Recul, dû au réchauffement climatique, du glacier Athabasca, Parc National de Jasper, Alberta, Ouest Canada © Alain Mazaud

Planète

Niveau des océans : vers une hausse de 6 mètres ?

ActualitéClassé sous :océanographie , science , hausse du niveau des océans

Les modèles du réchauffement climatique pourraient sous-estimer l'ampleur des changements à venir au-delà du XXIe siècle si l'on en croit une équipe internationale de climatologues dont certains sont membres du CNRS, de l'université de Bordeaux, de l'Université PSL, du CEA, et de l'UVSQ. La hausse du niveau des mers pourrait atteindre six mètres pendant plusieurs milliers d'années notamment.

Réchauffement : la mer monte sous l’œil des satellites du CLS  Le niveau des mers augmente à une vitesse moyenne de 3,3 mm par an et pourrait, selon certains experts, augmenter de plusieurs mètres dans un futur lointain. Afin de comprendre ce phénomène, CLS, une filière du Cnes, effectue par satellite de nombreuses observations que nous vous invitons à découvrir ici en vidéo. 

On sait bien qu'il ne faut pas confondre les simulations numériques sur supercalculateurs destinées à prédire la météo à plusieurs jours à l'avance et celles, plus spécifiques, destinées à prédire le climat sur des dizaines voire des milliers d'années. Par analogie, on ne peut pas calculer avec précision sur une grande durée de temps le comportement de plusieurs litres d'eau ou d'air à partir des mouvements des molécules qui les composent. Il existe, cependant, des lois macroscopiques, comme celle de la mécanique des fluides et de la thermodynamique, qui permettent de prédire sans problème et avec une bien moins grande quantité de calculs le comportement moyen simple de ces systèmes. Il suffit de penser à la loi des gaz parfaits ou aux équations de Navier-Stokes pour s'en convaincre.

Toutefois, les climatologues cherchant à mieux comprendre et prédire les conséquences et l'amplitude du réchauffement climatique en cours savent bien que leurs modèles ont forcément des limites et que les prédictions au-delà du XXIe siècle, bien que crédibles, méritent d'être assises sur des bases encore plus solides.

À part améliorer les modèles et augmenter la puissance des ordinateurs, il existe une autre méthode pour progresser dans cette direction : la paléoclimatologie. En effet, d'une certaine façon, et bien que les rythmes d'évolution aient été bien moins rapides que ceux causés par l'Humanité depuis environ un siècle, il est possible de trouver dans le passé de la Terre des traces d'un climat plus chaud et avec un taux de gaz carbonique plus élevé. Ce qui n'est pas sans rappeler l'évolution en cours de notre Planète et les prévisions des modèles climatiques pour la fin de ce siècle.

D'ici à 2100, tous les continents seront impactés par le réchauffement climatique. Suivez en animation les principales conséquences région par région, avec un focus sur deux phénomènes : El Niño et le Gulf Stream. © CEA Recherche

Six mètres de plus pour les océans avec 2 °C en plus

Rappelons que même si nous arrivions à limiter le réchauffement climatique global à 2 °C à la fin de ce siècle, le climat continuera quand même à changer au-delà, et probablement pendant des millénaires encore. En se basant sur les archives paléo-climatologiques portant sur les derniers 3,5 millions d'années, une équipe internationale de climatologues, dont certains sont français et membres, par exemple, du CEA, vient justement de publier dans Nature Geoscience les résultats de leurs travaux sur l'évolution du climat à long terme. Pendant ces 3,5 millions d'années, plusieurs intervalles de l'histoire de la Terre étaient de 0,5 à 2 °C plus chauds que l'époque pré-industrielle.

Il ressort des travaux des chercheurs que les modèles climatiques pourraient bien sous-estimer les changements que va subir la Terre, même en restant à plus 2 °C en 2100. Il y aura de toute façon des déplacements rapides des zones climatiques et des écosystèmes associés vers les pôles et en altitude. Les glaciers vont ainsi continuer à reculer.

On doit s'attendre à ce que les glaces de l'Arctique et de l'Antarctique voient leur surface se réduire significativement pendant des milliers d'années et que l'élévation des températures dans l'hémisphère Nord conduise notamment à une libération de gaz à effet de serre, comme le méthane piégé par exemple dans le pergélisol. Les chercheurs pensent que l'ajout de ces gaz dans l'atmosphère ne devrait pas conduire à un emballement catastrophique des températures (bien que l'hypothèse ne soit pas strictement exclue). Mais malheureusement, l'effet ne devrait pas être négligeable.

En tout état de cause, on doit s'attendre à « une fonte substantielle du Groenland et de l'Antarctique à long terme, et engendrer une hausse du niveau de la mer de plus de 6 mètres qui persistera des milliers d'années » et « des vitesses de montée du niveau de la mer supérieures à celles de ces dernières décennies sont alors probables », selon un communiqué du CEA au sujet de ces travaux. 

  • Une équipe internationale de chercheurs s'est penchée sur les données paléo-climatologiques  des derniers 3,5 millions d'années pour mieux comprendre et tester les prédictions des modèles climatologiques actuels au-delà du XXIe siècle.
  • Même en respectant l'objectif d'un réchauffement climatique de 2 °C en 2100, le climat et les écosystèmes seront passablement affectés en se déplaçant vers les pôles. Une élévation du niveau des océans de six mètres est à attendre et ce pendant plusieurs milliers d'années.
  • Le gaz carbonique et le méthane piégés dans les régions polaires ne devraient pas produire un emballement de l'effet de serre mais il est possible que les modèles climatiques sous-estiment les changements que subira la Terre au-delà de 2100, même en respectant l'objectif de la COP21.
Pour en savoir plus

Vers une hausse de 4 à 6 mètres du niveau des océans ?

Christophe Olry publié le 27/03/2006

Une hausse de 4 à 6 mètres du niveau des océans, des pays recouverts par les eaux, rejoignant la légendaire Atlantide dans les profondeurs de la mer, des milliards d'habitants contraints de gagner des territoires en aplomb : Le scénario du prochain film catastrophe américain ? Non ! Les prévisions alarmistes d'une équipe de chercheurs américains, publiant leurs travaux dans la très sérieuse revue Science...

Aujourd'hui, les climatologues s'accordent à dire que, d'ici la fin du siècle, le réchauffement climatique induira une hausse du niveau des mers. Si l'estimation de cette élévation reste un sujet "houleux" au sein de la communauté scientifique, un consensus existe sur une hausse avoisinant les 60 à 80 centimètres.

Cependant, une équipe de chercheurs publiant leurs travaux dans l'édition du 24 mars de la revue Science jettent un nouveau pavé dans la mare et, de ce fait, envisagent une augmentation du niveau des océans nettement plus inquiétante. Selon eux, la hausse ne se compterait pas en centimètres, mais en mètres...

La fonte des glaces de l'Antarctique plus importante que prévue ?

Avant de se jeter à l'eau et d'avancer des chiffres, Bette Otto-Bliesner (National Center for Atmospheric Research) et Jonathan Overpeck (Université d'Arizona) se sont projetés dans la dernière période interglaciaire, intervenue il y a près de 130.000 ans et qui avait connu un accroissement de la température aux pôles de 3 degrés Celsius, et ont fait tourner le modèle climatique CCSM (Community Climate System Model) à cette époque. Ils ont ainsi établi que le niveau des mers avait dû croître de 3.5 mètres par rapport au niveau actuel, sous l'influence de la fonte des glaces de l'Arctique et du Groenland.

En projetant cette prévision dans le futur (dans 130 ans), et en estimant la hausse de la température estivale au niveau de l'Arctique entre 3 et 5 degrés, il leur a semblé pertinent de comparer la dernière période interglaciaire avec l'avenir de la Terre. Ainsi, les chercheurs parviennent à une élévation du niveau des mers non plus égale à quelques dizaines de centimètres... mais à plusieurs mètres !

Une projection inadaptée du passé sur l'avenir ?

Une hausse d'autant plus importante si l'on considère que la fonte des glaces de l'Antarctique est sous-estimée. En effet, les chercheurs ont réuni des données paléoclimatiques (des coraux et des carottes de glace) leur permettant d'affirmer que, lors de la dernière période interglaciaire, le niveau des océans s'était en réalité élevé de 4 à 6 mètres au-dessus du niveau actuel. Alors, pourquoi ces coraux ont-ils été retrouvés plus d'un mètre au-dessus du niveau prévu par le modèle CCSM ? La fonte des glaces de l'Antarctique ! répondent en chœur les chercheurs.

Précisons qu'aux yeux de nombreux scientifiques, cette étude ne tient pas la route, car les conditions du passé étaient somme toute très différentes. Présence d'une calotte de glace sur la partie nord de l'Amérique, origines « astronomiques » du réchauffement (inclinaison de l'axe de rotation de la Terre), étalement sur plusieurs milliers d'années du réchauffement (bien plus lent qu'aujourd'hui) : autant d'éléments qu'avancent les opposants à cette étude, qui n'y voient guère qu'un effet d'annonce.

Alors, vision alarmiste ou prévision objective ? Si les modèles se contredisent, seul l'avenir nous le dira...

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