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Quand le pôle sud réchauffe le pôle nord, et vice-versa

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Entre Arctique et Antarctique, l'océan Atlantique joue le rôle de connecteur thermique. A l'échelle des décennies, les régions polaires sont ainsi liées par un mouvement de balancier perpétuel.

Lorsque le pôle sud perd sa chaleur, le pôle nord la récupère. C'est la conclusion de l'analyse d'une magnifique carotte de glace de 2 500 mètres extraite du continent antarctique à Dronning Maud Land, un des deux forages effectués par dix pays européens dans le cadre du projet Epica (European Project for Ice Coring in Antarctica). La carotte a raconté précisément les évolutions du climat antarctique depuis 150 000 ans. Cette valeur peut sembler faible puisque l'autre forage Epica, celui du Dôme C (dans la station franco-italienne Concordia), a permis, lui, de remonter 800 000 ans en arrière.

Mais il neige deux fois plus à Dronning Maud Land, qui se trouve de l'autre côté de l'Antarctique. Une même durée est donc étalée sur une plus grande hauteur dans la carotte et les scientifiques ont bénéficié d'une excellente résolution, révélant les variations climatiques à l'échelle des siècles et mêmes des décennies. Au sein des bulles emprisonnées dans la glace, les quantités des différents isotopes de l'oxygène indiquent en effet quelle était la température de l'air quand il s'est fait piéger.

Histoire d'eaux

C'est en les comparant aux données recueillies au Groenland que ces résultats ont été les plus bavards. Ils ont révélé une intime corrélation entre les climats de ces deux régions polaires : à une période chaude au nord correspond systématiquement une période plus froide au sud, et inversement. Les scientifiques expliquent cette connexion par un couplage thermique réalisé par l'océan Atlantique. Lorsque l'Antarctique se réchauffe, l'océan renforce les courants de surface qui charrient des eaux plus chaudes vers le nord. C'est à l'autre bout de la planète que l'essentiel de leur chaleur est transférée. Cette évacuation renforcée de chaleur finit par refroidir l'Antarctique, agissant comme un climatiseur naturel.

L'Antarctique a un climatiseur : l'Atlantique, pour évacuer la chaleur, et l'Arctique, pour la dissiper. Mais il fonctionne aussi à l'envers et quand l'Antarctique s'est bien refroidi, l'Atlantique le réchauffe… Crédit : Nasa
L'Antarctique a un climatiseur : l'Atlantique, pour évacuer la chaleur, et l'Arctique, pour la dissiper. Mais il fonctionne aussi à l'envers et quand l'Antarctique s'est bien refroidi, l'Atlantique le réchauffe… Crédit : Nasa

En Arctique, sous l'effet des eaux plus chaudes arrivant en surface, les glaces commencent à fondre, injectant dans la mer de l'eau douce, plus légère. Ces eaux arctiques qui d'ordinaire plongent, parce que plus lourdes, pour rejoindre des courants profonds dérivant vers le sud, ont alors davantage tendance à rester en surface. Le continent antarctique ne voit plus couler vers lui que des courants froids profonds affaiblis. Voilà du coup les eaux antarctiques qui se réchauffent.

Ce cycle se déroule à l'échelle des décennies. Dans le passé, comme l'ont montré des études effectuées au Groenland, il en a suffi de quelques-unes pour que l'Arctique se réchauffe de 16° C. Sans jamais, semble-t-il, parvenir à l'équilibre, les pôles vivent ainsi cet incessant va-et-vient.

A l'heure du réchauffement global, et alors que les régions polaires se réchauffent bien plus vite que le reste de la planète, il n'est pas inutile de mieux comprendre la manière dont l'Arctique et l'Antarctique répondent à un changement de climat.

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