Plantation de tabac dans le Lot-et-Garonne ; séchoir à tabac en arrière-plan. © Roméo Balancourt.
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Histoire du tabac : découvrez l'origine de cette plante

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Le tabac fait partie des plantes américaines dont l'introduction a profondément bouleversé les habitudes de vie des Européens. Christophe Colomb le découvre en 1492, dès son arrivée à San Salvador ; en 1535, l'explorateur Jacques Cartier décrit l'usage du tabac par la population amérindienne de Nouvelle-France. Le géographe André Thevet le ramène du Brésil en 1556, pour le cultiver dans son jardin d'Angoulême. Au XVIe siècle, le tabac est reconnu pour ses vertus médicinales, largement controversées au siècle suivant lorsque sa consommation atteint toutes les couches de la société.

Pour connaître l'histoire du tabac il faut revenir plusieurs années en arrière (« tabaco » en espagnol au XVIe siècle) désigne à la fois la plante, le cigare confectionné avec ses feuilles et la pipe utilisée par les Indiens Arawaks pour fumer un mélange de plusieurs herbes dont le tabac. Sa culture trouve son origine en Amérique, il y a près de 600 ans : les Indiens considèrent le tabac comme une plante précieuse, à usage médicinal et l'utilisent lors de rituels de purification. En octobre 1492, des feuilles de tabac séchées sont offertes aux équipages des caravelles qui débarquent sur l'île de San Salvador : c'est le premier contact attesté entre les Européens et le tabac. Christophe Colomb mentionne que les Indiens brûlent le tabac (nommé « petun ») avec des morceaux de charbon et en aspirent la fumée odorante. D'autres fument des calumets, chiquent ou respirent une sorte de poudre de feuilles séchées.

Gravure "Nicotiane ou tabac" dans le Dictionnaire oeconomique contenant divers moyens d'augmenter son bien et de conserver sa santé, par Chomel et Marret en 1741. Bibliothèque inter-universitaire de Santé, université Paris Descartes. © BIU Santé.

Histoire du tabac : son arrivée en Europe

D'abord simple plante d'ornement en Espagne, le tabac est cultivé et utilisé comme une plante médicinale, dès les années 1520 au Portugal. Il est introduit en France en 1556, par l'explorateur géographe André Thevet qui (au retour d'un séjour au Brésil pour établir une colonie française dans la baie de Rio) en développe la culture dans sa ville natale d'Angoulême. On l'appelle alors « herbe angoumoisine » ou « herbe pétun ». En 1560, l'ambassadeur de France au Portugal, Jean Nicot, envoie de la poudre de tabac à Catherine de Médicis, afin de traiter les terribles migraines de son fils François II. Le tabac devient « l'herbe à la reine » et sa vente sous forme de poudre est réservée aux apothicaires. Dès la fin du XVIe siècle, le tabac est connu dans le monde entier : en 1572 est publié l'un des premiers traités sur le tabac vu comme une plante médicinale, L'instruction sur l'herbe petun par le médecin Jacques Gohory. En l'honneur de Jean Nicot, le tabac est nommé « nicotiane », proposition retenue par le botaniste Jacques Daléchamps dans son livre Histoire générale des plantes en 1586 ; cette terminologie sera reprise par le botaniste Carl Von Linné au XVIIIe siècle, sous la forme « Nicotiana tabacum ».

Fleurs de Nicotiana tabacum. Photo Jom. © Wikimedia Commons, domaine public.

Le succès du tabac

Sa culture est introduite en 1580, en Turquie et en Russie ; vers 1590, le tabac arrive en Inde et au Japon. A partir des années 1620, la culture du tabac s'implante sur le territoire du royaume de France. Son succès rapide tient au fait que la plante rapporte bien plus par unité de surface agricole, que le blé, le lin ou le chanvre et que sa culture convient à la main d'œuvre d'une petite exploitation familiale. Les premiers essais d'introduction de la plante ont lieu près de Strasbourg et la culture du tabac se répand vers le sud de l'Alsace, dès la fin de la guerre de Trente Ans (1618-1648).

Champ de tabac en Alsace, à Weyersheim (67). Photo Aude Raso. © Radio France.

Le tabac va devenir la ressource pionnière des nouvelles colonies des Antilles : sa culture attire des engagés sur les îles françaises de Martinique, Guadeloupe et Saint-Domingue. C'est le moteur du peuplement des Antilles par la population blanche, jusqu'au dernier tiers du XVIIe siècle, lorsque la culture de la canne à sucre (et ses grandes plantations qui utilisent les esclaves venus d'Afrique) vient remplacer celle du tabac. L'Etat cherche à favoriser la culture du tabac sur le territoire du royaume et à en faire une source de revenus fiscaux, d'abord par des taxes puis par l'établissement d'un monopole de fabrication et de distribution.

Colbert établit un « privilège de fabrication et de vente » en 1674 : les premières « manufactures des tabacs » sont fondées à Morlaix, Dieppe et Paris. La production devient monopole royal en 1680 : la culture française du tabac est la plus développée d'Europe, avec des plantations en Bretagne, Normandie, Aquitaine, Flandre, Franche-Comté et Alsace. La gestion des taxes frappant la consommation de tabac, est affermée à des financiers (appelés les fermiers) par le biais d'un bail qui garantit à l'Etat une somme globale fixée d'avance ; c'est la Ferme du tabac inclue dans la Ferme générale en 1726.

Ancienne manufacture des tabacs de Morlaix, salle des moulins à râper le tabac. Morlaix, Bretagne. © Fondation du Patrimoine.

La contrebande et la concurrence

La contrebande de tabac se développe sur les côtes atlantiques françaises, en particulier sur l'île de Noirmoutier. La recherche de bénéfices rapides par le grand négoce dicte un faible prix d'achat aux planteurs des Antilles, surtout lorsque la culture de la canne à sucre plus rentable, tend à remplacer le tabac des colonies. C'est bien la stratégie de prix de vente et d'achat qui modifie en profondeur la production mondiale de tabac à la fin du XVIIe siècle. De plus, le nouveau monopole imposé par Colbert en 1680, incite les négociants à s'installer à Amsterdam et Liverpool, pour acheter le tabac des Antilles françaises puis le tabac blond de Virginie, moins cher et de plus en plus prisé par les consommateurs.

Il faut souligner que les planteurs américains de Virginie importent des esclaves africains par l'intermédiaire de la Compagnie du Sénégal (française), créée en 1673. Elle remplace la Compagnie des Indes Occidentales fondée en 1664 par Colbert (et supprimée en 1674) : celle-ci était centrée sur le développement du tabac et perçue par les planteurs comme un frein à l'essor de la canne à sucre aux Antilles. En trente ans, les importations françaises passent de 20 % à 70 % de la consommation intérieure de tabac. La Virginie représente à elle seule 60 % des importations françaises et dès le milieu du XVIIIe siècle, la colonie américaine devient le premier producteur mondial de tabac.

Esclaves travaillant dans une plantation de tabac en Virginie, tableau anonyme vers 1680. © Wikimedia Commons, domaine public.

La culture est prohibée dès 1719 dans le royaume de France (pendant la Régence et la mise en place du Système de Law), sauf en Flandre, Artois, Hainaut, Franche-Comté et Alsace et les importations sont réservées exclusivement à la Compagnie des Indes. À la fin du XVIIIe siècle, la production des manufactures approvisionnées par le tabac des colonies, atteint 7000 tonnes par an. La levée de la prohibition est effective par le décret du 20 mars 1791, qui établit la liberté de cultiver, fabriquer et vendre du tabac en France. En 1805, seize départements cultivent 8000 hectares avec une production de 9000 tonnes ; en 1808, quarante-six départements produisent 22000 tonnes de tabac. Le décret du 29 décembre 1810 rétablit un monopole d'Etat pour l'achat, la fabrication et la vente du tabac. En 1821, le Dictionnaire des sciences médicales cite le tabac parmi les végétaux "dont les qualités, dangereuses à cause de leur trop grande activité et de leur action en quelque sorte corrosive sur les tissus, doit rendre l'emploi fort rare"

"La manufacture des tabacs", salle de râpage du tabac à fumer ; par A. Taillandier dans le journal L'Illustration, n° 1638, 1874. © Qcmtest - éducation et formation.
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