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LRO jette le doute sur le Grand Bombardement tardif

ActualitéClassé sous :Astronomie , Late Heavy Bombardment , LHB

Dans le jeune Système solaire, il y a environ 3,8 milliards d'années, des planètes auraient migré alors qu'elles subissaient un déluge d'astéroïdes, appelé Grand Bombardement tardif. De nouvelles analyses des images de la sonde LRO, en orbite autour de la Lune, jettent le doute sur ces événements.

Une vue d'artiste du Grand Bombardement tardif sur la Lune. © Softpedia

On ne sait pas vraiment à quoi ressemblait la Terre de l'Hadéen, il y a plus de 3,8 milliards d'années. Certains pensent que la jeune Terre s'est refroidie très vite et que la vie a pu démarrer sur sa surface quelques centaines de millions d'années seulement après sa naissance. On dispose en effet d'indices de l'existence d'une tectonique des plaques et d'océans il y a plus de 4 milliards d'années. La vie y est peut-être née dans la serpentinite des fumeurs blancs.

Mais d'après les analyses des roches lunaires ramenées par les missions Apollo, la datation des mers et des cratères indiquait qu'il y a environ 3,8 milliards d'années s'était produite une brusque augmentation du taux de bombardement de petits corps célestes.

Des impacts géants très rapprochés dans le temps seraient ainsi à l'origine des mers de la Tranquillité et des Pluies. Auparavant, le taux de collisions, très important pendant la phase de formation des planètes du Système solaire, avait considérablement chuté.


Le survol de la mer de la Tranquillité, du site d'Apollo 17 et de la mer de la Sérénité par la sonde japonaise Kaguya. On voit enfin le cratère Posidonius. © jaxachannel-YouTube

Cette brusque augmentation du taux de bombardement aurait été causée par des migrations planétaires dans le Système solaire de l'époque, entraînant la déstabilisation de petits corps célestes. La Terre elle-même ne pourrait pas y avoir échappé et il fallait en conclure que les formes de vie peut-être apparues il y a plus de 3,8 milliards d'années avaient très probablement été exterminées par cet événement.

Il se pourrait que tel n'ait pas été le cas, tout simplement parce que le Grand Bombardement tardif (encore appelé Late Heavy Bombardment LHB en anglais)... ne s'est peut-être jamais produit !

Une carte des mers lunaires. © Wikipédia GNU Free Document Licence

Des roches issues d'un même impact il y a 3,8 milliards d'années

Un groupe de chercheurs vient en effet de publier un article dans Journal of Geophysical Research (JGR) qui reprend des arguments déjà exposés lors d'une conférence. Ils utilisent les images fournies par la sonde LRO, dont Paul Davies a proposé récemment de se servir aussi pour chercher des traces de passage d'une mission d'exploration E.T. passée sur la Lune.

Selon eux, si plusieurs mers semblent avoir presque le même âge, c'est parce que des échantillons des missions Apollo proviendraient des éjectas d'un seul impact géant.

Sur la gauche la mer des Pluies (Imbrium), en bas au centre la mer de la Sérénité et sur la droite tout en bas le début de la mer de la Tranquillité. En rouge, le site d'alunissage d'Apollo 17. Des flèches blanches indiquent des éjectas de la mer des Pluies. © Nasa

Selon les chercheurs, les images à haute résolution du site d'alunissage d'Apollo 17 laissent penser que les astronautes ont peut-être échantillonné des roches provenant d'éjectas de la mer des Pluies et pas de la Sérénité. En appliquant le principe de chronologie relative bien connu sur Terre (les couches supérieures se déposant après la formation d'une couche inférieure), l'âge obtenu serait en fait celui du plus jeune bassin.

Auparavant, la datation des roches lunaires avait permis d'estimer que tout au plus 50 millions d'années séparaient la formation de ces deux mers. Par le même principe de chronologie relative, on avait conclu que 30 autres bassins d'impact recouverts de flots de basaltes s'étaient formés pendant ce laps de temps. Ces analyses conduisaient à l'hypothèse d'un impact important tous les 1,5 million d'années en moyenne, un chiffre à comparer au dernier grand impact sur Terre daté de 65 millions d'années, celui de Chicxulub. Ce serait la trace du Grand Bombardement tardif.


Alessandro Morbidelli a présenté dans une conférence les derniers résultats concernant la formation des planètes telluriques et l'origine du Grand Bombardement tardif. L'auteur du « modèle de Nice » a levé le voile sur la formation de notre Système solaire qui n'aura plus de secrets pour vous ! © Université Lille1

Il faudrait certainement retourner sur la Lune pour en avoir le cœur net mais il se pourrait donc bien que les grands impacts sur la Lune se soient produits pendant l'Hadéen sur une longue durée et pas sur une courte période de temps. 

Et avant de conclure, il ne faut pas perdre de vue que les migrations planétaires proposées pour rendre compte du Grand Bombardement tardif expliquent remarquablement bien d'autres caractéristiques du Système solaire. Il est donc bien trop tôt pour tirer des images de LRO des conclusions fermement établies.

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