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Les poussières

Dossier - La pollution atmosphérique
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La pollution atmosphérique augmente t-elle ? Quelles sont les effets des polluants sur l'homme ? Autant de questions auxquelles ce dossier tente de répondre.

  
DossiersLa pollution atmosphérique
 

Les poussières sont un mélange complexe de différentes substances de composition chimiques variées, plus ou moins potentiellement nocives.

La silicose des mineurs de charbon.© Hadonos, CC BY-SA 3.0

En milieu professionnel, bien des atteintes à la santé sont produites par inhalation de poussières diverses, entraînant des pathologies graves, souvent mortelles :

 la silicose des mineurs de charbon, des meuleurs de grès..., due à la silice
 l'asbestose, fibrose pulmonaire des travailleurs de l'amiante
 la sidérose des mineurs de fer, des soudeurs etc, une pneumoconiose (altération des poumons) due à l'inhalation d'oxydes de fer
 la pneumonie manganique due à l'inhalation d'oxydes de manganèse
 etc...


Les processus inflammatoires qui résultent souvent de l'empoussiérage des poumons -- comme dans le cas de la silicose ou de la sidérose -- favorisent les développements bactériens et viraux.

Dans l'environnement, l'exposition aux poussières est considérablement plus faible qu'en milieu professionnel. Les poussières comprennent des particules dues à l'activité humaine, surtout dans les villes, et des apports naturels produits par l'érosion des sols et transportés par les vents. Ces apports sont particulièrement visibles en Provence lorsque le sirocco amène, des déserts d'Afrique, de grandes quantités de poussières ocre-jaune. Les poussières dues à l'activité humaine sont les « fumées noires » produites par les foyers de combustion de charbon et de pétrole, et par les véhicules.

Ce sont les fumées noires (F.N.) qui sont prises en considération dans la pollution urbaine.

Les fumées noires sont essentiellement constituées de particules de carbone dont une petite part sont de diamètre inférieur à 2,5 microns (ou micromètre millionième de mètre, µm) et susceptibles de pénétrer dans les alvéoles pulmonaires. Les particules de carbone sont inertes et ne produisent pas de réactions inflammatoires. Cependant, par temps humide, les particules de carbone constituent des noyaux de condensation de la vapeur d'eau et peuvent ainsi transporter dans les poumons des polluants nocifs de l'atmosphère, par dissolution ou adsorption, notamment les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) dont certaines molécules sont cancérogènes et le SO2 qui s'oxyde en acide sulfurique (SO4 H2).

Des auteurs ont, depuis longtemps, admis un effet de synergie entre SO2 et fumées noires. Il s'agissait vraisemblablement dans ces études, de concentrations importantes en ces deux polluants, ou bien l'analyse statistique était insuffisante pour en séparer les effets sur la santé, car les concentrations en ces deux polluants sont généralement associées.

L'étude épidémiologique P.A.A.R.C ne met pas en évidence une action sur la santé des fumées noires dont les concentrations moyennes annuelles, dans cette étude, varient de 18 à 152 µg/m3

L'OMS, qui associe SO2 et fumées noires dans ses recommandations, estime que pour la protection de la santé publique, la teneur moyenne annuelle en F.N. ne doit pas dépasser 50 µg/m3 et 125 µg pour une période de 24 heures. La directive européenne prend ces mêmes chiffres comme « valeurs-guides » mais des concentrations plus élevées comme valeurs-limites : 80 µg en moyenne annuelle et 250 µg pour le « percentile 98 » des moyennes de 24 heures (autrement dit, la concentration moyenne des 7 jours les plus pollués de l'année ne doit pas dépasser 250 µg/m3).

Ces « valeurs limites » sont susceptibles d'être diminuées, au fur et à mesure que le progrès technique permet de réduire les émissions, l'objectif étant d'amener les concentrations atmosphériques à celles des « valeurs guides ».

La mesure des particules dans l'environnement n'est pas simple ; les résultats varient d'une façon importante suivant les techniques utilisées. Le choix des points de prélèvements a également une grande incidence sur l'évaluation de la concentration dans l'atmosphère. Près des lieux d'émission, il y a une grande quantité, en poids, de grosses particules. Celles-ci se déposent rapidement et seules, les particules de diamètre inférieur à 5 µm restent en suspension dans l'air et contribuent à la pollution de l'atmosphère.

C'est en milieu urbain que les concentrations en fumées noires sont les plus importantes mais actuellement, la moyenne annuelle de 50 µg par m3, (valeur recommandée par l'OMS et valeur-guide de la CEE) n'est jamais dépassée. Il en est de même pour le percentile 98 de 250 µg/m3 de la Directive CEE. Par contre, la moyenne journalière maximale de 125 µg/m3 (recommandation de l'OMS) est fréquemment dépassée.

Aux cours des années, la pollution particulaire a été nettement diminuée dans la plupart des villes française. A Paris, comme le montre la figure 4, en 30 ans, les concentrations en fumées noires ont été réduites d'environ deux fois. A Marseille, en 1965, la moyenne annuelle était de 159 µg/m3 ; elle est actuellement de l'ordre de 30 µg/m3, soit une diminution de près de six fois.

La réduction de la pollution par les particules est due, essentiellement, aux modifications des moyens de chauffage (remplacement du charbon et du fioul par le gaz et l'électricité...) et aussi par les améliorations apportées aux moteurs Diesel. Actuellement, selon la Directive CEE du 26 Juin 1991, la valeur limite d'émission de particules des véhicules est de 0,14 g par km ; cette valeur devrait prochainement être portée à 0,08 g par km. Des progrès restent cependant à faire en ce qui concerne les Diesel car l'augmentation du nombre de véhicules Diesel, poids lourds et véhicules légers, risque fort de compromettre une réduction ultérieure de la pollution par les particules.

Actuellement, environ la moitié des voitures construites en France sont des Diesel, dont Renault et Peugeot sont les principaux constructeurs, au plan mondial. Depuis quelques temps, on assiste à des campagnes de presse, relayées par la télévision, contre les véhicules Diesel. Certes, le Diesel a une forte responsabilité dans la pollution par les particules mais, en revanche, il émet beaucoup moins que les véhicules à essence, d'oxyde de carbone (CO) et d'hydrocarbures qui sont parmi les principaux polluants de l'atmosphère urbaine. Ces campagnes, basées sur la protection de la santé publiques permettent aux pouvoirs publics de justifier auprès de l'opinion, des augmentations de taxes sur les carburants et sur le gazole, en particulier.

Lors d'un colloque sur la pollution urbaine, auquel participait l'auteur de ces lignes, une journaliste de télévision, vitupérant contre la pollution due aux automobiles, déclarait qu'il fallait restreindre l'usage de la voiture en ville et, pour cela, augmenter considérablement les taxes sur les carburants de telle sorte que ce soit dissuasif pour utiliser sa voiture. Mais dissuasif pour qui ?... pour ceux qui ont les revenus les plus faibles ! Les taxes, en effet, accroissent les inégalités sociales et apportent une discrimination supplémentaire par l'argent.

Les campagnes médiatiques contre le Diesel (certains proposant même que le Diesel soit interdit en ville) ne sont pas sans conséquences économiques. Ainsi, au cours du 1er semestre de 1996, le nombre d'immatriculations de voitures a augmenté, en France, par rapport à l'année précédente. Mais c'est surtout les importations qui ont augmenté, cependant que la vente des Diesel des deux principaux constructeurs Renault et Peugeot a nettement diminué. Y a-t-il une relation de cause à effet ou s'agit-il d'une simple coïncidence ?

De grand progrès ont été réalisés sur le moteur Diesel mais il en reste à faire pour diminuer les émissions de particules afin d'améliorer la qualité de l'air. Le Diesel, qui a l'avantage d'un meilleur rendement énergétique que le moteur à essence, a sa place dans le parc automobile, ne serait ce que pour une utilisation rationnelle des produits pétroliers, pour un équilibre optimum entre l'industrie pétrolière et l'industrie de l'automobile.

Notons que l'abaissement prochain de la teneur en soufre du fioul domestique et du gazole, de 0,2 % à 0,05 %, devrait avoir pour conséquence une diminution de l'acidité des particules émises lors de la combustion de ces produits et, donc, une diminution de la nocivité potentielle des particules.