La Nasa veut envoyer des Hommes sur Mars via la Lune. En 1993, l'Homme réfléchissait déjà à des habitats martiens. © Nasa

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La Nasa veut envoyer des Hommes sur Mars via la Lune

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Entre mars et avril, la Nasa a dévoilé ses plans pour l'exploration humaine de la Lune et du système martien. Elle a rendu publics le calendrier des missions d'assemblage et de logistique ainsi que celui des missions habitées. Objectif final : aller sur Mars au cours de la décennie 2030.

Aux États-Unis, chaque nouveau président a sa vision personnelle du programme d'exploration humaine de l'espace. En 2010, Barack Obama avait abandonné le programme Constellation, mis en place en 2004 par George W. Bush, qui prévoyait le retour sur la Lune et les premières missions habitées vers Mars. Il avait préféré donner la priorité à des missions habitées vers des astéroïdes et les lunes de Mars, qui pourraient être utilisées pour préparer l'envoi d'un équipage international sur la Planète rouge. Il avait également décidé de confier au secteur privé la desserte de l'orbite basse, que ce soit pour transporter du fret ou des Hommes, avec les taxis de l'espace de Boeing et SpaceX. Obama a aussi chargé la Nasa de concevoir un système de transport pour l'exploration. Ce sera le lanceur SLS (Space Launch System) et le véhicule Orion, que Donald Trump n'a pas remis en cause.

Bien qu'il ait fait de Mars un objectif, le président actuel des États-Unis veut quant à lui d'abord retourner sur la Lune et se servir de notre satellite naturel comme tremplin pour atteindre la Planète rouge. Début mars, la Nasa a rendu publique une feuille de route avec l'objectif final d'une mission habitée vers Mars au cours de la décennie 2030.

D'ici là, il est prévu la réalisation de missions dans l'environnement lunaire, l'assemblage de la passerelle vers l'espace profond (Deep Space Gateway), qui nécessitera quatre missions, et la construction, en orbite, du système de transport pour l'espace profond. Ce dernier est un véhicule de plus de 41 tonnes qui servira aux voyages allers-retours à destination de Mars ; il est dimensionné pour trois missions martiennes et supportera, pour chaque mission, un équipage de quatre astronautes pendant 1.000 jours. 

Le Deep Space Gateway est un projet de station proche de la Lune. © Nasa

Cinq phases pour amener la Nasa et ses partenaires sur Mars

Cette passerelle vers l'espace profond est l'élément central de stratégie lunaire de la Nasa. Il s'agit de la structure orbitale qui doit succéder à la Station spatiale internationale (ISS), dont le financement sera terminé en 2024, voire 2028. La Station ne sera évidemment pas désorbitée du jour au lendemain. La Nasa et ses partenaires étudient des solutions alternatives, comme la céder en partie à des entreprises privées, l'utiliser à d'autres fins ou, autre exemple, séparer la partie russe, comme l'étudie Roscosmos.

Fin mars, était rendue publique la feuille de route des missions du lanceur SLS et du véhicule Orion. Cinq phases sont prévues :

  • Phase 1 : utilisation de la Station spatiale internationale comme banc de test et recensement des ressources lunaires disponibles susceptibles d'être exploitées et utilisées pour les étapes suivantes de l'exploration.
  • Phase 2 : missions et activités humaines à proximité et autour de la Lune. Début de l'assemblage du Deep Space Gateway et du système de transport pour l'espace profond.
  • Phase 3 : fin de la construction du système de transport pour l'espace profond et conduite des premières missions martiennes de test, c'est-à-dire qu'elles seront réalisées à proximité de la Lune.
  • Phases 4 et 5 : premières missions à destination du système martien et à la surface de Mars. La lune Phobos pourrait être la première destination.

Téléchargez le planning des missions (PDF en anglais) d'assemblage et des vols habités prévus, d'aujourd'hui jusqu'à la première mission à destination de Mars.

  • Une feuille de route détaille les missions et vols habités du lanceur SLS (Space Launch System) et du véhicule Orion.
  • La Lune servirait de tremplin pour aller sur Mars avec des missions tests de 300 à 400 jours.
  • Le premier équipage martien serait composé de quatre astronautes. Il pourrait d'abord débarquer sur Phobos, une lune de Mars.
  • Les premiers pas sur la Planète rouge se feraient lors de la deuxième mission martienne.
Pour en savoir plus

La Nasa n'arrivera pas à envoyer des Hommes sur Mars, dit le NRC

Article de Rémy Decourt publié le 15/06/2014

Envoyer des Hommes fouler le sol de Mars restera un rêve durant de nombreuses décennies si le programme martien de la Nasa reste en l'état. C'est la conclusion du dernier rapport du Conseil national de la recherche des États-Unis, pour qui la stratégie de l'agence spatiale pour envoyer des humains sur Mars en 2035 est vouée à l'échec.

Les enfants qui en 1969 se sont émerveillés des exploits des astronautes des missions Apollo débarquant sur la Lune n'ont guère de chances de voir des humains fouler le sol rouge de la planète Mars. C'est en substance la conclusion à laquelle nous incite à penser le dernier rapport du Conseil national de la recherche (NRC pour National Research Council) des États-Unis sur la stratégie de la Nasa pour envoyer des humains sur Mars.

Pour les experts qui ont planché pendant 18 mois sur ce sujet, il ne fait guère de doute qu'en l'état, le programme martien de la Nasa ne parviendra pas envoyer des humains sur Mars. Cela s'explique par un budget contraint, une incohérence dans les orientations en matière de développement des technologies nécessaires à la réalisation de cette mission et l'absence d'une volonté politique forte. En effet, si tous les points durs sont connus et identifiés, force est de constater que la Nasa se cantonne à développer les seules technologies nécessaires à ses besoins de court terme.

Les conclusions de ce rapport, rédigé à la demande du Congrès, ne sont évidemment pas à prendre à la légère. Pour comprendre sa portée, il faut savoir que le NRC est un organisme chargé de conseiller le gouvernement en matière d'éducation, d'acquisition et de diffusion des connaissances dans les domaines des sciences, de l'ingénierie, de la technologie et de la santé. Ses avis sont souvent suivis d'effets et influencent les décisions politiques.

Juillet 1969 : premier débarquement humain sur la Lune. Alors que le cinquantième anniversaire de cet événement majeur de la conquête spatial se profile, d'aucuns se demandent si Mars sera atteinte ces cinquante prochaines années. © Nasa

Trois scénarios pour atteindre Mars

Pour parvenir à l'objectif d'envoyer des humains sur cette planète, il préconise de le faire par étape et propose trois scénarios. En parallèle, il suggère d'augmenter le budget de la Nasa dédié à l'exploration humaine d'au moins 5 % chaque année et d'élargir la coopération internationale à la Chine et à de nouveaux entrants, comme l'Inde par exemple, et la renforcer avec la Russie et l'Agence spatiale européenne. Enfin, si les membres de ce rapport ne sont pas convaincus par les initiatives privées d'y aller seul, il recommande néanmoins d'associer le privé, sous une forme à trouver.

Les deux premiers scénarios envisagent de renvoyer des astronautes sur la Lune, une destination abandonnée par le président Obama dès sa prise de fonction lors de son premier mandat. L'idée est d'utiliser et d'adapter à Mars les technologies qui seraient développées pour rejoindre la Lune et y habiter.

Le troisième scénario est celui sur lequel travaille actuellement la Nasa. Il consiste à capturer et rediriger l'astéroïde entre la Terre et la Lune afin de faciliter son exploration et son utilisation. C'est celui que le NRC préfère le moins, jugé comme une impasse car la plupart des technologies développées ne seront d'aucune utilité, notamment pour habiter et travailler sur Mars.

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