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L'Arctique semble fondre trois plus vite que prévu

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Une équipe américaine conteste les modèles utilisés par le Giec et estime que la fonte de la calotte glaciaire arctique est beaucoup plus rapide. Des chercheurs belges et français arrivent à la même conclusion pour les glaces du Groenland.

Tous les climatologues le prédisent : à plus ou moins long terme, l'océan Arctique sera libre de glace à la fin de chaque été. C'est l'échéance de cet événement qui divise les scientifiques. Selon les experts du Giec (Groupe intergouvernemental d'étude du climat), la fonte complète de la glace arctique en été interviendrait entre 2050 et 2100. Ces prévisions, qui ont été présentées dans le rapport 2007, sont établies à partir de modèles - le Giec en utilisent 18 -, qui partent d'une année de référence, 1800 en l'occurrence. Des données d'observation sont ensuite intégrées pour corriger l'évolution prédite par le modèle en le rapprochant de la réalité . Mais les phénomènes de petites ampleurs, spatiale ou temporelle, sont laissés de côté.

Un groupe de climatologues mené par Julienne Stroeve (National Snow and Ice Data Center, Université de Colorado) estime qu'il faut avancer la date d'une trentaine d'années. Ces scientifiques ont comparé les 18 modèles du Giec avec des données recueillies par avions, satellites et bateaux. Selon eux, ces modèles collent mal avec la réalité qu'ils constatent. Selon les modèles du Giec, la surface des glaces en septembre, c'est-à-dire à son minimum estival, a décru de 2,5 % par décennie entre 1953 et 2006. Les scientifiques américains, eux, annoncent une diminution trois plus forte, atteignant 7,8 % tous les dix ans. De même, la réduction de surface au mois de mars, au maximum de l'extension des glaces, est selon eux de 1,8 %, soit, là encore, une valeur trois plus élevée que les estimations des modèles du Giec.

Minimums annuels d'extension de la calotte glaciaire à 25 ans de distance, en 1979 et en 2005. Crédit : Nasa.

Modèles à revoir

La différence proviendrait d'une mauvaise prise en compte de l'impact des gaz à effet de serre ainsi que des remontées de chaleur vers le nord générées par la circulation océanique en Atlantique. Il est possible également, expliquent les chercheurs américains, que les modèles estiment mal les épaisseurs de la banquise.

La fonte des glaces terrestres du Groenland pourrait elle aussi avoir été sous-estimée. C'est que concluaient au mois d'avril 2007 des chercheurs du Laboratoire de glaciologie et géophysique de l'environnement (LGGE, Grenoble) et de l'Université catholique de Louvain (Belgique), qui ont réinterprété des données existantes à l'aide d'un modèle numérique récent et d'un nouveau traitement des mesures satellitaires tenant mieux compte de la présence de nuages d'eau liquide. Ces derniers, en effet, faussent les mesures obtenues dans le domaine des micro-ondes, masquant en partie les traces d'eau dans le manteau neigeux, ce qui conduit à sous-estimer la fonte de la glace. Selon eux, l'accélération de la fonte superficielle de la calotte glaciaire du Groenland au cours des 25 dernières années est deux fois plus importante que ne l'indiquent les études antérieures. Elle aurait affecté 550 000 kilomètres carrés en 2005, soit 42 % de plus qu'en 1979. Durant cette période, selon un modèle climatique régional, la température estivale aurait grimpé de 2,4 °C. Au nord du Groenland, il arrive, depuis 2000, que la glace fonde l'été jusqu'à 1 500 mètres d'altitude, ce qui s'était jamais vu auparavant.

Pour se convaincre de la réalité du phénomène, on peut consulter une animation très bien conçue sur le site Windows to the Universe, de l'UCAR (University Corporation for Atmospheric Research).

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