Hausse de la température des océans, élévation du niveau de la mer, accroissement de l’acidification des océans, recul de la banquise et des glaciers. Le dernier rapport de l’Organisation météorologique mondiale dresse, pour 2018, un triste état du climat. © cocoparisienne, Pixabay, Pixabay License

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Les impacts du réchauffement climatique s’accélèrent

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L'Organisation météorologique mondiale vient de publier son 25e rapport sur l'état du climat dans le monde. Ses conclusions : les impacts, tant physiques qu'économiques, du réchauffement climatique s'accélèrent. Pour Antonio Guterres, secrétaire général de l'ONU, « il n'est plus temps de tergiverser ».

Il y a quelques jours, un rapport publié par l'Agence internationale de l'énergie faisait un constat peu rassurant : dans le monde, les émissions de CO2 liées à l’énergie ont continué d'augmenter en 2018. Et le dernier rapport en date de l'Organisation météorologique mondiale (OMM) portant sur l'état du climat en 2018 n'est pas plus encourageant. Selon les experts, les niveaux record de gaz à effet de serre font grimper les températures à « des niveaux préoccupants ».

En 1993, le tout premier rapport de l'OMM notait un niveau de CO2 dans l'atmosphère de 357 parties par million (ppm). Il est passé à 405,5 ppm en 2017 et devrait encore augmenter dans les années à venir. Un état de fait qui impacte de plus en plus fortement les températures mondiales. Ainsi, 2018 a été la quatrième année la plus chaude jamais enregistrée avec des températures de 1 °C au-dessus des moyennes de la période 1850-1900.

Le rythme de l’élévation du niveau de la mer s’accélère

D'autres indicateurs sont également dans le rouge. En 2018, les océans ont battu des records de chaleur« pulvérisant ceux déjà établis en 2017 ». De quoi craindre pour la biodiversité marine. D'autant que l'acidification du milieu s'accélère aussi. Et toujours du côté des océans, le niveau de la mer a augmenté l'année dernière de 3,7 millimètres. Une hausse d'autant plus inquiétante que le rapport souligne une accélération de son rythme, la moyenne sur la période 1993-2018 s'affichant à 3,15 millimètres. Avec cette fois, essentiellement des craintes relatives aux populations qui vivent dans les zones côtières. Selon les experts, la cause est à chercher du côté des pertes de plus en plus importantes de masses glaciaires des inlandsis. Fin 2018, l'étendue des glaces de mer arctiques était proche des plus faibles jamais observées.

Lors d’une intervention sans concessions, prononcée à New York la semaine dernière, Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, a appelé les dirigeants du monde à venir au « Sommet sur l’action climatique » organisé en septembre prochain, « avec un plan et pas avec des discours ». © PublicDomainPictures, Pixabay, Pixabay License

Des conséquences pour les Hommes

Le rapport de l'OMM dresse aussi le bilan des impacts du réchauffement climatique sur le plan humain et économique. En 2018, près de 62 millions de personnes ont été victimes d'un évènement climatique extrême. Aux États-Unis, 14 catastrophes - parmi lesquelles les ouragans Florence et Michael - ont coûté chacune plus d'un milliard de dollars. Et en Europe, au Japon et aux États-Unis, les vagues de chaleur et les feux ont été à l'origine de plus de 1.600 morts.

« Nous observons déjà que de tels évènements météorologiques extrêmes se poursuivent en 2019. Le cyclone tropical Idai a provoqué des inondations dévastatrices au Mozambique, au Zimbabwe et au Malawi. Il pourrait s'agir de l'une des catastrophes climatiques les plus meurtrières ayant touché l'hémisphère Sud », alerte le secrétaire général de l'OMM, Petteri Taalas.

La faim dans le monde, qui semblait avoir durablement reculé, est repartie à la hausse. En 2017, ils étaient quelque 820 millions à souffrir de sous-alimentation. Notamment à cause des sécheresses liées au puissant phénomène El Niño de 2015/2016. Et ce sont plus de 2 millions de personnes qui se sont déplacées à l'intérieur de leur propre pays pour des raisons climatiques, la plupart du temps des inondations ou des sécheresses.

  • Le rapport de l’Organisation météorologique mondiale (OMM) portant sur l’état du climat en 2018 montre une accélération des impacts du réchauffement climatique.
  • Le rythme accru des pertes de masse glaciaire des inlandsis entraîne une accélération du rythme de l’élévation du niveau de la mer.
  • La durée moyenne des vagues de chaleur s’est allongée de 0,37 jour par rapport à la période 1986-2008.
  • Pour Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, « nous sommes très proches du point de non-retour ».
Pour en savoir plus

Réchauffement climatique : les conséquences seraient très sous-estimées

Plusieurs conséquences du réchauffement climatique en cours s'avèrent bien plus critiques que ce qui avait été prévu à l'origine, amenant les scientifiques à revoir l'évaluation des risques.

Article de Jean Etienne paru le 28/02/2009

« Aujourd'hui, nous devons admettre que les risques d'impacts négatifs liés au changement climatique sont plus élevés que ce qui avait été estimé il y a quelques années », affirme Hans-Martin Füssel, du Potsdam Institute of Climate Impact Research (PIK). Il est l'un des auteurs d'une publication (dans les Pnas) qui effectue une nouvelle analyse des données du Giec (Groupe intergouvernemental d'experts sur le climat). Un résumé est disponible dans un communiqué de l'université de Postdam.

Selon lui et les autres co-auteurs de cette publication, les risques s'accroîtraient de façon très significative, y compris au départ de petites augmentations de température des moyennes terrestres au-dessus du niveau de 1990. Cette hypothèse se base, entre autres, sur la constatation que de nombreux écosystèmes comme les récifs coralliens ou les glaciers se sont avérés beaucoup plus sensibles au réchauffement et à l'augmentation de la concentration de CO2 que ce qui avait été anticipé par le troisième rapport du GIEC en 2001.

La nouvelle estimation est basée sur une observation des impacts du réchauffement et une « meilleure compréhension » du système climatique. En outre, les régions, les secteurs et les populations affectées par ces changements ont été recensés avec plus de précision.

En conclusion, il est de plus en plus évident que même les plus légères augmentations de la température moyenne au-dessus des valeurs de 1990 peuvent dérégler le système climatique dans son ensemble avec le risque d'incidences très importantes s'étalant sur plusieurs siècles, comme la fonte accélérée des glaces du Groenland avec de multiples conséquences irréversibles sur l'environnement (réchauffement en cascade par réduction de l'effet d'albédo, injection d'eau douce dans la mer entraînant la suppression, voire l'inversion de courants marins, hausse du niveau océanique, etc.).

Photos du glacier Blomstrand (Spitzberg) en 1918 et de nos jours. © Greenpeace

Du travail pour la prochaine réunion de Copenhague

La recrudescence des ouragans, des incendies, les vagues successives de sécheresses et les canicules en nette augmentation depuis le début de la décennie entraînent déjà des dégâts et des pertes humaines bien plus importantes qu'au cours de périodes identiques lors du dernier siècle. « Si le risque est plus important, la nécessité de réduire les émissions de gaz à effet de serre est aussi plus grande, tout comme le besoin d'aider les régions les plus vulnérables dans le monde à faire face aux conséquences du changement climatique. Une telle approche est aussi une question de justice puisque nombre de pays émettant le moins de gaz à effet de serre sont aussi les plus faibles et les plus affectés », commente Hans-Martin Füssel.

Selon le rapport, il y a nécessité absolue de limiter le réchauffement climatique à deux degrés par rapport aux moyennes de 1990 sous peine de modifications climatiques graves et irréversibles. Stephen Schneider, climatologue à l'université de Stanford en Californie, co-auteur à la fois des rapports de 2001 et 2009, affirme qu'il serait dramatique que la conférence sur le changement climatique organisée par les Nations-Unies à Copenhague à la fin de cette année ne tienne pas compte de ces nouveaux paramètres.

Il y a seulement une semaine, Christopher Field, directeur du Department of Global Ecology de la Carnegie Institution de Washington, avait déclaré lors de la réunion annuelle de l'Association américaine pour le progrès de la science que l'augmentation des rejets de CO2 dans l'atmosphère était passée de 0,9 % par an dans les années 90 à 3,5 % par an depuis l'an 2000.

L'étude actuelle avait été précédée de deux autres, soulignant déjà la sous-estimation du risque climatique.

Fin janvier 2009, une étude de Susan Solomon, de la NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration), concluait que l'augmentation de la température de surface des océans, des précipitations et du niveau océanique ont déjà introduit des changements irréversibles qui ne pourront s'atténuer que mille ans après l'arrêt complet des émissions de CO2.

Le 14 février dernier, un rapport de la Carnegie Institution rédigé par Chris Field avertissait que l'accumulation beaucoup plus rapide que prévu des gaz à effet de serre dans l'atmosphère augmente le risque d'un changement climatique irréversible d'ici la fin du siècle.

Enfin, l'étude pour l'Année polaire internationale (API), menée sur le terrain en 2007 et 2008 par des milliers de scientifiques, et qui vient de se clôturer, a révélé que le réchauffement en Antarctique est « beaucoup plus étendu que prévu », tandis que les glaces arctiques se réduisent et que la fonte du dôme de glace du Groënland s'accélère.

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