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Il y a 4 milliards d’années, la vie aurait pu résister au cataclysme

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Pilonnée par un intense bombardement d'astéroïdes, autour de quatre milliards d'années avant le présent, la Terre a dû alors perdre la vie, si tant est qu'elle en abritait une à cette époque. Nos ancêtres ont donc dû apparaître plus tard. Mais deux géologues remettent cette hypothèse en cause à l'aide de simulations et en s'appuyant sur les découvertes récentes d'organismes vivant dans les profondeurs du sous-sol...

La simulation montre que lors du Grand bombardement tardif, seules quelques régions de la croûte terrestre, ici en rouge, ont vraiment fondu sous l’impact d’astéroïdes égarés. Dans les régions bleues, le sous-sol profond constituait un excellent refuge pour des organismes capables de tolérer des pressions et des températures élevées. © Oleg Abramov

Système solaire, 3,9 milliards d'années avant le présent. Un cortège de planètes tourne autour du Soleil. La Terre est là depuis maintenant 700 millions d'années et possède déjà son gros satellite, la Lune, formée (selon l'hypothèse la mieux acceptée aujourd'hui) par un impact avec une petite planète de la taille de Mars. Des océans se sont formés et les conditions propices à l'apparition de la vie sont probablement déjà réunies. Une longue histoire peut désormais commencer...

Pourtant, la suite ne se déroule pas dans la sérénité. Une pluie d'énormes météorites commence alors à s'abattre sur la jeune Terre. Ce déluge, situé entre 3,8 et 4,1  milliards d'années avant le présent, justifie sans doute le nom de cette période géologique, dite de l'hadéen, du nom de Hadès, le dieu grec des enfers... Cette avalanche céleste ne touche pas que la Terre. Les astronomes en ont d'ailleurs découvert la trace sur la Lune, sous la forme d'une abondance de cratères à cette époque. Toutes les planètes ont dû la subir.

Les causes exactes de ce remue-ménage du système planétaire ne sont pas connues et certains doutent même de son existence. Une hypothèse récente est la migration des planètes gazeuses géantes (Jupiter, Saturne, Uranus, Neptune), qui aurait violemment bousculé les orbites des astéroïdes peuplant ce que nous appelons aujourd'hui la ceinture de Kuiper, dont fait partie Pluton.

Une multitude de corps auraient alors été injectés sur des orbites très elliptiques, les approchant du Soleil. Les toutes jeunes planètes rocheuses, Mercure, Vénus, la Terre et Mars, auraient alors subi durant vingt à deux cents millions d'années le Grand bombardement tardif (ou LHB, pour Late Heavy Bombardment).

Si la vie avait existé à cette époque, ce qui est possible, elle n'a pas pu survivre à un tel pilonnage. Si un seul astéroïde a eu raison de multiples espèces, dont tous les dinosaures, il y a 65 millions d'années, comment les êtres vivants auraient-ils pu résister à des chutes régulières de météorites du même genre ? La conclusion est donc que la vie terrestre ne peut être antérieure à 3,9 milliards d'années. Le LHB a agi comme une stérilisation de la Terre.

Faux, disent aujourd'hui Oleg Abramov et Stephen Mojzsis, de l'Université du Colorado à Boulder. Dans un article publié dans la revue Nature, ces deux géologues livrent les résultats d'une simulation déterminant les dégâts qu'a dû subir la Terre durant le LHB, compte tenu de ce que l'on pense savoir sur l'intensité du bombardement. Leur modèle a pu évaluer la température atteinte par les roches lors de gros impacts et l'efficacité du refroidissement qui commence après le choc, notamment grâce à l'eau liquide.

Le sous-sol profond : précieux refuge pour la vie terrestre

Selon les auteurs, même multipliant par dix l'intensité du LHB par rapport aux estimations, ce qui aurait conduit à une vaporisation complète des océans, le quart seulement de la croûte terrestre a pu fondre. « Même avec les conditions les plus extrêmes que nous ayons imposées, explique Stephen Mojzsis, la Terre ne pourrait pas avoir été stérilisée par ce bombardement. »

Mieux, ces bouleversements pourraient avoir créé des sources hydrothermales favorables à la vie de bactéries thermophiles, c'est-à-dire qui aiment la chaleur. De plus, le modèle suggère que de gros impacts ont favorisé l'apparition de milieux souterrains enfouis à des centaines voire des milliers de mètres sous la surface. Or, des découvertes récentes ont montré que des bactéries ou des archées thermophiles sont bien présentes actuellement à de telles profondeurs et supportent des températures très élevées, jusqu'à 120°C pour certaines. D'ailleurs, ces organismes de l'extrême ont souvent été présentés comme proches des premières formes de vie.

Abramov et Mojzsis proposent donc l'hypothèse que la vie était déjà présente sur Terre il y a 3,9 milliards d'années et que les terribles effets du déluge d'astéroïdes a sélectionné les micro-organismes très tolérants à la température, réfugiés dans les sources hydrothermales et, surtout, dans les profondeurs de la croûte terrestre. Une fois le calme revenu sur la planète, ces ancêtres auraient doucement envahi les océans pour y faire naître une nouvelle vie...

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