Pollution, urbanisation, transports et réchauffement climatique ont dégradé le massif alpin comme aucune autre zone montagneuse au monde. © by paul, Adobe Stock
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Les Alpes sont le massif le plus menacé au monde

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Les Alpes sont le terrain de jeu de millions de touristes internationaux chaque année et l'impact humain sur cet écosystème fragile est énorme : il n'aura suffi que d'une cinquantaine d'années d'urbanisation et de transformation du territoire pour faire des Alpes l'écosystème montagneux le plus menacé au monde.

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Le développement anarchique des activités humaines

Les humains vivent dans les Alpes depuis la fin de l'ère paléolithique, c'est-à-dire depuis 50.000 à 60.000 ans. Mais la dégradation massive des Alpes a débuté dans les années 1900, puis s'est accentuée à partir de 1950. Le tourisme de masse s'est développé après la seconde guerre mondiale : c'est à partir de cette époque que les villes et stations de montagne sont entrées dans une optique de compétition, rivalisant d'idées et de nouvelles attractions pour attirer davantage de touristes. On compte aujourd'hui environ 600 stations de ski réparties dans toutes les Alpes, dont près de la moitié uniquement en Autriche.

L'urbanisation et l'attrait touristique pour la beauté des reliefs alpins a conduit à une détérioration de la qualité de l'air, à de la pollution dans les rivières et lacs, de la pollution sonore néfaste à la faune, une érosion des massifs causée par la construction des pistes de ski et des routes, et une dégradation des forêts en raison des pluies acides. Nombreux sont les petits villages de montagne des années 1900 qui ont été transformés en 50 ou 70 ans en banlieues hyper-urbanisées, et polluées.

La pollution : un fléau dans les Alpes

Le premier symptôme de cette menace est bien la pollution de l'air : celle des usines, additionnée à celle du chauffage de ces banlieues grandissantes et à celle des véhicules. Une mauvaise qualité de l'air qui s'aggrave de manière néfaste pour la santé humaine, mais aussi la santé végétale et animale, en cas d'inversions des températures (un phénomène météo qui plaque l'air froid, avec les brouillards et la pollution, au sol dans les vallées). La plupart des grandes villes des Alpes souffrent régulièrement de pics de pollution sévères, dont certains durent parfois plusieurs semaines consécutives lorsqu'il n'y a pas de vent.

Selon Santé publique France, dans la région Auvergne-Rhône-Alpes, près de 4.300 décès par an sont attribuables à l'exposition à long terme aux particules fines. Les agglomérations de Lyon, Grenoble, Chambéry et Annecy arrivent en tête du classement des zones les plus polluées de la région. Dans ces zones, les décès attribuables aux particules fines dépassent les 10 % chaque année.

L'agglomération d'Annecy est l'une des zones les plus polluées des Alpes. © Pixabay

La biodiversité en recul, en montagne comme dans les vallées

Ce massif, qui s'étend sur 1.200 kilomètres, abrite environ 30.000 espèces animales et 13.000 espèces végétales. Bouquetin, chamois, marmotte, cerf élaphe, loups, ours, lynx, aigle royal sont les animaux les plus emblématiques des Alpes. Mais ce sont les oiseaux, les chauves-souris et les amphibiens qui sont les plus menacés. Au niveau végétal, chacun connaît les épicéas et pins, mais les prairies sauvages offrent aussi une multitude d'espèces moins impressionnantes, mais tout aussi importantes, comme les géraniums à feuilles argentées et la gentiane de Burser.

L'urbanisation des versants et des piémonts s'est généralisée ces dernières années, entraînant la perte de la majeure partie de la biodiversité sur des zones comme les vallées du Rhône, du Rhin, de l'Inn et de l'Adige (source : WWF). En plus de l'urbanisation, d'autres pratiques comme les activités récréatives, la foresterie et l'agriculture extensive ont aggravé la destruction de la faune et de la flore. Les transports jouent également un rôle majeur, coupant bien souvent les « routes » de migration de certains animaux comme les grands prédateurs, ce qui constitue un obstacle au déplacement naturel de ces espèces. Cent-cinquante millions de personnes traversent les Alpes chaque année, dont seulement 17 % par le train.

Sur ces 150 millions de personnes qui traversent les Alpes chaque année, 120 millions sont des touristes. Selon WWF, les plus grandes stations de montagne, situées très en altitude, ont un impact majeur sur les écosystèmes montagneux : « ceci les impacte de façon d'autant plus grave que ces centres touristiques sont implantés le plus souvent dans les espaces les plus fragiles et les plus reculés, autrefois à l'abri de l'étalement urbain ». Toujours selon WWF, « les sports d'hiver constituent le mode de tourisme le plus dévastateur du point de vue écologique. Ils ont provoqué l'artificialisation d'environ 3.400 km2 de paysages sauvages de l'arc alpin ».

Autre facteur destructeur, la correction des cours d'eau et les barrages hydroélectriques qui nuisent aux milieux aquatiques : les trajets migratoires sont coupés, diminuant les possibilités de reproduction de beaucoup d'animaux aquatiques.

Le réchauffement climatique se produit plus vite dans les Alpes

Avec les pôles, les montagnes sont les zones de la planète les plus touchées par le changement climatique. Actuellement, les températures se réchauffent deux fois plus vite dans les Alpes qu'à l'échelle mondiale : +1,5 à 2 °C depuis 1900, et les dernières prévisions estiment qu'on pourra atteindre 5 °C de réchauffement d'ici la fin du siècle, voire plus ! Les printemps et étés sont de plus en plus chauds et secs, et la période d'enneigement hivernal se raccourcit.

En France, les glaciers alpins ont perdu 26 % de leur surface et plus d'un tiers de leur volume en 40 ans. Les Alpes du Nord sont la zone qui se réchauffe le plus en France. Selon WWF, « en matière de biodiversité, on observe une remontée générale de certaines espèces en altitude (65 cm entre 1985 et 2005) et en latitude (200 km en 30 ans environ) ». Sur certains versants, on observe un verdissement des montagnes, avec une végétation qui gagne du terrain sur des surfaces minérales autrefois recouvertes de glace. Avec certaines espèces végétales qui bénéficient de la hausse des températures, le changement climatique chamboule l'équilibre de la biodiversité. La faune et la flore d'altitude disparaissent de plus en plus, laissant place à des espèces qui vivaient avant à des altitudes inférieures.

Les actions de différentes organisations environnementales prouvent que les résultats peuvent être très positifs lorsqu'on « renature » un territoire détérioré : certaines espèces sont rapidement de retour. Mais sans de grandes actions pour sauvegarder et restaurer les reliefs alpins, la pression actuelle sur cet écosystème fantastique risque d'avoir des conséquences irréparables.             

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