Les appareils électroniques, les data centers et les objets connectés sont loin d’être écologiques. Les nouveaux usages du numérique ont un impact désastreux sur la planète, s’alarment les experts, et génèrent une consommation énergétique croissante.

Les défenseurs de l'environnement avaient instillé la honte de prendre l'avion (flygskam, en suédois). Faudra-t-il bientôt parler de la honte de surfer sur InternetInternet ou de regarder un film sur NetflixNetflix ? Selon une étude publiée dans la revue Patterns, les téléphones, ordinateursordinateurs, télévisions et autres centres de données génèrent entre 2,1 % et 3,9 % des émissionsémissions mondiales de gaz à effet de serre (GES), contre 2,5 % pour l'aviation civile.

Les nouveaux usages du numérique, un gouffre énergétique

Les chercheurs ont procédé à une analyse de la littérature scientifique sur le sujet et ont révisé les chiffres à la hausse en incluant notamment les émissions totales liées au cycle de vie : fabrication (matièresmatières premières, transport...), usage (consommation d'électricité, entretien) et fin de vie (recyclage, mise en décharge...). Ils ont également pris en compte les nouveaux usages liés au numériquenumérique (BlockchainBlockchain, Internet des objets, intelligence artificielleintelligence artificielle...). Et ces nouveaux usages sont particulièrement énergivores : l’entraînement d’un algorithme d’apprentissage automatique génère ainsi 284.019 kilogrammeskilogrammes d'équivalent CO2, l'équivalent des émissions de cinq voituresvoitures durant toute leur duréedurée de vie ! Résultat : le secteur du numérique génère entre 1,2 et 2,2 gigatonnes d'équivalent CO2 par an, soit une hausse de 40 % par rapport aux précédentes estimations en prenant la fourchette haute.

Consommation énergétique de différents appareils domestiques. © Ademe, 2018
Consommation énergétique de différents appareils domestiques. © Ademe, 2018

Entre 2002 et 2012, les émissions du secteur de la communication ont bondi de 40 %, soit une croissance annuelle de 1,8 %. « Les émissions du secteur progressent ainsi pratiquement deux fois plus vite que les émissions globales », alertent les auteurs. En imaginant que les émissions du secteur du numérique restent stables d'ici 2050, elles représenteront 35,1 % des émissions globales d'ici là.

La consommation électrique domestique a toutefois diminué durant les 15 à 20 dernières années, grâce notamment aux progrès des fabricants en matière d'efficience énergétique. Malheureusement cette efficacité accrue produit aussi un « effet rebond », qui fait que les gens ont tendance à avoir un usage plus intensif quand leurs appareils consomment moins.

Le saviez-vous ?

La fabrication d’un téléviseur de 11,4 kg émet la même quantité de gaz à effet de serre (GES) qu’un aller-retour en avion Paris-Nice, et mobilise 2,6 tonnes de matière (minerais, pétrole, charbon, eau…).

Des produits électroniques à durée de vie limitée et de plus en plus gros

Les usages des particuliers représentent environ la moitié de ces émissions. Les produits grand public sont utilisés moins fréquemment que les centres de données qui tournent eux en continu, mais sont aussi remplacés plus souvent, soulignent les auteurs. La durée de détention moyenne d'un téléphone mobile est ainsi d'à peine 25 mois. Les écrans ont également tendance à s'agrandir, avec pour conséquence une croissance exponentielle des émissions. Alors qu'un téléviseur de 20 pouces nécessite une puissance 20 wattswatts pour fonctionner, un 60 pouces en requiert entre 110 et 150, soit six à sept fois plus, souligne un rapport de l’Ademe de 2018.

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Le numérique va-t-il faire capoter l'accord de Paris ?

Pour rester dans les clous de l'accord de Paris, qui prévoit de limiter le réchauffement à 1,5 °C, il faudrait que le secteur du numérique réduise son empreinte carbonecarbone de 42 % d'ici à 2030 et de 91 % d'ici 2050, calculent les experts. Difficile à imaginer quand on voit l'explosion des usages et du nombre d'appareils en circulation. Les auteurs sont d'ailleurs assez pessimistes pour l'avenir, prédisant une croissance continue des émissions dans les prochaines décennies. Une partie de la consommation électrique pourrait toutefois être assurée par les énergies vertes, ce qui réduirait la quantité de GES émise. « Si tous les appareils fonctionnaient avec de l’électricité renouvelable, les émissions chuteraient de 86 % », estime l'étude.


Data centers et cloud computing émettent trop de CO2 selon Greenpeace

Article de ETX Daily Up publié le 02/04/2010

L'ONG profite de la sortie de l'iPadiPad aux Etats-Unis (le 3 avril) pour présenter une étude sur les émissions de CO2CO2 par les data centersdata centers, qui (surtout aux Etats-Unis), sont souvent alimentés par des centrales à charbon.

D'ici 2020, le réseau Internet et les centres de stockage des données informatiques (data centers) tripleraient leurs émissions mondiales de gaz à effet de serre, prévoit Greenpeace. La faute au cloud computing (qui stocke les données ou logicielslogiciels sur le réseau et non pas dans le poste de travail) et à la multiplication des services en ligne, comme ceux qu'utilisent abondamment les livres électroniqueslivres électroniques et le nouvel iPad d'AppleApple.

Greenpeace en appelle donc aux constructeurs high-tech pour développer des serveursserveurs de traitement de données plus respectueux de l'environnement, grâce à l'utilisation des énergies renouvelablesénergies renouvelables plutôt que celle produite par le charbon.

Se fondant sur la consommation future des data centers et des réseaux mondiaux de télécommunication du Web, Greenpeace estime que la consommation d'électricité de ces centres atteindra 1.963 milliard de kWh en 2020, soit plus du triple par rapport à aujourd'hui. « C'est largement plus que la consommation combinée de la France, l'Allemagne, le Canada et le Brésil », explique Greenpeace.

Forte de ce constat, l'ONG appelle les géants de l'industrie high-tech, comme Apple ou FacebookFacebook, à recourir aux énergies renouvelables pour créer des data centers plus écologiques et plus économiques. Ce n'est qu'à cette condition, toujours selon l'association environnementale, que le développement de la Toile pourra accompagner le développement de l'économie verte.