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Port du Sablet : à la découverte du connu

Dossier - Archéologie lyonnaise au XVIIIe siècle, l'expertise d'un céramologue
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Plongez dans le Lyon du XVIIIe siècle au travers des tessons de céramiques et des vases découverts dans le parc Saint-Georges. Les découvertes des céramologues vous racontent la vie quotidienne des habitants au travers des objets d’époque comme si vous y étiez.

  
DossiersArchéologie lyonnaise au XVIIIe siècle, l'expertise d'un céramologue
 

Entre 2002 et 2004, une équipe d'archéologues de l'Inrap, placée sous la direction de Grégoire Ayala, redonne le jour à des pans entiers de vie passée sur le bord de la Saône, à Lyon, en particulier dans un secteur à vocation portuaire dénommé le port du Sablet.

Les marches du port du Sablet, construites au XVIIe siècle, devant les maisons en bord de Saône, ont été mises au jour lors de la fouille du parc Saint-Georges. © Inrap

Cette partie de la ville avait été profondément remaniée vers le milieu du XIXe siècle, lors de l'aménagement monumental des berges de la Saône, par la construction du quai Fulchiron, occultant et finalement « conservant » toute une part de l'histoire d'un quartier que les archéologues vont étudier et faire revivre.

Les fondations des maisons « pieds dans l’eau » de la période moderne à Lyon sont un élément qui permet de reconstituer l’histoire du quartier. © Inrap

Des dizaines de milliers de tessons, extraits de la berge et des sables de la rivière, constituent l'un des lots les plus abondants jamais découverts pour la connaissance des objets domestiques en terre cuite à Lyon entre la Renaissance et le début de la période contemporaine. Le lot daté de la fin du XVIIIe siècle livre à lui seul une image concrète et brillante des objets, en céramique, en verre et en métal, présents et utilisés dans les maisons construites « pieds dans l'eau » de part et d'autre du port. Dans ce quartier artisanal et populaire se côtoient alors ouvriers de la soie, chapeliers, fabricants de bas de soie, amidonniers, maîtres teinturiers, bouchers, tonneliers, mais aussi voituriers sur la Saône, mariniers, marchands sur rivière, etc. L'archéologie a mis en évidence les fondations de leurs maisons et surtout, à quelques mètres en contrebas, les ustensiles enfouis de leur quotidien. La présence du port du Sablet et de boutiques à proximité du site mentionnées dans les textes d'archives ont sans doute amplement contribué à l'approvisionnement et à l'équipement du quartier.

Une moisson quotidienne pour les archéologues : les céramiques extraites des sables et des berges de la Saône. © Inrap

En témoigne, et de quelle façon, la variété des pots et autres objets découverts jetés et piégés dans les sables et tourbes de la berge de la Saône, originaires de contrées diverses, et qui constituent une collection exceptionnelle pour l'étude du marché de la poterie à Lyon, mais permet aussi d'esquisser une caractérisation sociale des céramiques par rapport au contexte de découverte. Il en résulte un mélange des genres où les produits les moins onéreux et plus communs côtoient quelques pièces plus luxueuses. Cette étude va permettre d'entrer au plus près du quotidien de ces habitants de Lyon à la fin du XVIIIe siècle.