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    Quelle est la vie de Néron ? Pourquoi son règne a-t-il été si controversé ? Aujourd'hui, malgré les siècles qui nous séparent, Néron reste une figure emblématique de l'Empire romain.

    Il y a de nombreux moyens de devenir empereur romain : nul besoin d'être le fils de son prédécesseur. En effet, les Romains pratiquaient l'adoption sans retenue et le plus souvent par motivations politiques. Néron n'était donc pas le fils de l'empereur Claude, mais le descendant de la sulfureuse famille des Ahenobarbi : l'histoire laisse de terrifiants témoignages de violences exercées par cette famille, qui torturait ses esclaves et se réjouissait dans la décadence.

    Le règne de l'empereur Néron est marqué par la persécution des chrétiens. Ici, un détail du tableau <em>Les torches de Néron</em> (1876), par Henryk Siemiradzki. © Bonhams, CCO
    Le règne de l'empereur Néron est marqué par la persécution des chrétiens. Ici, un détail du tableau Les torches de Néron (1876), par Henryk Siemiradzki. © Bonhams, CCO

    Sa mère, la redoutable Agrippine

    La mère de Néron, cependant, était une descendante de l'empereur Auguste : c'est la tristement célèbre Agrippine, conspiratrice chevronnée et dénuée de scrupules... Agrippine parvint, par manipulations politiques, à persuader l'empereur Claude de formellement adopter son fils Néron en 50 ap. J.-C. Elle empoisonna ensuite Claude en 54 ap. J.-C, quand Néron atteignit l'âge « adulte » de 17 ans. Quand il monta sur le trône, son pouvoir était pratiquement symbolique : c'est Agrippine qui tenait les rênes. Sur les pièces d'or de l'époque, on peut voir non seulement le visage de Néron, mais aussi celui d'Agrippine.

    Pièce d'or romaine à l'effigie de Néron et Agrippine. © DR
    Pièce d'or romaine à l'effigie de Néron et Agrippine. © DR

    Ses précepteurs (Sénèque et Burrus) et la mort de Britannicus

    La mère de l'Empereur n'était pas la seule à l'influencer. Le jeune homme avait deux prestigieux précepteurs : Sénèque et Burrus. Les deux savants, chargés de l'éducation de Néron, tentèrent tout leur possible pour contrecarrer l'influence d'Agrippine.

    Sentant qu'elle perdait le contrôle de son fils, Agrippine se choisit un nouveau favori : Britannicus, le jeune fils du défunt empereur Claude. Le plan d'Agrippine était d'éliminer Néron en faveur de Britannicus, qui était le successeur désigné originellement par Claude mais qui était trop jeune à la mort de l'Empereur.

    Quand Britannicus atteignit sa quinzième année, Agrippine tenta alors de le présenter comme un héritier crédible, qu'elle pourrait plus facilement manipuler que son propre fils. Le projet n'aboutit pas : Néron fit empoisonner Britannicus.

    Buste de Claude en Jupiter. Œuvre romaine en marbre datant d'environ 50 ap. J.-C. (provenance : Lanuvium, en Italie). © Jastrow, DP
    Buste de Claude en Jupiter. Œuvre romaine en marbre datant d'environ 50 ap. J.-C. (provenance : Lanuvium, en Italie). © Jastrow, DP

    Néron, Octavie et Poppée

    Après la mort de Britannicus, Néron chassa sa mère de la maison impériale. Il s'en prit ensuite à sa femme, Octavie, qu'il avait épousée essentiellement pour raisons politiques : elle était la fille légitime de l'empereur Claude et le mariage consolidait sa position impériale. Or, Néron était amoureux d'une autre femme, Poppée.

    Agrippine s'opposa au divorce de son fils et ce fut l'affrontement de trop : Néron fit assassiner sa propre mère en 59 ap. J.-C. Il divorça ensuite d'Octavie (qu'il fit également assassiner par la suite pour éviter des représailles politiques) et épousa Poppée. Ainsi, au moment où Néron débuta son règne personnel, il était déjà à l'origine de la mort de plusieurs membres de sa famille...

    Dans ce dossier consacré à Néron, nous aborderons son accession (sanglante) au pouvoir, comment cet empereur populaire à ses débuts finit détesté par les patriciens et le peuple, sa chute et sa fin tragique.

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    Néron, un empereur populaire (jeux, combats de gladiateurs et Neronia)

    Néron était très aimé par le peuple. Il était en revanche moins apprécié des classes dominantes. Découvrez pourquoi.

    Néron fit rapidement baisser les impôts indirects afin de diminuer les prix des marchandises et supprima les taxes des biens importés par bateaux afin de rendre la nourriture plus abordable.

    Néron était un empereur populaire, notamment parce qu'il aimait les jeux. Ici, le tableau<em> Pollice Verso</em>, peint par Jean-Léon Gérôme en 1872. © Phxart.org, DP
    Néron était un empereur populaire, notamment parce qu'il aimait les jeux. Ici, le tableau Pollice Verso, peint par Jean-Léon Gérôme en 1872. © Phxart.org, DP

    Il s'attaqua à la corruption et, de façon générale, diminua l'influence des riches familles patriciennes. Sous l'Empire romain, l'institution républicaine du Sénat existait toujours et disposait de pouvoirs importants.

    Néron diminua l'influence du Sénat romain

    Cependant, le Sénat n'était en rien une assemblée élue : c'était un rassemblement de notables. Pour être sénateur, il fallait disposer d'une certaine fortune et venir d'une bonne famille de patriciens. Ainsi, quand il diminua l'influence du Sénat, Néron s'arrogea les bons sentiments du petit peuple, et se fit des ennemis puissants. Il favorisa également la classe des affranchis, en diminuant la pression qu'exerçaient sur eux les anciens propriétaires d'esclaves.

    Statue de Néron réalisée sous son règne. © DR
    Statue de Néron réalisée sous son règne. © DR

    Jeux, combats de gladiateurs et Neronia

    Voici une autre raison de sa popularité : son goût pour les jeux et les arts. Il fit construire de nombreux théâtres. Il organisa beaucoup de combats de gladiateurs. On lui doit les Neronia, un festival quinquennal de théâtre grec et de poésie.

    Tous ces projets, couplés avec les diminutions d'impôts, eurent de sérieuses conséquences sur le trésor romain et, à plusieurs reprises, des sénateurs conspirèrent contre lui au motif qu'il ruinait l'Empire...


    Néron et le grand incendie de Rome

    Rome connut un incendie important sous le règne de Néron en juillet 64 ap. J.-C., mais les sources divergent sur son importance. Alors, que s'est-il réellement passé ?

    Les sources chrétiennes tardives font de l'incendie de Rome un immense brasier qui dura six jours. L'auteur romain Tacite (né en 58 ap. J.-C. et mort vers 120 ap. J.-C.) en fait un incendie de cinq jours qui détruisit 10 des 14 districts de Rome.

    <em>L'incendie de Rome</em>, par Hubert Robert (1733-1808). © DP
    L'incendie de Rome, par Hubert Robert (1733-1808). © DP

    Cependant, selon des sources contemporaines, le feu n'aurait pas eu un impact si important. Toujours est-il que l'incendie servit de prétexte à toutes sortes de légendes. Ainsi, on raconte souvent que Néron chanta pendant le feu. En réalité, il est avéré qu'il se trouvait loin, à Actium, quand l'incendie éclata. Néron organisa des secours et paya de sa poche pour aider les sinistrés.

    Origine de l'incendie de Rome

    L'origine de l'incendie de Rome fait également débat : est-ce Néron qui l'aurait fait allumer lui-même ? En effet, après le désastre, il aurait utilisé une large portion de terrain brûlé pour construire son nouveau palais. Par ailleurs, il fit reconstruire la ville avec des rues plus larges, mais il s'agissait peut-être d'une simple précaution contre des incendies futurs.

    Voir aussi

    Fondation de Rome : la légende de Romulus et Rémus

    Vue panoramique du Colisée au crépuscule. La construction du Colisée commença en 70 ap. J.-C., soit peu de temps après l'incendie de Rome et la destruction de l'amphithéâtre de Statilius Taurus. © Diliff, CC by-sa 2.5
    Vue panoramique du Colisée au crépuscule. La construction du Colisée commença en 70 ap. J.-C., soit peu de temps après l'incendie de Rome et la destruction de l'amphithéâtre de Statilius Taurus. © Diliff, CC by-sa 2.5

    Il est aussi possible que le feu ait été un simple accidentaccident : ce n'était ni le premier, ni le dernier incendie accidentel que la Rome antique ait connu dans son histoire (en 80 ap. J.-C., l'empereur Titus connaîtra aussi un tel désastre). De nos jours, les historienshistoriens soutiennent en majorité la thèse accidentelle.

    Cette maquette, exposée à Rome, de la ville telle qu'elle était pendant l'Antiquité, montre un labyrinthe de petites rues. La construction du Colisée commença en 70 ap. J.-C., soit peu après l'incendie de Rome. © DR
    Cette maquette, exposée à Rome, de la ville telle qu'elle était pendant l'Antiquité, montre un labyrinthe de petites rues. La construction du Colisée commença en 70 ap. J.-C., soit peu après l'incendie de Rome. © DR

    Toutefois, à l'époque, la rumeur courait que l'Empereur était à l'origine du feu. Ainsi, Néron avança lui-même une autre thèse pour détourner les accusations : les pyromanes étaient des chrétiens...


    Néron et la persécution des chrétiens

    La tradition chrétienne considère Néron comme le premier empereur ayant pratiqué des persécutions. L'étude des premiers âges du christianisme montre que, sous Caligula et Claude, les Romains avaient déjà posé certaines restrictions aux pratiquants de la nouvelle religion, essentiellement parce que leur culte rejetait l'autorité de l'Empereur. Toutefois, Néron serait le premier à avoir réagi avec violence.

    <em>La mort de Dircé </em>(1897), par Henryk Siemiradzki, est une reconstitution de l'épisode mythologique de la mort de Dircé avec une martyre chrétienne. © Cyfrowe.mnw.art.pl, DP
    La mort de Dircé (1897), par Henryk Siemiradzki, est une reconstitution de l'épisode mythologique de la mort de Dircé avec une martyre chrétienne. © Cyfrowe.mnw.art.pl, DP

    L'incendie de Rome offrit un prétexte à Néron pour s'en prendre aux chrétiens. Ceux-ci auraient allumé l'incendie par acte de pure rébellion ou parce qu'ils effectuaient des rituels dans des lieux cachés et insalubres. Sur cette base, Néron condamna des chrétiens au bûcher et aux lionslions. Il aurait également utilisé des condamnés pour servir de torches vivantes lors d'une fête nocturnenocturne dans les jardins de son palais...

    Le règne de l'empereur Néron est marqué par la persécution des chrétiens. Ici, le tableau <em>Les torches de Néron</em> (1876), par Henryk Siemiradzki. © DP
    Le règne de l'empereur Néron est marqué par la persécution des chrétiens. Ici, le tableau Les torches de Néron (1876), par Henryk Siemiradzki. © DP

    Exécution de saint Pierre et saint Paul : Néron vu comme l'Antéchrist

    C'est également sous le règne de Néron que deux figures importantes du christianisme furent exécutées : saint Pierre et saint Paul. Dans plusieurs sources bibliques, Néron est cité comme l'Antéchrist. Le célèbre « nombre de la Bête » (666) serait un code secret signifiant « Néron ». Cela lui donne une dimension mystique très importante dans le christianisme : l'Antéchrist est un personnage dont le retour est attendu par les chrétiens.

    Ainsi, Néron a dépassé le cadre purement historique pour devenir une figure mythique et surnaturelle. Aujourd'hui encore, un mélange de textes écrits par ses détracteurs et de tradition chrétienne laissent de Néron l'image d'un monstre sanguinaire, et c'est ainsi qu'il est perçu dans la culture populaire.


    Mort de Néron

    La ruine du trésor romain provoque des révoltes dans l'Empire. Les importantes dépenses liées au stylestyle de vie de Néron et à l'incendie de Rome mettent fin à sa politique de faibles taxes. Abandonnant sa popularité, Néron lève d'importants impôts, au grand déplaisir des gouverneurs des provinces de l'Empire. Ceux-ci veulent sa mort. Néron se suicide en 68 ap. J.-C.

    La chute de Néron s'amorce quand la riche province de Lugdunum, en Gaule, se soulève contre Néron. Son gouverneur, Vindex, appelle à l'aide le gouverneur de Tarragone, Galba.

    Portrait de Néron, mort en 68 ap. J.-C. Œuvre romaine en marbre datant du I<sup>er</sup> siècle ap. J.-C. © Jastrow, DP
    Portrait de Néron, mort en 68 ap. J.-C. Œuvre romaine en marbre datant du Ier siècle ap. J.-C. © Jastrow, DP

    Vindex et Galba se soulèvent contre Néron

    Les forces néroniennes marchent sur Ludgunum et exécutent Vindex, mais Galba continue la lutte et gagne en popularité : tous les opposants de Néron proclament Galba nouvel Empereur.

    Quand les troupes d'élite de l'Empereur, la célèbre « garde prétorienne », se rangent du côté de Galba, il ne reste plus beaucoup de choix pour Néron. L'Empereur pense d'abord rallier une province orientale de l'Empire et lever une armée contre Galba, mais le peuple de Rome se soulève et son palais est déserté.

    Cette pièce de monnaie frappée par les partisans du rebelle Vindex le représente comme le « sauveur de l'humanité ». © DR
    Cette pièce de monnaie frappée par les partisans du rebelle Vindex le représente comme le « sauveur de l'humanité ». © DR

    Suicide de Néron

    Néron s'enfuit alors chez un affranchi qui lui est resté fidèle à l'heure où le Sénat le déclare « ennemi public » et le condamne à mort. Plutôt que de se livrer, Néron s'enfonce un glaive dans la gorge (68 ap. J.-C.). Avant de se suicider, il répète plusieurs fois la phrase « Qualis artifex pereo »« Quel artiste meurt avec moi ! », une citation restée célèbre.

    La terrible réputation de Néron est remise en cause de nos jours par les historiens. En effet, les sources viennent principalement de ses ennemis, qu'ils soient d'autres politiciens romains ou des chrétiens documentant les persécutions. L'étendue exacte de ses crimes ou de sa popularité posent question et son règne se trouve à un carrefour de l'histoire : quand le puissant Empire romain voit l'arrivée des chrétiens dans l'échiquier politique.