Les articles et les découvertes se multiplient concernant des galaxies anciennes que peut maintenant bien observer le James-Webb en succédant à Hubble et qui ne semblent pas vraiment compatibles avec les prédictions du modèle cosmologique standard, bien que le débat soit encore loin d'être clos. La dernière découverte en date porte sur une galaxie déjà quatre fois plus massive que la Voie lactée seulement un peu plus de 2 milliards d'années après le Big Bang.


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    On sait que le modèle cosmologique standard repose sur l'existence de particules encore jamais vues et qui ne doivent pas pouvoir émettre de la lumière, ou alors très peu, mais capables d'agir sur les particules connues, comme les baryons que sont les protons et les neutrons, par interaction gravitationnelle. Les détecteurs du LHCLHC au CernCern tentent de les voir dans les produits des collisions entre les faisceaux de protons de ce grand accélérateur de particules, mais les particules de matière noirematière noire que postule donc la cosmologiecosmologie sont peut-être tellement massives que pour les créer il faudra, en accord avec la fameuse relation d'EinsteinEinstein E=mc2, monter à des énergiesénergies qui nécessiteront un collisionneur de presque 100 kilomètres de circonférence.

    Découvrez le télescope spatial James-Webb aux côtés d'Astropierre dans cet épisode de Futura dans les Étoiles. © Futura 

    En attendant, on cherche toujours des indications nouvelles de l'existence et des propriétés des particules de matière noire dans le royaume des galaxiesgalaxies d'Edwin HubbleEdwin Hubble. Ces particules restent encore pour le moment quasiment le seul moyen de faire naître les galaxies que nous observons et les grandes structures qui les rassemblent en amas de galaxiesamas de galaxies regroupés en filament. On ne sait pas vraiment reproduire les caractéristiques du rayonnement fossile du Big Bang découvert par Penzias et Wilson sans ces particules de matière noire.

    Mais on sait aussi qu'il y a des anomaliesanomalies ou des caractéristiques des galaxies que l'on comprend mieux si l'on se passe des particules de matière noire et que l'on utilise une modification des lois de la mécanique céleste de NewtonNewton, la théorie avancée déjà au début des années 1980 par le physicien israélien Mordehai Milgrom dans le cadre de sa Modified Newtonian Dynamics, bien connue aujourd'hui par l’acronyme Mond. Elle est cependant en difficulté en ce moment en raison des observations du satellite Gaia.


    Depuis 13,8 milliards d’années, l’Univers n’a cessé d’évoluer. Contrairement à ce que nous disent nos yeux lorsque l’on contemple le ciel, ce qui le compose est loin d’être statique. Les physiciens disposent des observations à différents âges de l’Univers et réalisent des simulations dans lesquelles ils rejouent sa formation et son évolution. Il semblerait que la matière noire ait joué un grand rôle depuis le début de l’Univers jusqu’à la formation des grandes structures observées aujourd’hui. © CEA Recherche

    Une galaxie 4 fois plus massive que la Voie lactée il y a 11,5 milliards d'années

    Mais qui sait vraiment de quoi il en retourne ?

    C'est peut-être le télescope spatial James-Webbtélescope spatial James-Webb (JWST) qui va nous aider à y voir plus clair en étudiant comme jamais dans l'infrarougeinfrarouge les galaxies les plus anciennes que l'on puisse observer aujourd'hui et à cet égard, c'est le cas de celle qui est appelée JWST-7329. On la voit comme elle était il y a 11,5 milliards d'années environ (ce qui veut dire qu'actuellement elle est à une distance de la Voie lactéeVoie lactée que l’on peut calculer en ligne grâce au cosmologiste New Wright en donnant son décalage spectral qui est ici de z = 3,2 comme disent les astrophysiciensastrophysiciens dans leur jargon. On trouve alors la distance aujourd'hui d'environ 21 milliards d'années-lumièreannées-lumière).

    JWST-7329 fait l'objet d'un article publié dans le célèbre journal Nature et que l'on peut consulter librement sur arXiv. Il expose le travail d'une équipe internationale qui a utilisé le JWST sous la direction de Karl Glazebrook de l'université de technologie de Swinburne à Melbourne, en Australie.

    Dans le communiqué de l'université au sujet de JWST-7329, Karl Glazebrook explique : « Nous poursuivons cette galaxie depuis sept ans et avons passé des heures à l'observer avec les deux plus grands télescopes de la planète pour déterminer son âge. Mais elle était trop rouge et trop pâle, et nous ne pouvions pas le mesurer. En fin de compte, nous avons dû quitter la Terre et utiliser le JWST pour confirmer sa nature. C'était en grande partie un effort d'équipe, depuis les études du ciel infrarouge que nous avons commencées en 2010 et qui nous ont conduits à identifier cette galaxie comme inhabituelle, jusqu'à nos nombreuses heures passées sur le KeckKeck et le Very Large TelescopeVery Large Telescope où nous avons essayé, mais sans succès, de le confirmer, jusqu'à ce qu'enfin la dernière année où nous avons déployé d'énormes efforts pour trouver comment traiter les données du JWST et analyser les spectresspectres. »

    JWST-7329 : une galaxie massive rare qui s'est formée très tôt dans l'Univers. Cette image JWST NIRCam montre une galaxie à disque rouge, mais avec des images seules, il est difficile de la distinguer des autres objets. L’analyse spectrale de sa lumière avec JWST a révélé sa nature anormale : elle s’est formée il y a environ 13 milliards d’années, même si elle contient environ 4 fois plus de masse en étoiles que notre Voie lactée aujourd’hui. © <em>Swinburne University of Technology</em>
    JWST-7329 : une galaxie massive rare qui s'est formée très tôt dans l'Univers. Cette image JWST NIRCam montre une galaxie à disque rouge, mais avec des images seules, il est difficile de la distinguer des autres objets. L’analyse spectrale de sa lumière avec JWST a révélé sa nature anormale : elle s’est formée il y a environ 13 milliards d’années, même si elle contient environ 4 fois plus de masse en étoiles que notre Voie lactée aujourd’hui. © Swinburne University of Technology

    Des galaxies trop massives pour la cosmologie de la matière noire ?

    Le résultat qui est tombé, c'est que JWST-7329 est une galaxie déjà plus grande que la Voie lactée il y a plus de 11 milliards d'années et qui contient beaucoup d'étoilesétoiles vieilles à ce moment-là de déjà 1,5 milliard d'années.

    Or il semble qu'une telle galaxie n'aurait pas eu le temps de se former, la matière noire n'était pas encore suffisamment concentrée par son effondrementeffondrement gravitationnel pour avoir fait effondrer assez rapidement de la matière baryonique pour former aussi vite JWST-7329 et c'est un autre exemple de galaxies trop évoluées et trop massives il y a plus de 11 milliards d'années débusqué avec le James-Webb.

    C'est ce qu'explique Claudia Lagos de l'université d'Australie-Occidentale du Centre international de recherche en radioastronomie (Icrar) qui a joué un rôle crucial dans le développement de la modélisationmodélisation théorique de l'évolution des concentrations de matière noire pour l'étude.

    « La formation des galaxies est en grande partie dictée par la manière dont la matière noire se concentre. La présence de ces galaxies extrêmement massives si tôt dans l'UniversUnivers pose des défis importants à notre modèle standardmodèle standard de cosmologie. En effet, nous ne pensons pas que des structures de matière noire assez massives pour qu'elles hébergent ces galaxies aient eu le temps de se former. Davantage d'observations sont nécessaires pour comprendre à quel point ces galaxies peuvent être communes et pour nous aider à comprendre à quel point ces galaxies sont réellement massives. »

    Dans le même communiqué, Karl Glazebrook ajoute que « le JWST a découvert de plus en plus de preuves de la formation précoce de galaxies massives. Ce résultat établit un nouveau record pour ce phénomène. Bien qu'il soit très frappant, ce n'est qu'un seul cas. Mais nous espérons en trouver davantage ; et si nous le faisons, cela bouleversera vraiment nos idées sur la formation des galaxies ».

    On sait justement que la théorie Mond prévoit une formation précoce de grandes galaxies.