L’effet rebond menace nos objectifs climatiques. © Stepan Popov, Adobe Stock
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Comment nos efforts pour le climat pourraient être anéantis

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[EN VIDÉO] Changement climatique : à quand le point de non-retour ?  Depuis le début de l’ère industrielle, la Terre se réchauffe. Lentement, mais sûrement. Et elle semble aujourd’hui proche de ce que les scientifiques appellent son point de non-retour. Un seuil au-delà duquel la situation pourrait dramatiquement se dégrader. 

La moitié des économies d'énergies anticipées grâce aux nouvelles technologies plus écologiques pourraient être effacées par « l'effet rebond », un paradoxe qui aboutit à une hausse de la consommation d'énergie quand on améliore l'efficacité d'un bien.

Une voiture électrique qui n'émet pas de CO2, des ampoules LED plus sobres en énergie, une maison mieux isolée..., les industriels font de gros efforts pour nous proposer des technologies plus efficientes et ainsi diminuer notre empreinte carbone. Plusieurs scénarios énergétiques anticipent ainsi un découplage entre la consommation d'énergie et le PIB, ce dernier continuant de croître tandis que la consommation énergétique diminue. Sauf que dans la réalité, « les tendances mondiales vont dans la direction opposée », constatent amèrement les auteurs d'une étude parue dans Renewable and Sustainable Energy Reviews.

Des maisons mieux isolées… mais plus grandes

« L'effet rebond à l'échelle mondiale pourrait éroder plus de la moitié des économies d'énergie attendues », mettent en garde Paul Brockway et ses collègues de l'université de Leeds. L'effet rebond, c'est cette théorie économique qui explique comment plus on dispose de nouvelles technologies rendant efficace la consommation d'une ressource, plus la demande pour cette ressource augmente, ce qui aboutit à une augmentation de la consommation énergétique globale.

Cet effet prend plusieurs formes :

  • L'effet d'usage : l'équipement est plus utilisé suite à la diminution de son coût de fonctionnement. Par exemple, un four moins énergivore sera utilisé plus souvent. De même, on remarque que l'amélioration de l'isolation amène à construire des maisons plus grandes.
  • L'effet de revenu : les sommes économisées sont réinvesties dans d'autres activités ou produits (loisirs, voyages, achats, etc.), eux-mêmes consommateurs d'énergie.
  • L'effet de substitution : le consommateur remplace prématurément un équipement par un autre moins énergivore. Par exemple, si j’achète une nouvelle machine à laver A+++ alors que l'ancienne fonctionne encore parfaitement.

L'effet rebond ne se limite d'ailleurs pas au paramètre financier, soulignent Benoît Ploux et Jenny Dujeux dans La Fabrique Écologique : « Le train à grande vitesse développe un mode de vie citadin dans les campagnes ». L'accélération des transports induit également plus de consommation de biens importés.

L’amélioration du rendement des moteurs s’est accompagnée d’une augmentation du poids et de la cylindrée des voitures. © Johnér, Adobe Stock

Les auteurs de l'étude observent avec regret que le découplage attendu entre croissance et consommation d'énergie n'est pas au rendez-vous. « Après neuf années de ralentissement de la croissance économique mondiale suite à la récession de 2008, la consommation mondiale d'énergie primaire a augmenté de 2,1 % par an en 2017 et de 2,3 % par an en 2018, soit près de la moyenne d'environ 2,4 % par an sur les 250 dernières années, relèvent-ils. Les scénarios énergétiques mondiaux de l'Agence internationale de l'énergie (AIE), du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec) et d'autres organisations, qui anticipent une croissance faible ou nulle de la demande énergétique au cours des prochaines décennies représentent de ce fait un écart significatif par rapport à la tendance historique », ajoutent-ils.

Les objectifs de l’Accord de Paris plus difficiles à atteindre que prévu

Les chercheurs ont passé en revue 33 études sur l'effet rebond, et ont calculé que ce dernier érode plus de 50 % de la réduction d'énergie anticipée. Cela ne veut pas dire que les efforts en matière d'efficacité énergétique ne servent à rien, mais qu'ils doivent être multipliés et accompagnés de changements structurels. « Il faudra par exemple investir plus dans le captage et le stockage du carbone ou intensifier l'utilisation des terres pour atteindre les objectifs de l'Accord de Paris ».

La résolution de ce problème se situe moins au niveau des politiques gouvernementales que de chaque consommateur, insistent Paul Brockway et ses coauteurs. Certaines études psychologiques ont malheureusement montré qu'un comportement « écologique » dans un domaine était le plus souvent compensé par un autre comportement moins vertueux : si je trie mes déchets et que je mange moins de viande, je me permets un petit voyage en avion. « Consciemment ou non, l'énergie électrique reste un gage de qualité de vie », conclut une note d’analyse du Credoc portant sur l'efficacité énergétique dans le logement.

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