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Fourmis et termites : les nouveaux agriculteurs ?

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L'agriculture durable passe-t-elle par les fourmis et les termites ? Comme les vers de terre, favoriseraient les rendements des cultures de blé, jusqu'à 36 % sur les terres arides ! Selon les auteurs australiens de cette étude, le retour à une agriculture privée d'insecticides, permettant aux insectes de transformer l'azote et de creuser la terre pour retenir l'eau, serait donc une bonne solution.

Les fourmis pourraient devenir indispensables aux terres cultivées sous les climats arides. © Steve Jurveton, Flickr, CC by 2.0

Les chercheurs du Commonwealth Scientific and Industrial Research Organisation (CSIRO, équivalent australien du CNRS) et de l'université de Sydney ont mis en évidence un surprenant facteur favorisant le rendement des cultures agricoles. Pour une fois, il ne s'agit pas de l'hygrométrie, de l'ensoleillement, de la température ou encore des quantités de pesticides ou d'engrais épandus sur les champs. Non, cette fois-ci, c'est l'effet bénéfique de la présence de fourmis et de termites dans les sols qui a été démontré !

On connaissait déjà l'importance des vers de terre dans l'amélioration de la santé de la terre des milieux frais et humides, aussi bien dans la nature que dans les terres cultivées. En effet, ces annélides modifient la structure du sol en augmentant la porosité et en diminuant la densité, deux paramètres qui mènent à une meilleure infiltration de l'eau dans le sol. Ils participent également au stockage de l'azote et d'autres nutriments, ce qui avait conduit des chercheurs à constater que leur présence favorisait les rendements agricoles.

Des expériences menées sur des terres arides d’Australie

D'anciennes études, observant les écosystèmes naturels, avaient montré que les termites et les fourmis participaient également à la structure du sol dans les zones arides, en régulant l'aération, l'infiltration de l'eau et le cycle des nutriments. Malgré cela, personne ne s'était jamais vraiment intéressé à leur effet sur les plantes cultivées.

C'est donc pour enfin déterminer leur potentiel effet bénéfique, que des expériences ont été réalisées en Australie sur une durée de trois ans dans une ferme australienne productrice de blé, située dans une région aride du pays (donc dépourvue de vers de terre). Les chercheurs ont alors divisé un petit champ en plusieurs parcelles expérimentales, les unes dotées d'insectes, les autres sans, afin de comparer leurs rendements respectifs. Les résultats ont été publiés dans la revue Nature Communications.

La croissance du blé est favorisée par les fourmis et les termites ! © David Monniaux, Licence Creative Commons

Trente-six pour cent de blé en plus

Pour éliminer les insectes, la moitié du champ (une surface de 729 mètres carrés) a été traitée à l'aide d'un insecticide liquide, ce qui a efficacement détruit les fourmilières (85 % de nids en moins après le traitement) et diminué le nombre de termites pris au piège par des appâts. Les scientifiques ont également labouré les moitiés de champ afin de déterminer l'impact sur l'action des insectes.

Si le labourage permet d'augmenter le rendement de 15 %, l'absence de traitement des parcelles aux insecticides a quant à lui accru le rendement de 36 % ! Ce chiffre est également corrélé à la présence d'un nombre plus important de « tunnels » liés à l'activité des insectes (0,7 contre 0,35 pour 100 centimètres carrés), mais aussi à une humidité plus importante à 50 centimètres sous la surface et à une teneur plus importante en azote minéral (NO3 ou NH4).

Un retour à l’agriculture raisonnée ?

« Nous pensons qu'il y a deux principales raisons à l'augmentation du rendement dans les champs. Premièrement, les tunnels creusés par les fourmis et les termites laissent plus de pluie pénétrer dans le sol, où les plantes peuvent atteindre cette eau, ce qui réduit aussi l'évaporation et l'écoulement. Deuxièmement, les insectes augmentent la quantité d'azote du sol, probablement parce que les termites possèdent des bactéries intestinales qui fixent l'azote », explique Theo Evans, un chercheur du CSIRO.

Les auteurs sont donc convaincus que leurs résultats sont une preuve de l'utilité de ces insectes comme outil pour la gestion écologiquement responsable et durable de l'agriculture dans les régions arides. Et ils voient même déjà plus loin. « Comme les conditions arides de cette expérience miment les futures températures et précipitations de beaucoup de régions productrices de blé soumises au changement climatique, ces résultats pourraient être pertinents pour l'adaptation au climat. »

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