'homme tout entier. C'est la vie humaine. C'est la vie des nations ! Ce grain de foi avec lequel dans les Livres Saints, on nous dit que nous soulevons les montagnes, qu'est-il autre chose, que l'intelligence assistant la science, appliquant la volonté, la persévérance humaine à dompter la création.
Vous avez à faire une expérience de deux ou trois millions. Qui pourrait vous affirmer que cette expérience ne sera pas heureuse ? Personne. Mais, vous pouvez affirmer qu'elle sera profondément utile. Faites-la donc, et quand elle ne réussirait pas, les illusions -si vous voulez- d'amélioration et de prospérité de cette grande cité de Rouen, de cinq millions de populations riveraines et de tous vos ports de mer en rapport avec Rouen, ne serait-ce pas un motif suffisant pour la tenter. Mais je dis plus. Quand cette expérience n'aurait pour résultat même en échouant, que d'arracher enfin son secret au fleuve, son secret à la marée, son mystère à la navigation maritime de la Seine, oui, quand elle n'aurait pour résultat que d'arracher le oui ou le non définitif à la nature, sur la possibilité ou l'impossibilité de prolonger de cent vingt kilomètres la navigation française, ce oui ou ce non arrachés à la nature valent à eux seuls vos deux millions !"

Au XIXème siècle, l'accès à Rouen est difficile... la taille des navires augmente... le fleuve s'ensable... le chemin de fer arrive à Rouen en 1843... Le port est menacé...


Quai du Havre, Monet 1874

Au début du XXème siècle il vit principalement des importations de charbon anglais mais à la seconde guerre mondiale la quasi-totalité des installations portuaires est détruite. Décembre 1933 est le plus froid depuis 1890 et 1879. Caractérisée par sa longueur et sa persistance mais non par son intensité, cette vague de froid est due à des gelées permanentes et généralisées du 7 au 18 décembre -26° à Clermont-Ferrand, ce jour-là ! Il en va de même en janvier 1940.


Port de Rouen pris dans les glaces

La reconstruction fait de Rouen un port neuf, bien adapté et les installations portuaires se déplacent vers l'aval. Des progrès sont réalisés avec l'aménagement du nouveau chenal en 1960. Le trafic atteint 20 Mt en 1979. L'application du statut d'autonomie (1966) consacre le port de Rouen. La réforme nationale de la manutention en 1992, indispensable, redonne fiabilité et compétitivité à Rouen. 

Quelques évènements du port :

  • 1789 R. Fulton expérimente le Nautilus à Rouen
  • 1855 La Statue de la Liberté est embarquée à Rouen
  • 1876 C. Tellier assure le premier transport réfrigéré transatlantique
  • 1899 Le premier pont transbordeur français est construit à Rouen

En amont de Rouen commence la navigation fluviale, milieu clos dont les acteurs, ne se confondent pas avec ceux du commerce maritime. Leurs embarcations, à fond plat, un autre système architectural, sont spécifiquement adaptées aux conditions de navigation sur la Seine. La rivière accueille une grande variété d'embarcations, transport de passagers, de marchandises, pêche en Seine. La remontée des grands navires est facilitée par le halage au moyen d'attelages parfois importants.

F - Les vieux bateaux marchands de la Seine

Pour une documentation détaillée sur les bateaux de rivières et de canaux voir les travaux de François Baudoin, conservateur du Musée de Conflans Ste Honorine et spécialiste de la question depuis des dizaines d'années.

Le scute est un bateau très ancien de la façade atlantique. Le scute est ce petit bateau typiquement hollandais à coque renflée et à voile naviguait sur la Mer du Nord près des côtes et sur les fleuves : la Meuse et le Rhin par exemple.


Faïence de Maastricht. Scute flamand sur fond « bleu de Delft ».

Le scute a donné le foncet. Le foncet, bateau de la basse Seine, d' une capacité de charge équivalente à celle des grands navires de mer en usage en Normandie coexiste avec d'autres moins bien connus, dont la vrengue. Il a probablement donné la besogne : construite à clins elle possède un immense gouvernail, mesure 40 m et transporte 400 tonnes.


Besogne © Encyclopédie Diderot

La gribane évolue seulement sur l'estuaire de la Seine, mesure 22m et peut transporter 90 tonnes, on a fini par lui mettre des moteurs diesel.  Utilisée dès le Moyen-Age, la gribane était utilisée pour le bornage (de port en port). Elle pouvait accoster près des berges. Le chargement se faisait en ponté (sur le pont) et non dans la cale. Les gribanes étaient 150 sur la Seine au XIXème...

La gribane se trouve sur les armoiries de certaines familles dont cerains enfants ont émigré au Canada ! Et on retrouve des gribanes de l'autre côté de l'Atlantique ... sur des écus : « Le père et l'aïeul de l'ancêtre canadien étaient bateliers. Ils possédaient leur gribane et faisaient le transport de marchandises en la rivière de Seine. L'emploi de cette gribane au centre de l'écu veut rappeler le métier des ancêtres normands et également le seul moyen de transport utilisé de son vivant par l'ancêtre canadien quand il devait s'éloigner de ses terres ».


Gribane ( musée de Conflans Ste Honorine)

Le bateau picard, très présent sur la Seine est aussi issu de la besogne... ( voir à ce sujet le dossier sur la Baie de Somme)


Bateau picard

Pour aller plus loin
http://www.rouen.port.fr/FR/index.jsp
http://projetbabel.org/fluvial/besogne.htm
Les documents du Ministère de l'environnement
Les documents du Ministère de l'équipement
Le chasse marée : plusieurs numéros de la revue